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Liste par auteurs & titres dans Kronik list

mardi 30 août 2022

500: 'Le Horla' de Guy de Maupassant

Genre : Horla-Loi

Histoire
Recueil de nouvelles, petites de peinture de la société, avec la plus longue, 'Le Horla', texte fantastique qui met en scène un bourgeois hanté par un être invisible qui l'obsède à tel point qu'il dépérit.

Le désespéré, autoportrait de Gustave Courbet
. 

Impressions
La 500° chronique, waouh !!
Antichambre de la mémoire de mes lectures, je n'étais pas certain de poursuivre ce projet initié en 2009. 
Je souffle les bougies, savourant le plaisir ressenti lors de ces nombreuses lectures (et rarement l'ennui...). Pffffff !


Le Horla est la nouvelle la plus connue. C'est la confession lucide et maîtrisée d'un homme qui assiste au naufrage de sa propre raison. Le narrateur est terrorisé car il est persuadé d'être pourchassé par une créature qui hante ses nuits. Il rédige de mai à septembre dans son journal intime son inéluctable trajectoire de la santé à la démence.
13 autres nouvelles, assez courtes, complètes l'ouvrage.
  1. Amour (1886)
  2. Le Trou (1886)
  3. Sauvée (1885)
  4. Clochette (1886)
  5. Le Marquis de Fumerol (1886)
  6. Le Signe (1886)
  7. Le Diable (1886)
  8. Les Rois (1887)
  9. Au bois (1886)
  10. Une famille (1886)
  11. Joseph (1885)
  12. L'Auberge (1886)
  13. Le Vagabond (1887)
Des portraits de bourgeoises qui s'encanaillent -'Le Signe' ou 'Joseph'- ou de femmes trompées, des passages de vie dans la campagne -'Le Diable'- ou la montagne 'L'auberge'. Le plus souvent des récits assez noirs où la mort rode , voire sévit -même dans la nouvelle-farce de 'Les Rois'.

Ouvrage clé de Maupassant.

vendredi 19 août 2022

499: ' 1991' de Franck Thilliez

 Genre : prestidigitateur du suspens

Histoire
En décembre 1991, quand Franck Sharko, tout juste sorti de l'école des inspecteurs, débarque au 36 quai des Orfèvres, on le conduit aux archives où il est chargé de reprendre l'affaire des Disparues du Sud parisien. Un cold case pour commencer qui ne va pas tarder à être brouillé par une autre affaire... Une nouvelle intrigue qui débute par un vers des « Fleurs du Mal » de Baudelaire.


Impressions
C'est un polar au décor bien marqué:  walkman, Benetton, la Dernière séance, cassette de Gainsbourg à Gainsbarre, des cabines téléphoniques, des minitels et des faxs, les ordinateurs qui sont arrivés mais restent dans les cartons... bref la préhistoire pour les jeunes d'aujourd'hui !**

Fausses pistes, manipulation, mécanique implacable, les ingrédients prennent.

Comme pour ses autres romans, ce polar permet de découvrir le monde de la magie, des rites vaudous, le mentalisme, et Houdini !!

SHarry Houdini, de son vrai nom Erich Weiss né à Budapest est un magicien. Sa spécialité: se libérer de chaînes, menottes, camisoles, alors qu'il est enfermé dans une caisse, un carcan ou une pagode chinoise ...
L'escapologie !!
Pagode chinoise, une cage où le malheureux est immergé.

M Thilliez nous initie également à la chimie de la Tétrodotoxine,  une charmante toxine (neurotoxique), une substance à très haut pouvoir létal, isolée pour la première fois en 1909 et présente chez certaines espèces de poisson, les tétraodons,  comme le Fugus !!
Le lecteur apprend avec plaisir que cette toxine n'est pas toujours fatale ; à des doses quasi létales, la victime peut sembler morte alors qu'elle reste consciente, la transformant en une sorte de zombie... 
J'en saurai plus quand j'aurai lu la BD "les Zombies" (Lombard) de Philippe Charlier, médecin légiste et anthropologue, qui a enquête sur ces rituels terrifiants pratiqué en Haïti...


