Un policier court et efficace (150 pages) aux éditions Liana Levi dans la collection "piccolo".
Le principal attrait de ce roman est sa construction originale, où les chapitres oscillent dans le temps et dans leur forme:
- d'un côté des échanges de mails entre un professeur d'histoire de l'art vivant à New-York et un inspecteur de police italien qui mène l'enquête sur la mort à Venise d'une jeune universitaire française.
- de l'autre côté des scènes du passé vénitien, qui pour la plupart peignent la période où Jacopo Robusti, dit "il Tintoretto", décora La Scuola Grande di San Rocco, parfois surnommée “La Sixtine du Tintoret”.
Ce policier mêle histoire de l'art et fiction autour d'une société secrète (vraiment fictive?): il assimile intelligemment à l'intrigue des épisodes historiques véritables (par exemple le récit du concours de peinture en 1564 organisé par la Confrérie de la Scuola).
(Je vous invite d'ailleurs à visiter le site suivant:
http://www.e-venise.com/scuole_venise/scuola_grande_san_rocco_venise_1.htm)
Grâce à son découpage originale, ce polar qui exploite des ficelles similaires à celles du "Da Vinci Code" en évite cette écriture formelle (et excessivement lourde à mon goût) où un rebondissement (très souvent complètement tiré par les cheveux) survient systématiquement à la chaque fin de chapitre.
En conclusion, "Venise.net" se dévore très vite avec plaisir, et pour l'amoureux inconditionnel de Venise que je suis, voilà une belle occasion de flâner à travers ses édifices et son histoire.
Un blog calepin pour y noter mes impressions de lectures et de voyages ou de randonnées à travers quelques clichés photographiques.
dimanche 17 janvier 2010
samedi 16 janvier 2010
13ème chronique: "Firmin" de Sam Savage
Un roman anthropomorphique qui fait hommage aux rats de librairie
Roman récemment traduit en Français chez Actes Sud (2006), iconoclaste à l’image de son auteur qui publie là à 68 ans son premier manuscrit. Si on se réfère à sa biographie, Sam Savage a exercé une liste de professions à la Prévert : professeur, mécanicien pour vélos, charpentier, pêcheur, commercial, imprimeur…
Il n’est donc pas surprenant de découvrir dans cet ouvrage l’histoire d’un rat, Firmin, qui après avoir englouti des chapitres entiers de livres pour tromper sa faim, se révèle capable de déchiffrer les pages d’écriture. Cet appétit de lecture pourra s’exercer sans peine, puisque notre héros et ses 12 frères et sœurs sont nés dans le sous-sol d’une librairie de Boston. C’est d’ailleurs parce que seules 12 mamelles étaient disponibles pour allaiter la portée que Firmin, moins vaillant que les autres, a dû se rabattre sur le papier mâché…
Firmin découvre alors le monde à travers ses lectures boulimiques, les grands auteurs bien sûr mais aussi les autres ouvrages disponibles dans les autres sections de la librairie, connaissances hétéroclites qu'il exploite jusque dans son exploration du réseau de tuyaux de l'immeuble en se référant à un manuel de plomberie. Cette activité cérébrale développe alors chez ce rat une grande mélancolie, nourrie d’un côté par son isolement intellectuel au sein de sa communauté animale et d’un autre côté par son incapacité de se faire comprendre des hommes. Son ultime tentative de communication avec les hommes en gesticulant le langage des signes auprès de 2 jeunes filles se solde par une jambe cassée sous un coup de bâton de ses poursuivants...
Ce roman anthropomorphique chante incontestablement les louanges de la lecture, présentée comme un vecteur d’évasion, d'imagination; Firmin découvre le monde, sa géographie, son actualité, son histoire. Mais aussi -et c'est là l'originalité principale de ce livre- la lecture un germe de réflexion, d’idées hors des sentiers battus, voire anticonformistes: ces idées peuvent entraîner un rejet par les autres et un sentiment de décalage par rapport à ses congénères, d'où la grande solitude du lecteur vécue par Firmin. Cette atmosphère assez amère est renforcée par le décor de ce récit, le quartier de Scollay Square à Boston, où les immeubles sont abattus les uns après les autres pour faire place à un grand projet de rénovation urbaine.
