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Liste par auteurs & titres dans Kronik list

dimanche 17 juillet 2011

71: "La Mort du Roi Tsongor" de Laurent Gaudé

Genre : Tragédie et conte initiatique africains


Histoire
Le cadre : une Afrique sans lieu précis, une époque intemporelle.
Pour tenter de calmer la rivalité des prétendants à la main de sa fille la belle Samilia, le roi Tsongor accepte la mort donnée par son fidèle porteur de tabouret d'or, Katabolonga. Erreur de jugement : la mort du roi va au contraire créer le chaos au sein du royaume de Massaba. Le chaos au sein de sa famille. La guerre entre les tribus de son empire. La destruction de son héritage pendant que son cadet, Souba, traverse les vastes étendues du royaume, chargé du lourd fardeau de la mission que son père lui a confiée avant cette nuit fatidique.

Impressions
L’intrigue de ce roman est simple, voire trop prévisible selon certains blogueurs.
Mais quel plaisir de lecture ! Quelle écriture remarquable, magistrale, fluide, puissante, claire, ciselée. Et quelle capacité de renouveau montre cet auteur, qui nous fait parcourir les continents et les époques à chacun de ses ouvrages.
Ce roman rassemble 2 faces.
D’abord un drame digne des tragédies grecques, un carnage sanglant, fou et vain, qui se joue au pied des murailles de Massaba. Un drame joué par des acteurs somptueux, poussés par leur orgueil à se battre sans fin, d’affronter la mort et la souffrance. Jusqu’à l’horreur. Jusqu’à l’absurde, propre de la vanité et de la guerre.
En écho à ce drame antique, le lecteur suit le périple initiatique de Souba, un récit magique. Le lecteur se transforme alors en auditeur, transporté par la voix d'un conteur, qu'on imagine accroupi sous un arbre à palabres. L’apprentissage de la nature des hommes, de la condition humaine, découvrant en lui-même ses qualités et ses faiblesses, au rythme lent de la mule de Souba.
Et enfin, loin du vacarme de la guerre et de l’errance de Souba, l’âme éplorée de Tsongor converse avec son fidèle Katabolonga. Jusqu’à pouvoir rejoindre le monde des morts, honteux.

Un roman remarquable. Moins marquant qu'"Eldorado" cependant.

Selon un blog littéraire, un roman à rapprocher de « Salambô » de Flaubert, « Désert » de Le Clézio, « L’exil et le Royaume » de Camus, ou « L’aleph » de Borges. Prochaines lectures en perspective.
Prix Goncourt des lycéens en 2002

dimanche 12 juin 2011

70ième: "L'alchimiste" de Paulo Coelho

Genre : conte initiatique du petit prince des moutons.

Histoire 
..
Un petit berger qui lit, qui parle à ses moutons.
"Je ne savais pas que les bergers pouvaient lire des livres"
[…]
Santiago, ce jeune berger andalou, part à la recherche d'un trésor enfoui au pied des Pyramides. Lorsqu'il rencontre l'Alchimiste dans le désert, celui-ci lui apprend à écouter son cœur, à lire les signes du destin et, par-dessus tout, à aller au bout de son rêve.

Impressions
Roman qui se veut philosophique

L’écriture est simple. Le lecteur assiste à l’évolution du personnage principal, et découvre en même temps que celui-ci des leçons de vie, pour le moins profondes. Le récit a l’intention de partager quelques clés du bonheur
«Il n’y a qu’une chose qui puisse rendre un rêve impossible : c’est la peur d’échouer. »
«si un animal vous dit qu'il peut parler, il ment probablement. » .

Mais finalement un roman où je me suis ennuyé.
Et après quelques temps je n'en ai aucun souvenir...

dimanche 5 juin 2011

69: "Bonheur Fantôme" d'Anne Percin

Genre : amour au masculin entre P. & R.


Histoire
Pierre, P., est brocanteur, ex-mannequin, a les sentiments à fleur de peau.
P. a quitté R. pour une raison que le roman va progressivement dévoiler.
P. s'est retiré à la campagne, dans la Sarthe, près de la Flèche.

R. est photographe reporter, souvent en vadrouilles à travers le monde.
R. vit à Paris.

Fantôme: P. a l'esprit hanté de pensées morbides, en particulier du souvenir de son frère, brutalement décédé lors d'un accident.

Bonheur: Comme Rosa Bonheur, une peintre du 19ième siècle (apparemment aussi connue de son vivant que Picasso au 20ième siècle), une femme qui a assumé son goût pour la peinture animale (elle a aménagé dans son château de By un parc pour abriter moutons, cerfs, isards, chevaux, et même deux jeunes lions !!), pour les havanes, pour le port du pantalon, et pour ... les femmes. Excentrique, elle est cependant la première femme artiste à avoir été nommée Chevalier de la Légion d'honneur (1865), prix reçu des mains mêmes de l'impératrice Eugénie.