Un grand cru de Thilliez. 2 affaires en un polar. Je ne regarderai plus de la même manière qu'avant les fugus et les grenouilles...

La série avec le commissaire Franck Sharko : 

2004 : Train d'enfer pour Ange rouge

Prix des lecteurs Quais du polar 2006
Prix SNCF du polar français 2007
Adaptation cinématographique par Alfred Lot en 2007

2006 : Deuils de miel,

2007 : La Mémoire fantôme,

2010 : Le Syndrome E, 
Adaptation en bande dessinée chez Phileas en oct. 202012
Adaptation en série TV en mars 2022

 2011 : , 2011 : Gataca,

Adaptation en bande dessinée chez Phileas en sept. 2021

2012 : Atomka.

2014 : Angor

2015 : Pandemia

2017 : Sharko

2019 : Luca,

2021 : 1991,

mardi 16 août 2022

498: 'Un amour de Mille-Ans' de Akira Mizubayashi

Genre : partition littéraire sur les émotions intimes

Histoire
Histoire d’un trio amoureux vieillissant sur un air de Mozart.

Impressions
C'est la noce pour les 'Noces de Figaro' de Mozart ! L'écrivain nous plonge dans les scènes de cet opéra en 4 actes, partage ses émotions à l'écoute des chants de Suzanne, des mouvements musicaux riches de cette œuvre inspirée de la comédie de Beaumarchais, le 'Mariage de Figaro'.

Et c'est le thème de l'amour qui est porté par ces notes.
"¨Par la vertu d’une écriture créatrice d’un sentiment d’élévation, loin de toute coloration religieuse, Mozart a réussit à donner une substance réelle à l’idée de « bonheur de l’amour », comme il l’a fait d’une manière éblouissante au troisième acte pour la célébration du bonheur de la famille.
L’amour donc.
Mais pas l’amour-passion, qui s’use et qui ne se conserve que dans la mort (nous sommes loin de « Tristan et Isolde ! ») mais l’amour-compassion qui vous fait vivre dans l’autre, qui vous fait éprouver les joies de l’autre, qui vous fait subir les peines d’autrui, cet amour calme en deçà et au-delà des tourments connus des amants modernes, cet amour qui ignore l’attrait et la violence du nouveau et qui se renouvelle, se ressource dans la répétition, se réjouit purement et simplement de la présence de l’autre, me semble avoir trouvé sa place ici dans ce moment privilégié des « Noces » réservé à Suzanne."

A la différence de nombreux autres romans, il s'agit de l'amour au long cours qui est mis en lumière. Un sentiment profond qui perdure jusqu'à la fin de nos existences.
"L’amour se mesure à l’intensité et à la durée de la douleur provoquée par la disparition de l’être aimé..."

En complément aux œuvres musicales, l'auteur aime glisser des références à la peinture ou au cinéma ('Vertigo' d'Alfred Hitchcock) ou littéraire ('L'insoutenable légèreté de l'être' de Milan Kundera).



En particulier, alors que Murakami est un amoureux des chats, Mizubayashi affectionne profondément les chiens, à l'image du rôle important que joue la chienne de Mathilde et Sen-Nen. 
L'auteur compare sa chienne Bianca qui veille au chevet de Mathilde au chien de la peinture de Piero di Cosimo, Un satyre pleurant sur une nymphe (1495).
Exposé à la National Gallery de Londres, cette œuvre montre une nymphe allongée sur l’herbe, montrant des blessures sur le corps. Un satyre se met à genoux, tandis qu’un chien est assis à ses pieds. On suppose que le sujet serait lié avec la mort de Procris : dans Les Métamorphoses d’Ovidé (VII, 752-65). Elle aurait été tuée par erreur par son mari, Cephalus.

L'amour est aussi peinte selon ses émotions du souvenir. Celle de la rencontre aux temps de sa jeunesse de Clémence, la soprano qui tenait le rôle de Suzanne dans « Les Noces de Figaro ». L'opéra avait tellement ébloui cet étudiant  qu'il avait assisté à toutes les représentations du Palais Garnier. Ils se retrouvent 30 ans plus tard dans le même bistrot que du temps de leur jeunesse.