Un semblant d’optimisme s’installe à mi-chemin du roman, quand Firmin est recueilli par Jerry, un écrivain marginal de l’immeuble. Mais ce ne sera qu’un bref entracte…
Un portrait agréable à lire, riche en références littéraires entremêlées avec humour dans les errances de Firmin, qui vous remuera le jour où un rat "petit, poilu, large de hanches et rétroprognathe" vous fixera des yeux…
Ce récit en forme de fable de la Fontaine porté par la voix du rat peut être déchiffré comme une allégorie du pouvoir de la lecture à faire rêver, réfléchir, sortir des sentiers battus de la normalisation, une démarche marginalisée dans un monde lobotomisé, saturé de télévision, de consommation multimédia sans efforts. Un avant-goût de "Farenheit 451", de "1984"...
Roman récemment traduit en Français chez Actes Sud (2006), iconoclaste à l’image de son auteur qui publie là à 68 ans son premier manuscrit. Si on se réfère à sa biographie, Sam Savage a exercé une liste de professions à la Prévert : professeur, mécanicien pour vélos, charpentier, pêcheur, commercial, imprimeur…
Il n’est donc pas surprenant de découvrir dans cet ouvrage l’histoire d’un rat, Firmin, qui après avoir englouti des chapitres entiers de livres pour tromper sa faim, se révèle capable de déchiffrer les pages d’écriture. Cet appétit de lecture pourra s’exercer sans peine, puisque notre héros et ses 12 frères et sœurs sont nés dans le sous-sol d’une librairie de Boston. C’est d’ailleurs parce que seules 12 mamelles étaient disponibles pour allaiter la portée que Firmin, moins vaillant que les autres, a dû se rabattre sur le papier mâché…
Firmin découvre alors le monde à travers ses lectures boulimiques, les grands auteurs bien sûr mais aussi les autres ouvrages disponibles dans les autres sections de la librairie, connaissances hétéroclites qu'il exploite jusque dans son exploration du réseau de tuyaux de l'immeuble en se référant à un manuel de plomberie. Cette activité cérébrale développe alors chez ce rat une grande mélancolie, nourrie d’un côté par son isolement intellectuel au sein de sa communauté animale et d’un autre côté par son incapacité de se faire comprendre des hommes. Son ultime tentative de communication avec les hommes en gesticulant le langage des signes auprès de 2 jeunes filles se solde par une jambe cassée sous un coup de bâton de ses poursuivants...
Ce roman anthropomorphique chante incontestablement les louanges de la lecture, présentée comme un vecteur d’évasion, d'imagination; Firmin découvre le monde, sa géographie, son actualité, son histoire. Mais aussi -et c'est là l'originalité principale de ce livre- la lecture un germe de réflexion, d’idées hors des sentiers battus, voire anticonformistes: ces idées peuvent entraîner un rejet par les autres et un sentiment de décalage par rapport à ses congénères, d'où la grande solitude du lecteur vécue par Firmin. Cette atmosphère assez amère est renforcée par le décor de ce récit, le quartier de Scollay Square à Boston, où les immeubles sont abattus les uns après les autres pour faire place à un grand projet de rénovation urbaine.