Impressions
Une fuite avec le poids de la déchirure sentimentale, la douleur d'une cassure.
Une retraite pour se reconstruire, voire reconstruire l'amour perdu.

La Sarthe pour Anne Percin, comme la Normandie ou Venise chez Claudie Gallay.
Beaucoup de similitudes dans l'écriture et la construction du roman, et je suis un aficionado de Claudie Gallay...

Le quotidien campagnard du narrateur, cet écorché sentimental, est ponctué des visites attendues mais souvent impromptues de R., le chevalier fantôme sur sa moto.
C'est juste, complexe, rythmé, poétique, délicat, sensible mais jamais mielleux, toujours subtil, rempli de personnages attachants et chaleureux.

Et que dire de ce clin d'œil relatif à cette histoire d'amour entre 2 hommes où une femme fait parler Pierre...
« Je me disais: quel droit est-ce que j'ai, moi, d'écrire sur une femme ? De mettre à sa place, de la laisser parler, revivre et respirer dans un livre écrit d'une main d'homme, avec des pensées d'homme, un désir d'homme ? Quelle légitimité ? »

Vous l'avez compris, j'ai été séduit par ce roman. Avec "Saint Denis bout du monde" de Samuel ZAOUI, mes favoris du concours Alice de cette année,.

vendredi 20 mai 2011

68ième: "La Ville des Prodiges" d'Eduardo Mendoza

Wikipédia, "picaresque": Un roman picaresque se compose d'un récit sur le mode autobiographique de l’histoire de héros miséreux [...]

Histoire
En 1888, Onofre Bouvila, jeune paysan de treize ans, quitte son village natal catalan et son père criblé de dettes: direction Barcelone avec l'intention de faire fortune.
« L'une te rendra heureuse. L'une te rendra riche, l'autre te portera au sommet, la dernière te rendra heureux. Celle qui te rendra heureux te rendra malheureux; celle qui te portera au sommet te fera esclave; celle qui te rendra riche te maudira. Des trois, cette dernière est la plus dangereuse, parce que c'est une sainte, une sainte fameuse. »


Genre : roman picaresque pittoresque à Barcelone

Mais dans une Barcelone en pleine effervescence de préparation de sa première Exposition universelle, il est difficile de gagner sa vie. Pour atteindre son objectif ambitieux, Onofre va enchaîner une multitude de métiers en recourant à son intelligence mais aussi à une absence totale de scrupules. S'accumulent fraudes, complots, trahisons et assassinats, le tribut à payer pour devenir l'homme le plus riche et le plus influent d'une société catalane décadente.

Impressions
Son ascension sociale connaît de multiples rebondissements souvent rocambolesques et drôles, qui apportent du mouvement à ce gros pavé (plus de 400 pages).

« Il y aura violence et mort. [...] Mais n'aie pas peur. Les dragons sont vantards, mais tout fout le camp en rugissements et flammes par la bouche. Crains la chèvre, qui est le symbole de la perfidie et de la tromperie. »

De nombreuses descriptions historiques de Barcelone et de l'Espagne entre 1888 et 1929 demandent parfois au lecteur de s'accrocher. Mais elles participent à la mise en situation des tribulations d'Onofre qui croise de nombreux personnages connus (Antonio Gaudi, le dictateur général Primo de Rivera,...) et permettent de mieux comprendre l'évolution urbanistique de cette ville (par exemple l'"Eixample', l'extension de Barcelone hors des remparts). Ayant débuté cette lecture lors d'un séjour touristique de 4 jours dans cette cité, cela explique sans doute pourquoi ces descriptions ne m'ont pas ennuyé (à la différence d'autres lecteurs blogueurs).

« Devant les yeux de sa conscience, comme s'il feuilletait un album de portraits, défilaient les visages accusateurs d'Odon Mostoza, de don Alexandre Canals i Formiga et de son fils, de [...] toutes ces personnes [...] ils les avaient sacrifiées à son ambition et à sa vésanie [...] »

Onofre héros ou anti-héros ? Certes pas une biographie qui prodigue de leçons de morale, au contraire. Mais c'est incontestablement un roman qui dénonce la dictature et les mouvements extrémistes ainsi qu'une haute société hypocrite et cruelle.

Repéré dans une liste de livres conseillés du Routard 'Barcelone', c'est en effet une excellente mise en bouche pour une visite dans cette ville sympathique.

Pour en savoir plus, une très intéressante analyse du sens de ce roman.
http://www.ecoles.cfwb.be/arizel/Robin/Biblizel/ville2.htm

"Fidèle à son habitude, Eduardo Mendoza réutilise la matière narrative de plusieurs genres romanesques."