"Ainsi, les deux êtres se perdirent de vue, se séparèrent sans même se donner l'occasion de se dire au revoir de vive voix, comme deux comètes chevelues, après s'être croisées quelque part dans la galaxie, s'éloignent l'une de l'autre et disparaissent finalement à jamais dans les ténèbres de l'univers."

Cet universitaire japonais (né en 1952 dans le nord de l'archipel) écrit dans un français de haute tenue, au plus proche de sa vérité intime. Le narrateur et sans doute également l'écrivain adule la langue française.

"[...] langue de l’amitié et de l’épanchement alors que la langue qui se parlait en lui était la langue de la retenue, de la soumission, du respect imposé. L’effort d’appropriation de français était donc un affranchissement, une expérience de la liberté qui lui permettait de vivre autrement son rapport à l’autre, au monde, de s’arracher du moule de sa langue et des codes culturels qu’elle véhiculait. Le français, concluait-il était un instrument de musique qu’il voulait faire chanter."

Roman raffiné, tout en douceur et délicatesse. Pas de fracas, c'est lisse et parfois trop lisse.

vendredi 5 août 2022

497: "La Plus Secrète Mémoire des hommes" de Mohamed Mbougar Sarr

Genre : Jeu de piste littéraire

Histoire
2018, Diégane Latyr Faye est un jeune écrivain sénégalais qui vit à Paris.
La rencontre avec une écrivaine africaine, résidente à Amsterdam, lui permet d'enfin de lire un livre mythique, paru en 1938 : Le labyrinthe de l’inhumain", écrit par un .
Fasciné voire obsédé par son mystérieux et éphémère auteur, T;C. Elimane, Diégane se met à suivre sa piste...
L'auteur près du restaurant Chez Drouant, le 3 novembre 2021, à Paris

Impressions
C'est un roman charpenté, dense, qui aborde plusieurs thèmes.

Cette lecture est étonnamment rentrée en résonance pour moi avec plusieurs livres lus récemment.

C'est d'abord et avant tout un roman sur l'écriture, la littérature et le regard des critiques.
Et c'est plus précisément la combinaison du thème de la littérature et d'une enquête visant à retrouver l'auteur du roman à succès qui se retrouve dans :
Le hasard de mes cueillettes littéraires ?...
On croise Borges mais aussi Flaubert ou Wittgenstein, Pascal en sa nuit de feu ou Paul Valéry .

C'est aussi un roman sur le colonialisme et la possibilité pour un auteur noir d'être reconnu pour son talent et non pas pour son exotisme. Le milieu intellectuel dominé par les blancs attend un récit 'black'.
Et là encore, je retrouve le thème de 'L'effacement' de Percival Everett.

Non seulement la capacité d'écrire un tel roman est remis en cause, mais T.C. Elimane est accusé de plagiat. En surfant sur le web, j'ai appris que c'est Yambo Ouologem, écrivain malien qui a inspiré le personnage fictif d'Elimane. Lauréat du Prix Renaudot en 1968 pour le Devoir de violence, après avoir été accusé d'avoir plagié Graham Greene et André Schwartz-Ba, comme T.C. Elimane, cet écrivain disparait des médias. Il rejoint le Mali à la fin des années 1970 et sa discrétion est telle qu'il a été déclaré mort dix ans avant sa mort véritable en 2017 !

Il faut le reconnaître: T.C. Elimane, dont nous avons tant aimé le livre, est un plagiaire. Nous maintenons, malgré tout, que nous tenons là un auteur de très grand talent, quoi qu'en pensent des imbéciles comme Vigier-d'Azenac. Toute l'histoire de la littérature n'est-elle pas l'histoire d'un grand plagiat ? Qu'eût été Montaigne sans Plutarque ? La Fontaine sans Ésope ? Molière sans Plaute ? Corneille sans Guillén de Castro ? C'est peut-être le mot « plagiat » qui constitue le vrai problème. Sans doute les choses se seraient-elles déroulées autrement si, à la place, on avait employé le vocable plus littéraire, plus savant, plus noble, en apparence au moins, d'innutrition.
Le Labyrinthe de l’inhumain affiche trop ses emprunts. C'est son pêché. Être un grand écrivain n’est peut-être rien de plus que l’art de savoir dissimuler ses plagiats et références "