Un semblant d’optimisme s’installe à mi-chemin du roman, quand Firmin est recueilli par Jerry, un écrivain marginal de l’immeuble. Mais ce ne sera qu’un bref entracte…
Un portrait agréable à lire, riche en références littéraires entremêlées avec humour dans les errances de Firmin, qui vous remuera le jour où un rat "petit, poilu, large de hanches et rétroprognathe" vous fixera des yeux…
Ce récit en forme de fable de la Fontaine porté par la voix du rat peut être déchiffré comme une allégorie du pouvoir de la lecture à faire rêver, réfléchir, sortir des sentiers battus de la normalisation, une démarche marginalisée dans un monde lobotomisé, saturé de télévision, de consommation multimédia sans efforts. Un avant-goût de "Farenheit 451", de "1984"...
jeudi 14 janvier 2010
Brève: Un enlèvement qui s'achève par un dénouement heureux
Dépêche AFP du 14 janvier 2010.
De retour d'un réveillon en Bourgogne, une chaussette bleue a découvert que sa compagne Sette avait disparu. Aussitôt un comité de soutien "Chaussette en détresse" a été mis en place, travaillant jour et nuit d'arrache-pied, faisant des pieds et des mains pour obtenir la libération de leur amie. Des messages de soutien ont été diffusés sur les médias:
"Courage Sette, on ne te laissera pas tomber comme une vieille chaussette !" ou encore
"Ne te laisse pas marcher sur les pieds, Sette, on a le b(r)as long !".
Cette agitation médiatique perpétrée jusque dans les ministères, où le comité de soutien était partagé entre mettre les deux pieds dans le plat ou faire des ronds de jambe, a fait chou blanc. Le talon d'Achille de ce comité était que certains de ses membres ne pouvaient se sentir, d'autres marchaient à côté de leurs pompes, et enfin certains étaient de mauvais poil, ce qui est inconfortable pour une chaussette.
Mais après 3 jours d'angoisse, la chaussette esseulée Chô a reçu un colis envoyé par les ravisseurs, dont voici le courrier joint (les noms ont été volontairement cachés pour préserver l'anonymat des protagonistes de cette triste histoire...):

Soulagement, le comité de soutien salue le mouvement de générosité et de chausseté (Note du Traducteur: ''d'humanité'') des ravisseurs.
Heureuses, Chô & Sette ont retrouvé goût à la vie, se sentent à nouveau bien dans leurs petits souliers.
Sette a confié à un journaliste qu'elle avait craint de partir les pieds devant, et qu'elle s'estimait très chanceuse de pouvoir partir sur la pointe des pieds.
Un fait divers d'hiver sans queue ni tête...
De retour d'un réveillon en Bourgogne, une chaussette bleue a découvert que sa compagne Sette avait disparu. Aussitôt un comité de soutien "Chaussette en détresse" a été mis en place, travaillant jour et nuit d'arrache-pied, faisant des pieds et des mains pour obtenir la libération de leur amie. Des messages de soutien ont été diffusés sur les médias:
"Courage Sette, on ne te laissera pas tomber comme une vieille chaussette !" ou encore
"Ne te laisse pas marcher sur les pieds, Sette, on a le b(r)as long !".
Cette agitation médiatique perpétrée jusque dans les ministères, où le comité de soutien était partagé entre mettre les deux pieds dans le plat ou faire des ronds de jambe, a fait chou blanc. Le talon d'Achille de ce comité était que certains de ses membres ne pouvaient se sentir, d'autres marchaient à côté de leurs pompes, et enfin certains étaient de mauvais poil, ce qui est inconfortable pour une chaussette.
Mais après 3 jours d'angoisse, la chaussette esseulée Chô a reçu un colis envoyé par les ravisseurs, dont voici le courrier joint (les noms ont été volontairement cachés pour préserver l'anonymat des protagonistes de cette triste histoire...):
Soulagement, le comité de soutien salue le mouvement de générosité et de chausseté (Note du Traducteur: ''d'humanité'') des ravisseurs.
Heureuses, Chô & Sette ont retrouvé goût à la vie, se sentent à nouveau bien dans leurs petits souliers.
Sette a confié à un journaliste qu'elle avait craint de partir les pieds devant, et qu'elle s'estimait très chanceuse de pouvoir partir sur la pointe des pieds.