"Si on n'y prend pas garde, on lit la première page du roman comme un simple résumé de l'Histoire de Barcelone de sa fondation à la fin du 19ème siècle. Cependant, en y regardant de plus près, on constate qu'il s'agit en réalité d'un pastiche du récit d'Histoire parce qu'il regroupe, dans de saisissants raccourcis, tous les dangers qui guettent l'historien (interprétations fallacieuses des sources, anachronismes, généralisations abusives, historicisme, subjectivisme, etc.)."

67ième: "L'iguifou" de Scholastique Mukasonga

Genre : témoignage touchant d'une rescapée Tutsie

Histoire
    Cinq courtes nouvelles qui témoignent du drame des Tutsis, des fléaux que cette population a du et doit endurer pour survivre.
  1. La faim d'abord, l'iguifou, qui tenaille les enfants Tutsis d'un village pauvre du Rwanda avant l'exil.
  2. La peur des exilés ensuite, omniprésente, jusque dans les cours d'école.
  3. La nostalgie des anciennes coutumes et richesses, cristallisée à travers ce souvenir des vaches et de leur lait à déguster cérémonieusement.
  4. Le sort terrible des femmes tutsies à la beauté fatale qui les amènera à côtoyer les puissants avant de connaître la déchéance.
  5. Et enfin le deuil impossible à faire par les expatriés qui ont échappé au génocide...
Impressions
    Certes, à l'image du roman "Ru" (boat-people vietnamiens) le génocide ethnique du Rwanda en 1994 (selon l'ONU, de l'ordre de 800 000 victimes, majoritairement Tutsis) constitue un cadre pesant et douloureux pour ce recueil de nouvelles. Heureusement les mots simples, pudiques (pas d'effusion de sang) et sereins apportent un peu d'air à ces histoires empreintes de tristesse et de cruauté.

    Un roman pour faire le deuil des douleurs de son peuple ? Pour laisser uns trace écrite, une sépulture aux victimes de ces terribles événements ? L'auteure Scholastique MUKASONGA fait partie de ces rescapés puisqu'elle a elle-même perdu sa mère, son père et trente-sept membres de sa famille en 1994.

    Souvent peu enthousiasmé par le format "nouvelles", ce recueil m'a projeté des images d'une Afrique noire que je ne connais pas, un témoignage que j'imagine non déformé par les préjugés et les fantasmes des occidentaux. Mon plaisir de lecture est allé en croissant avec les nouvelles, et j'ai été ému par la dernière, "Le Deuil".
 
La tradition veut qu'on pleure sur les corps de ses morts...
« On laissait partir le défunt vers sa dernière demeure. On le transportait dans l’ingobyi, une grande civière oblongue faite de lattes de bambou. […] L'ingobyi servait aussi de palanquin pour la jeune épousée le jour de son mariage. […] L’ingobyi exigeait toujours son lot de larmes. »
Mais pour notre rescapée, les morts sont trop loin. Aussi la narratrice tente de faire son deuil en s'immisçant au sein des enterrements de son environnement Français. Cette quête et le dénouement de cette nouvelle m'ont particulièrement touché.

Court recueil de nouvelles apportant un témoignage touchant de la vie et de l'histoire des Tutsis.
Pour en savoir plus, le blog de l'auteure: http://www.scholastiquemukasonga.com/ Photographies prises par Christine au Bénin en 1995...

mercredi 4 mai 2011

66: "Numéro Six" de Véronique Olmi

Genre : monologue douloureux et silencieux d'un amour filial absolu


Histoire
6ième enfant d'un couple "catholique et riche", 'venue sur le tard', Fannny a 50 ans quand son père fête ses cent ans. Fanny reprend alors le cours de sa vie, une vie guidée par le besoin profond voire pathologique d'être reconnue par son père.

Impressions
Court roman très synthétique (103 pages chez Actes Sud) à l'écriture elliptique.
Les souvenirs se succèdent de manière plus ou moins chronologique, et la tristesse de Fanny nous contamine progressivement. Confession exutoire d'un manque de reconnaissance dans cette famille catholique bien-pensante.
Cet amour qui va au-delà de ses désaccords profonds avec de nombreuses opinions du père donne le vertige, voire fait peur.
"Je t'aime réactionnaire. Même antipathique. Je trouve une excuse à tout: le milieu, la génération, l'époque... Tout est bon pour que tu sois digne de mon amour."