J'ai apprécié la touche de magie inquiétante et de fantastique étrange du récit, avec des légendes africaines qui m'ont rappelé l'excellent 'Un océan, deux mers, trois continents' de Wilfried N'Sondé.
Sans oublier la dimension sociale des femmes africaines qui ne peuvent aspirer à être libres qu'en quittant le village, à l'image de Mossane et des femmes du roman 'Les impatientes' de Djaïli Amadou Amal.
Ce roman dénonce aussi les sacrifiés africains de l'histoire en évoquant la mémoire des tirailleurs sénégalais.

Le récit est construit comme un jeu de pistes entre enquête policière, témoignages de ceux qui ont croisé Elimane, et roman initiatique et parfois politique.

"J'ai dit que dans un pays comme le nôtre, le suicide était un mode d'action politique horrible mais efficace, efficace parce que horrible, peut-être la seule protestation encore audible de nos dirigéants. Le suicide fait parfois basculer l’histoire : regarde Mohamed Bouazizi en Tunisie en 2011, regarde Jan Palach en Tchécoslovaquie en 69, regarde Thîch Quàng Dûc au Vietnam en 63, et je ne te parle pas, ici, du suicide mythique des femmes de Nder, qui ont préféré se tuer par le feu dans une case plutôt que de se rendre aux colons. Tous ces suicides qui ont provoqué un retentissement, frappé les esprits, eu une signification politique. Peut-être qu’il ne reste que ça aux populations de nos pays désespérés. Peut-être que c’est ce que les jeunes doivent faire : se suicider, puisque leur vie n’est pas une vie."


Le texte traduit une forte érudition de l'auteur, marquée par un vocabulaire qui m'a demandé de recourir au dictionnaire.
  • prolégomènes = notions préliminaires nécessaires à la compréhension
  • schibboleth = mot venant de l'hébreu désignant ce qui ne peut être utilisé ou prononcé correctement que par les membres d'un groupe
  • conseil consuétidunaire, i.e. synonyme de coutumier
  • des figures involucrées, i.e. corrompues...

C'est un roman exigeant, le lecteur peut se lasser voire être perdu par la multiplication :
  • des points de vue sautant d'un narrateur à l'autre, (Diégane, Siga D., Musimbwa l'ami écrivain congolais, Ousseynou Koumakh,  la poétesse argentine...),
  • des styles d'écriture,
  • des références littéraires 
  • des temporalités
Au final, force est de constater que ce roman ne me laisse pas de marbre. Bravo à ce jeune auteur pour lequel je ne souhaite pas un destin maudit similaire à celui de son héros de papier !
"Le hasard n’est qu’un destin qu’on ignore, un destin écrit à l’encre invisible."

"Les grandes œuvres appauvrissent et doivent toujours appauvrir. Elles ôtent de nous le superflu. De leur lecture, on sort toujours dénué: enrichi, mais enrichi par soustraction. ."


Roman labyrinthique, tant dans la dimension temporelle que narrative. Un livre riche où j'aurai sans doute plaisir à me replonger.

vendredi 29 juillet 2022

496: 'Surface' d'Olivier Norek

Genre : cold case aveyronnais

Histoire
Noémie Chastain, capitaine en PJ parisienne, est défigurée par un coup de feu en pleine tête lors d'une intervention musclée avec l'équipe des Stups.
Après un rétablissement difficile, sa hiérarchie l'envoie au vert, dans un un village perdu de l'Averyon, un lieu paisible.
C'est sans compter sur ces futs qui remontent à la surface du lac d’Avalone...


Impressions
Bon polar.
Sa construction est habile, le suspens est bien géré avec un rythme qui donne envie de tourner la page.
Les procédures policières sont précises, rappelant que l'auteur a été sur le terrain en tant que lieutenant de police de la SDPJ du 93. Olivier Norek maîtrise le sujet.