Un fait divers d'hiver sans queue ni tête...
dimanche 3 janvier 2010
12ième chronique: "Coyote attend" de Tony Hillerman
Un polar best-seller de Tony Hillerman, décédé assez récemment (le 26 octobre 2008) à l'âge de 83 ans.
Why Hillerman ?...
J'avais d'excellentes raisons de me plonger dans les romans de cet auteur:
1- D'abord mon père, puis plus tard une amie m'en ont fait la promotion musclée, s'en montrant des lecteurs conquis ('tout est bon');
2- Ensuite, cet été nous avons fait en famille un circuit dans les parcs nationaux américains autour des "Four Corners", cet unique et étonnant point de jonction à angles droits entre les frontières de 4 états: Nouveau-Mexique, Arizona, Colorado et Utah. Et il se trouve que la plupart des romans de Tony se déroulent dans cette région.
3- Enfin, en plus d'avoir sillonné ces vastes états, nous avons visité quelques sites Navajos, Hopis, ou Anasazis (Wupakti National Monument, Canyon of Chelly, Monument Valley...). Et c'est là l'atout séducteur de Hillerman: ses intrigues policières menées par Joe Leaphorn et Jim Chee de la police tribale Navajo regorgent de détails culturels et sociaux de ces tribus indiennes du sud-ouest nord-américain.
L'intrigue...
A ce titre, "Coyote Attend" présente un lexique de mots navajos qui permet de mieux comprendre cette culture, ses rites, et en particulier l'histoire de ses mythes anciens autour desquels ce roman est centré. En effet, Hosteen Pinto, le personnage central est un vieux chaman, sollicité par de nombreux professeurs d'histoire pour sa connaissance des histoires de l'Ouest et des légendes navajos.
Mais Pinto est aussi le coupable parfait et 'trop évident' de l'assassinat du policier navajo Delbert Nez: il a été retrouvé par le sergent Chee lui-même, près de la voiture incendiée de Nez, ivre, portant l'arme du crime et disant pour unique parole: 'Mon fils, j'ai honte.'.
Mais ce meurtre dont le FBI juge l'enquête bouclée laisse trop de questions sans réponse : comment Pinto s'est-il rendu si loin de son domicile ? Comment s'est-il procuré un révolver si cher et du whisky de luxe ?...
Chacun de leur côté, le lieutenant Leaphorn et le sergent Chee enquêtent en dehors de la voie officielle des fédéraux qui déjà organisent le procès.
Pour conclure...
C'est un polar mélancolique, voire amer, avec des personnages attachants, gonflés d'humanité, une fresque ethnologique, où blancs et navajos se côtoient en quête de la vérité sur ces lieux sacrés empreints de magie, là où le coyote attend.
Un livre qui donne envie de retourner à la bibliothèque emprunter par exemple "Porteurs de peau", "Le voleur de temps" ou "Dieu-qui-parle", histoire de retrouver Joe et Jim et leurs états d'âme.
Why Hillerman ?...
J'avais d'excellentes raisons de me plonger dans les romans de cet auteur:
1- D'abord mon père, puis plus tard une amie m'en ont fait la promotion musclée, s'en montrant des lecteurs conquis ('tout est bon');
2- Ensuite, cet été nous avons fait en famille un circuit dans les parcs nationaux américains autour des "Four Corners", cet unique et étonnant point de jonction à angles droits entre les frontières de 4 états: Nouveau-Mexique, Arizona, Colorado et Utah. Et il se trouve que la plupart des romans de Tony se déroulent dans cette région.
3- Enfin, en plus d'avoir sillonné ces vastes états, nous avons visité quelques sites Navajos, Hopis, ou Anasazis (Wupakti National Monument, Canyon of Chelly, Monument Valley...). Et c'est là l'atout séducteur de Hillerman: ses intrigues policières menées par Joe Leaphorn et Jim Chee de la police tribale Navajo regorgent de détails culturels et sociaux de ces tribus indiennes du sud-ouest nord-américain.