Dépouillé, un roman sous la forme d'un monologue assez triste et touchant.

dimanche 24 avril 2011

65: "Saint Denis bout du monde" de Samuel ZAOUI

Genre : crise identitaire d’un modèle d’intégration


Histoire
Son père est parti au bled et Souhad est en détresse. Ce départ a dérouté cette brillante agrégée en lettres modernes, ce modèle d’intégration de la population arabe immigrée. Depuis, elle a quitté son appartement, erre dans la maison paternelle et gamberge dans un parc de Saint-Denis. La rencontre de trois petits vieux Arabes l’embarque dans un périple initiatique qui l'aidera peut-être à reconstruire son identité.

Impressions
Le roman commence doucement, d’une manière énigmatique et astucieuse. Le sujet de narration rebondit d’un personnage à l’autre au hasard de leur rencontre fortuite dans St-Denis. Jusqu’à ce qu’une troupe bigarrée et improbable se forme et parte au ’’Bout du Monde’’ à bord d’une camionnette (volée ?). Une écriture en forme de fable "odysséenne".

Le thème des immigrés et de leur (im- ?)probable intégration est très habilement et originalement traité, à travers cette confrontation entre l’éduquée et moderne Souhad et ces petits vieux débarqués dans les années 1950. Voyage - machine à remonter le temps des histoires personnelles de ces 3 Arabes, souvent émouvantes, attachantes par leurs faiblesses. Alternent colères, tristesses, souffrances, mensonges, mais aussi beaucoup d’humour qui évite d’être inondé de pathos (le personnage d'Idriss, ce grand noir taciturne qui se contente de ses ‘ui’, est savoureux).

- C’est trop tard, ma fille. C’était au début qu’il fallait faire les choses. Au début, à la seconde où tu mets le pied sur le sol. Au moment où tu descends du bateau… Tu descends, la terre est dure, tu sais pas comment marcher dessus, dans quel sens, tu sais pas. Même un trottoir tu sais pas ce que c’est. […]
L’histoire, c’est pour tous la même chose, pareil et pas pareil. […] Il y a le papier avec l’adresse marquée dessus en français. […]
Et puis tu arrives devant la maison. L’adresse est bonne mais l’immeuble est pourri. […]
L’escalier sent la pisse. Tu frappes à une porte. Elle s’ouvre sur une chambre petite, minuscule, noire. Le cousin est là mais il ne sourit pas. Il te fait entrer en silence. Il ne peut plus rien cacher maintenant. Ni raconter des histoires. […]
Tu comprends tout, d’un coup. Les mensonges. Cette misère pour faire vivre les autres là-bas. Tout.


Incontestablement, mon roman favori de la sélection du concours Alice de cette année (avec pour bémol qu'il m'en reste 2 à lire.)
Premier roman remarquable de Samuel Zaoui, un enseignant-sociologue lui-même issu de l'immigration.

Les livres qui m'ont marqué... (pas tous chroniqués)

  • 'Beloved' & 'Jazz' de Toni Morrison
  • 'Charlotte' de David Foenkinos
  • 'Crime et châtiment' de Dostoievski
  • 'Kite runner' de Khaled Hosseini
  • 'La joueuse de go" de Shan Sa
  • 'Le quatrième mur' 'Profession du père' de Sorj Chalandon
  • 'Les enfants de Minuit' de Salman Rushdie
  • 'Sombre dimanche' & "L'art de perdre" d'Alice Zeniter
  • 'Sous le soleil des Scorta' et 'Eldorado' de Laurent Gaudé
  • "1984" de George Orwell
  • "Au Zénith" de Dong Thuong Huong
  • "Candide" de Voltaire
  • "En attendant Godot" de Samuel Beckett
  • "Fanrenheit 451" de Bradbury
  • "L'écume des jours" de Boris Vian
  • "L'insoutenable légéreté de l'être", de Milan Kundera
  • "L'œuvre au noir" de Marguerite Yourcenar
  • "L'ombre du vent" de Carlos Ruis Zafon
  • "La métamorphose" de Kafka
  • "La vie devant soi" de Romain Gary
  • "Le Hussard sur le toit" et "Les âmes fortes" de Jean Giono
  • "Le parfum" de Patrick Suskind
  • "Le Portrait de Dorian Gray" d'Oscar Wilde
  • "Le rouge et le noir" de Stendhal
  • "Les Cavaliers" de Joseph Kessel
  • "Les Déferlantes" de Claudie Gallay
  • "Les Raisins de la Colère" de John Steinbeck
  • "Malevil" de Robert Merle
  • "Mr Vertigo" de Paul Auster
  • "Sur la route" de Jack Kerouac
  • à suivre
  • L'univers de Haruki Murakami
  • Les contes d'Alessandra Barrico
  • Les polars de Fréd Vargas
  • Les romans de Sepulveda
  • Les romans de Yasunari Kawabata

Grand Canyon

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