Roman surfacique 
- comme le visage meurtri de Noémie, une gueule cassée qui met à l'épreuve les amours et les amitiés.
- comme celle du lac d'Avalone, qui a englouti des anciens événements et démons mais les régurgite trente ans plus tard.
- comme le vernis qui couvre les secrets et les haines de ce monde rural. Mais un vernis cela se craquèle.

Le choix des villages engloutis comme fil conducteur m'a bien plu. En consultant le web, j'ai pu constater le nombre impressionnant de barrages qui ont entraîné la disparition sous les eaux de villages français, comme par exemple dans la vidéo ici en lien.
C'est par exemple le cas de Tréboul qui a été englouti pour le barrage de Sarrans, en Aveyron.
Construire un policier autour de ce thème est habile.

Le pont aux Anglais et le village de Tréboul lors de la vidange du lac artificiel en 2014.

J'ai été moins conquis par la fibre psychologique qui se veut très présente, en particulier à travers le personnage de superwoman Noémie. Le portrait de sa persévérance et de son courage face aux dangers et à son visage meurtri est assez caricatural. Il en est de même du béguin pour l'officier plongeur alors que son compagnon Adriel la délaisse. 
Que dire de la chute  de 1300 mètres de ravin à bord d'un Land Rover dont Noémie sort avec une simple estafilade a la joue gauche et un hématome dû à la ceinture de sécurité...

Un personnage sort du lot, Melchior, le psychiatre spécialiste des gueules cassées: il aide Noémie dans sa reconstruction. 
"Avez-vous déjà réfléchi à la fonction du visage ? Avez-vous compris qu'il est le reflet de tous vos sentiments ? On y lit le chagrin, la joie, les peurs, les interrogations, la douleur comme la jouissance. Il parle, avant même les mots."

Certains blogueurs décèlent de l'humour, citant en particulier la mention aux noms " inventés " des morts au cimetière : Claire Favan, Jacques Saussey, qui sont tous les deux des auteur.es de roman policier. Bon, personnellement, je n'ai pas du tout ri à la lecture de ce polar.

Un polar pas révolutionnaire mais efficace, à l'intrigue bien ficelée et sans profusion d'hémoglobine.

lundi 25 juillet 2022

495: 'Temps sauvages' de Mario Vargas Llosa

Genre : guerre de manipulation latino-américaine

Histoire
Fresque romancée du coup d’État militaire organisé par les États-Unis au Guatemala en 1954, pour écarter du pouvoir le président légitime Jacobo Árbenz.

Jacobo Árbenz Guzmán (1913-1971) à son investiture comme président du Guatemala en 1951.

CIA, la compagnie United Fruit reine de la banane, le président de la République dominicaine Trujillo et d'autres dictateurs en uniformes, la maîtresse officielle de Arbenz, Martita Borrero Parra, alias Miss Guatemala, une pléiade de personnages historiques et d'institutions au service de la sauvagerie des puissants.





Impressions

Partant de faits véridiques, l'auteur a imaginé des péripéties quotidiennes dramatisées, dans l'intention de tenir son lecteur en haleine. Il a aussi recréé les profils et les rôles des protagonistes, pour en faire des personnages louches, sombres, parfois carrément monstrueux.

La jolie petite moustache d'inspiration hitlérienne d'Armas Carlos Castillo, président du Guatemala à la suite du coup d'État du 8 juillet 1954, jusqu'à son assassinat en 1957.

En discussion avec Richard Nixon.

Carlos Castillo Armas, colonel de l’armée guatémaltèque, officier caractériel, vil flatteur de Trujillo, surnommé « Caca » par ses camarades de l’École militaire, et plus tard « Face de hache ».