L'intrigue...
A ce titre, "Coyote Attend" présente un lexique de mots navajos qui permet de mieux comprendre cette culture, ses rites, et en particulier l'histoire de ses mythes anciens autour desquels ce roman est centré. En effet, Hosteen Pinto, le personnage central est un vieux chaman, sollicité par de nombreux professeurs d'histoire pour sa connaissance des histoires de l'Ouest et des légendes navajos.
Mais Pinto est aussi le coupable parfait et 'trop évident' de l'assassinat du policier navajo Delbert Nez: il a été retrouvé par le sergent Chee lui-même, près de la voiture incendiée de Nez, ivre, portant l'arme du crime et disant pour unique parole: 'Mon fils, j'ai honte.'.
Mais ce meurtre dont le FBI juge l'enquête bouclée laisse trop de questions sans réponse : comment Pinto s'est-il rendu si loin de son domicile ? Comment s'est-il procuré un révolver si cher et du whisky de luxe ?...
Chacun de leur côté, le lieutenant Leaphorn et le sergent Chee enquêtent en dehors de la voie officielle des fédéraux qui déjà organisent le procès.
Pour conclure...
C'est un polar mélancolique, voire amer, avec des personnages attachants, gonflés d'humanité, une fresque ethnologique, où blancs et navajos se côtoient en quête de la vérité sur ces lieux sacrés empreints de magie, là où le coyote attend.
Un livre qui donne envie de retourner à la bibliothèque emprunter par exemple "Porteurs de peau", "Le voleur de temps" ou "Dieu-qui-parle", histoire de retrouver Joe et Jim et leurs états d'âme.
mercredi 16 décembre 2009
11ième chronique: 'Miel et vin' de Myriam Chirousse
Une fresque romanesque et historique
3ième ouvrage du concours Alice InterCE 2010, un roman plus classique, moins surprenant que les 2 premiers.
Cependant sa lecture m'a procuré beaucoup de plaisir, comme un bon verre de vin siroté en dégustant une tartine nappée de miel qui fond dans la bouche.
Ce roman conte l'histoire d'une passion déchirante entre Judith, une belle rousse découverte dans les bois à 3 ans et alors recueillie par la famille Salerac, et Charles d'Eperay, le bâtard mais seul héritier d'un comte renfermé et misanthrope. Cet amour connaît de nombreux rebondissements, principalement rythmés par les épisodes sombres de la Révolution Française et de la Terreur.
Il s'agit donc d'une fresque romanesque qui m'a rappelé les aventures Stendhaliennes, avec en toile de fond un décor historique très chahuté peint d'une manière captivante, puisque l'auteur nous plonge à la fois dans l'ambiance des salons bourgeois parisiens en pleine effervescence, mais aussi dans le calme du Périgord noir au milieu des gens du peuple. Ainsi de nombreux épisodes se déroulent à Sarlat qui poursuit son existence paisible de village de province, à peine affecté par les têtes qui tombent sous le couperet des guillotines ou par les guerres menées contre les pays voisins et perdues jusqu'à l'arrivée d'un petit Corse...
Est également remarquable la manière qu'a l'auteur de jouer des seconds rôles, tels le libraire de Sarlat ou Guillaume de Salerac, pour évoquer les courants novateurs en politique ou en science qui naissent en ces temps fort mouvementés de contestation. La Révolution de 1789 clôt le Siècle des Lumières.
Encore un roman que je conseillerai à ceux qui désirent se plonger dans une fresque romanesque et sentimentale mais jamais mièvre, 544 pages pour s'enivrer de plaisir doux comme du miel.
3ième ouvrage du concours Alice InterCE 2010, un roman plus classique, moins surprenant que les 2 premiers.
Cependant sa lecture m'a procuré beaucoup de plaisir, comme un bon verre de vin siroté en dégustant une tartine nappée de miel qui fond dans la bouche.