Marta Borrero Parra, « Martita », surnommée « Miss Guatemala », est une enfant née d’un viol perpétré, un soir d’égarement, par le docteur García Ardiles, meilleur ami de son père, le docteur Arturo Borrero Lamas, tous les deux hommes de gauche et soutiens d’Arévalo et Árbenz. Son union avec son violeur, devenu son mari, ne pouvait la conduire qu’à vivre une existence perturbée, une vie d’opposition, familiale et politique. Intrigante, un brin aventurière, constante dans ses ambitions, jeune fille et femme dans l’ombre des puissants, démocrates d’abord, putschistes ensuite, amante destructrice du couple du dictateur Castillo Armas jusqu’à son assassinat puis compagne de Johnny Abes García et de bien d’autres hommes ensuite, enfin probable « taupe » de la CIA. Elle sera une pièce maîtresse dans le jeu politique qui assoira les régimes forts du Guatemala

Trujillo et sa moustache de bon  goût...

Rafael Trujillo, un dictateur qui a dirigé la République dominicaine pendant plus de 30 ans, a pris le contrôle quasi absolu de la nation des Caraïbes en 1930. Tout en réussissant à réduire la dette extérieure, à moderniser son pays et à favoriser une plus grande prospérité économique pour le peuple dominicain, Trujillo et ses violations odieuses des droits humains, y compris la torture et le meurtre de milliers de civils, ont réussi à échapper aux réprimandes de la communauté internationale pendant des décennies.


Les chapitres ne suivent aucun ordre chronologique, ce qui nécessite un temps d'adaptation pour la lecture, car sur les vingt années de temps sauvages balayées par l'auteur, les coups d'État sont fréquents et impliquent les mêmes intervenants… dans des rôles différents

Ce roman illustre en profondeur l'origine de l'expression de république bananière, à savoir une république dont l'économie repose typiquement sur la seule production de bananes, et dirigé par une ploutocratie autoritaire mise en place, aidée ou soutenue par des grandes multinationales de l'agroalimentaire.
Comme l'United Fruit Company qui appuie la CIA au Guatemala pour renverser Arbenz.

Certains postes d’administrateurs et d’actionnaires de la compagnie bananière n’étaient pas occupés par n’importe qui : Henry Cabot Lodge, sénateur et ambassadeur des USA aux Nations-Unies, John Foster Dulles, secrétaire d’État sous la présidence d’Eisenhower et Allen Dulles, son frère, directeur de la CIA, pas moins ! Ils siégeaient régulièrement au conseil de surveillance et rapprochèrent United Fruit des milieux influents de la société aristocratique, politique et conservatrice nord-américaine.


Tiempos recios... Roman très instructif mais complexe à lire car faisant intervenir de nombreux protagonistes et une chronologie déstructurée.

Mario Vargas Llosa, prix Nobel 2010, péruvien naturalisé espagnol.
Ce roman est paru est 2021 alors que cet écrivain a plus de 85 ans !

L'opération PBSUCCESS organisée par la CIA le place à la tête d'une petite armée de rebelle qui lance son offensive le 18 juin 1954. La peur d'une intervention directe des États-Unis conduit à la démission du président guatémaltèque puis à la promotion d'Armas à la présidence. Le vote à sa présidence fut effectué sans les analphabètes (65 % de la population), ce qui aida grandement à son élection. Lors de sa présidence, il taxa d'inconstitutionnel le décret 900 sur la réforme agraire, réforme que Jacobo Arbenz Guzmán avait instauré. Sa présidence est marquée par l'anticommunisme. Il est assassiné par arme à feu en 1957.

lundi 11 juillet 2022

494: 'La face cachée de Margo' de John Green

Genre : jeu de piste

Histoire
Margo Roth Spiegelman est la voisine de Quentin.
Très indépendante et énigmatique, elle est  connue au lycée pour ses fugues, ses extravagances.
Elle entraîne Quentin dans une folle soirée de défis, sorte d'expédition vengeresse.
Avant de disparaître le lendemain...
Quentin part à la recherche de son amie d'enfance, guidé par une succession d'indices laissés par Margo.

Impressions
Roman recommandé par mes filles.
Une histoire d'adolescentes et adolescents qui finissent leur année de lycée avant de rejoindre l'université.
Premières amours (jolie curiosité transgenre de la langue française !), 
Le récit est assez vivant, guidé par ce fil d'Ariane de Quentin qui tente obstinément de retrouver Margo sur la base de ces indices. Vivant aussi par les dialogues et les petites histoires des amies et amis de Quentin.

J'ai découvert le poète Walt Whitman, dont un poème est lu et relu par Quentin, cherchant vainement des indices dans les passages surlignés par Margo a surligné des passages.

Jai aussi découvert les 'Paper Towns', titre original de ce roman. Aux Etats-Unis ces Villes de papiers n'existent que sur la carte, comme Agloe, dans l'Etat de New York (sur la carte) : 

Agloe est une ville factice inventé par la compagnie Esso au début des années 30 et insérée sur leurs cartes topographiques de l’Etat de New-York, à la jonction d’une route sans nom avec la route NY 206, près de Roscoe (lat/lng : 41.9638 / -74.9072). Le nom Agloe, provient en fait des noms des deux auteurs de la carte : Otto G. Lindberg et Ernest Alpers. 
Cette ville est en réalité un piège au droit d’auteur (copyright trap) pour éviter d’éventuels plagiats. Le principe est simple, si cette ville se retrouve sur une carte d’une compagnie concurrente, la preuve du plagiat est avérée et un procès peut être lancé.
Quelques années plus tard, on retrouve effectivement la ville d’Agloe sur une carte concurrente, celle de Rand McNally. Le plagiat semble donc acté et un procès a lieu. Mais, ce n’est pas si simple, et c’est là que l’histoire devient amusante. Car entre temps, dans les années 50, en lieu et place du point indiqué sur le carte, a ouvert un commerce intitulé “Agloe General Store”. Consequence de quoi, pouvant prouver l’existence réelle et matérielle de ce lieu, McNally se defend et gagne le procès. Patatras ! Plus tard, et même si le magasin fini par fermer, on retrouvera encore la ville d’Agloe sur les cartes Google Maps et dans différentes bases de données américaines.


Petit bémol: ce roman aurait gagné à être plus court, par exemple les aller-retours au magasin de souvenir désaffecté finissent par lasser. Le lecteur et l'auteur tournent en rond.
Et le roman aurait ainsi gagné à moins consommer de papier :)

Roman ciblant les adolescent.e.s. avec du suspens, du burlesque et quelques longueurs.

Les livres qui m'ont marqué... (pas tous chroniqués)

  • 'Beloved' & 'Jazz' de Toni Morrison
  • 'Charlotte' de David Foenkinos
  • 'Crime et châtiment' de Dostoievski
  • 'Kite runner' de Khaled Hosseini
  • 'La joueuse de go" de Shan Sa
  • 'Le quatrième mur' 'Profession du père' de Sorj Chalandon
  • 'Les enfants de Minuit' de Salman Rushdie
  • 'Sombre dimanche' & "L'art de perdre" d'Alice Zeniter
  • 'Sous le soleil des Scorta' et 'Eldorado' de Laurent Gaudé
  • "1984" de George Orwell
  • "Au Zénith" de Dong Thuong Huong
  • "Candide" de Voltaire
  • "En attendant Godot" de Samuel Beckett
  • "Fanrenheit 451" de Bradbury
  • "L'écume des jours" de Boris Vian
  • "L'insoutenable légéreté de l'être", de Milan Kundera
  • "L'œuvre au noir" de Marguerite Yourcenar
  • "L'ombre du vent" de Carlos Ruis Zafon
  • "La métamorphose" de Kafka
  • "La vie devant soi" de Romain Gary
  • "Le Hussard sur le toit" et "Les âmes fortes" de Jean Giono
  • "Le parfum" de Patrick Suskind
  • "Le Portrait de Dorian Gray" d'Oscar Wilde
  • "Le rouge et le noir" de Stendhal
  • "Les Cavaliers" de Joseph Kessel
  • "Les Déferlantes" de Claudie Gallay
  • "Les Raisins de la Colère" de John Steinbeck
  • "Malevil" de Robert Merle
  • "Mr Vertigo" de Paul Auster
  • "Sur la route" de Jack Kerouac
  • à suivre
  • L'univers de Haruki Murakami
  • Les contes d'Alessandra Barrico
  • Les polars de Fréd Vargas
  • Les romans de Sepulveda
  • Les romans de Yasunari Kawabata

Grand Canyon

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