Ce roman conte l'histoire d'une passion déchirante entre Judith, une belle rousse découverte dans les bois à 3 ans et alors recueillie par la famille Salerac, et Charles d'Eperay, le bâtard mais seul héritier d'un comte renfermé et misanthrope. Cet amour connaît de nombreux rebondissements, principalement rythmés par les épisodes sombres de la Révolution Française et de la Terreur.
Il s'agit donc d'une fresque romanesque qui m'a rappelé les aventures Stendhaliennes, avec en toile de fond un décor historique très chahuté peint d'une manière captivante, puisque l'auteur nous plonge à la fois dans l'ambiance des salons bourgeois parisiens en pleine effervescence, mais aussi dans le calme du Périgord noir au milieu des gens du peuple. Ainsi de nombreux épisodes se déroulent à Sarlat qui poursuit son existence paisible de village de province, à peine affecté par les têtes qui tombent sous le couperet des guillotines ou par les guerres menées contre les pays voisins et perdues jusqu'à l'arrivée d'un petit Corse...
Est également remarquable la manière qu'a l'auteur de jouer des seconds rôles, tels le libraire de Sarlat ou Guillaume de Salerac, pour évoquer les courants novateurs en politique ou en science qui naissent en ces temps fort mouvementés de contestation. La Révolution de 1789 clôt le Siècle des Lumières.
Encore un roman que je conseillerai à ceux qui désirent se plonger dans une fresque romanesque et sentimentale mais jamais mièvre, 544 pages pour s'enivrer de plaisir doux comme du miel.
dimanche 29 novembre 2009
10ième chronique: ''Sonate d'un assassin'' de Jean-Baptiste destremau
Un premier roman captivant et élégant
Le talent du pianiste Laszlo Dumas est révélé le jour où il assassine le spectateur du premier rang qui a repéré une erreur de jeu. Les critiques très vite plébiscitent Lazlo comme étant un virtuose de dimension internationale. Dès lors, pour se maintenir dans cet état de grâce musicale, Lazlo introduit en récital régulièrement d'infimes erreurs afin de repérer sa prochaine victime du premier rang de la salle. Les crimes se succèdent discrètement jusqu'au jour de sa rencontre avec Lorraine...
Découpé telle une sonate (4 chapitres), ce roman séduit par son écriture très fine et élégante (surtout les chapitres où Lazlo s'exprime), et par sa construction intelligente où le suspense croît en même temps que la folie gagne crescendo le virtuose.
On se régale des nombreuses références à des œuvres musicales, et en pensant au fait que l'auteur Jean-Baptiste Destremau est lui-même pianiste amateur, vient inévitablement à l'esprit la question: serait-ce autobiographique ? ;)
Quand ce cycle infernal de meurtres se trouve interrompu par l'amour, le roman s'oriente vers le thème de la compatibilité entre l'art et l'amour. Jusqu'à sa chute.
2ième ouvrage du concours que je lis, et à nouveau un grand moment de lecture. Ce besoin de tuer pour s'approcher du génie rappelle fortement 'Le Parfum' de Patrick Suskind. A la flagrance répond la mélodie. L'envie de relire 'Le Parfum' est forte.
Le talent du pianiste Laszlo Dumas est révélé le jour où il assassine le spectateur du premier rang qui a repéré une erreur de jeu. Les critiques très vite plébiscitent Lazlo comme étant un virtuose de dimension internationale. Dès lors, pour se maintenir dans cet état de grâce musicale, Lazlo introduit en récital régulièrement d'infimes erreurs afin de repérer sa prochaine victime du premier rang de la salle. Les crimes se succèdent discrètement jusqu'au jour de sa rencontre avec Lorraine...
Découpé telle une sonate (4 chapitres), ce roman séduit par son écriture très fine et élégante (surtout les chapitres où Lazlo s'exprime), et par sa construction intelligente où le suspense croît en même temps que la folie gagne crescendo le virtuose.
On se régale des nombreuses références à des œuvres musicales, et en pensant au fait que l'auteur Jean-Baptiste Destremau est lui-même pianiste amateur, vient inévitablement à l'esprit la question: serait-ce autobiographique ? ;)
Quand ce cycle infernal de meurtres se trouve interrompu par l'amour, le roman s'oriente vers le thème de la compatibilité entre l'art et l'amour. Jusqu'à sa chute.
2ième ouvrage du concours que je lis, et à nouveau un grand moment de lecture. Ce besoin de tuer pour s'approcher du génie rappelle fortement 'Le Parfum' de Patrick Suskind. A la flagrance répond la mélodie. L'envie de relire 'Le Parfum' est forte.
samedi 14 novembre 2009
9ième chronique: trilogie 'Millénium' de Stieg Larsson
Un roman policier sous la forme d'un triptyque qui peut mettre en danger vos heures de sommeil...
Même si j'ai réussi à limiter les dégâts, un certain déficit d'heures de sommeil se sera accumulé au cours de ma lecture vorace des 3 tomes respectivement de 574, 652 et 710 pages, nombre de pages peu commun dans l'univers des polars.
Ces 3 tomes m'ont tenu en haleine, et à de nombreuses reprises, il m'a fallu prodiguer des réels efforts pour refermer le livre et tenter de trouver le sommeil hanté par Lisbeth et Mikael...
Mais quelle est la recette magique de cet auteur suédois énigmatique (décédé après avoir remis l'ouvrage à son éditeur ) ? Une potion magique qui fait prendre la mayonnaise, avec comme ingrédients principaux:
- Une écriture simple et vivante (certains internautes la jugent trop simple, mais personnellement cette simplicité permet une fluidité de lecture appréciable),
- L'enquête phare pleine de suspens, en parallèle d'intrigues multiples où petit à petit le lecteur découvre les imbrications complexes avec la trame principale,
- L'actualité du roman, qui aborde avec un foisonnement de détails les magouilles économiques dans un contexte de mondialisation des échanges, les corpuscules fascistes, les services secrets et leur flirt avec l'illégalité, le trafic des femmes de l'Est, la psychiatrie médicale et son opacité, Internet et les hackers...
- Et je dirai personnellement, surtout le réalisme des personnages apporté par des descriptions détaillées autant des personnages principaux que des nombreux acteurs secondaires qui possèdent alors une véritable épaisseur et une vie propre.
Ce dernier ingrédient constitue pour moi un point commun avec Harry Potter( eh oui, je suis ''pottermaniaque''), où le récit de très nombreux personnages secondaires est également suivi en parallèle de celui du héros. Cette richesse permet à Millénium de se différencier radicalement (et pour moi de largement surpasser) un thriller comme "The Da Vinci Code", en lui épargnant de devoir faire éclater un coup de théâtre à la fin de chaque chapitre pour tenir en haleine le lecteur.
Certains lecteurs seront dérangés pas les scènes de violence, qui -il faut le reconnaître- sont nombreuses. Elles peuvent cependant toutes être justifiées par l'intrigue. De plus elles apportent incontestablement une certaine noirceur qui installe une ambiance inquiétante et captivante.
Un roman réservé aux adultes en tout état de cause.
D'autres lecteurs (et lectrices ?...) seront agacés par la "beaugossitude" de Mikael Blomkvist, tombeur de la gente féminine sans efforts (James Bond sans les gadgets) ... Certes c'est l'archétype du héros, courageux, malin, honnête, travailleur, séduisant. Mais justement un des éléments captivant de cette trilogie est la relation entre Super Blomkvist et le deuxième personnage principal, Lisbeth Salander, atypique et plutôt anti-héros au premier abord: elle est jeune, malingre, tatouée, un brin gothique, officiellement psychopathe, et surtout handicapée dans ses relations humaines au point de ne pas savoir dire merci.
A l'issue du dernier tome, toutes les intrigues sont dénouées, et un vide s'abat sur le lecteur. J'ai quitté avec regret Lisbeth, Mikael, Erika, Armanski et les autres (certains noms suédois sont difficiles à retenir).
Certaines rumeurs parlent d'un hypothétique tome 4. Il me semblerait injustifié, puisqu'à l'issue de la trilogie les 2 héros principaux sont libérés de leurs carcans respectifs et qu'ils peuvent désormais vivre une relation amicale sans épée de la Sapo en menace...
Le premier tome vit sa vie tout seul, les 2 et 3 constituent un ensemble lié.
J'ai à chaque fois été happé frénétiquement par les tomes au bout de 300 pages où désormais le décor est richement campé et où les événements commencent à se bousculer.
En conclusion, certes le scénario est souvent tiré par les cheveux (et parfois caricatural), mais même si cette trilogie n'est pas un chef d'œuvre de la littérature, l'histoire est captivante et sa lecture m'aura procuré des heures de plaisir.
Même si j'ai réussi à limiter les dégâts, un certain déficit d'heures de sommeil se sera accumulé au cours de ma lecture vorace des 3 tomes respectivement de 574, 652 et 710 pages, nombre de pages peu commun dans l'univers des polars.
Ces 3 tomes m'ont tenu en haleine, et à de nombreuses reprises, il m'a fallu prodiguer des réels efforts pour refermer le livre et tenter de trouver le sommeil hanté par Lisbeth et Mikael...
Mais quelle est la recette magique de cet auteur suédois énigmatique (décédé après avoir remis l'ouvrage à son éditeur ) ? Une potion magique qui fait prendre la mayonnaise, avec comme ingrédients principaux:
- Une écriture simple et vivante (certains internautes la jugent trop simple, mais personnellement cette simplicité permet une fluidité de lecture appréciable),
- L'enquête phare pleine de suspens, en parallèle d'intrigues multiples où petit à petit le lecteur découvre les imbrications complexes avec la trame principale,
- L'actualité du roman, qui aborde avec un foisonnement de détails les magouilles économiques dans un contexte de mondialisation des échanges, les corpuscules fascistes, les services secrets et leur flirt avec l'illégalité, le trafic des femmes de l'Est, la psychiatrie médicale et son opacité, Internet et les hackers...
- Et je dirai personnellement, surtout le réalisme des personnages apporté par des descriptions détaillées autant des personnages principaux que des nombreux acteurs secondaires qui possèdent alors une véritable épaisseur et une vie propre.
Ce dernier ingrédient constitue pour moi un point commun avec Harry Potter( eh oui, je suis ''pottermaniaque''), où le récit de très nombreux personnages secondaires est également suivi en parallèle de celui du héros. Cette richesse permet à Millénium de se différencier radicalement (et pour moi de largement surpasser) un thriller comme "The Da Vinci Code", en lui épargnant de devoir faire éclater un coup de théâtre à la fin de chaque chapitre pour tenir en haleine le lecteur.
Certains lecteurs seront dérangés pas les scènes de violence, qui -il faut le reconnaître- sont nombreuses. Elles peuvent cependant toutes être justifiées par l'intrigue. De plus elles apportent incontestablement une certaine noirceur qui installe une ambiance inquiétante et captivante.
Un roman réservé aux adultes en tout état de cause.
D'autres lecteurs (et lectrices ?...) seront agacés par la "beaugossitude" de Mikael Blomkvist, tombeur de la gente féminine sans efforts (James Bond sans les gadgets) ... Certes c'est l'archétype du héros, courageux, malin, honnête, travailleur, séduisant. Mais justement un des éléments captivant de cette trilogie est la relation entre Super Blomkvist et le deuxième personnage principal, Lisbeth Salander, atypique et plutôt anti-héros au premier abord: elle est jeune, malingre, tatouée, un brin gothique, officiellement psychopathe, et surtout handicapée dans ses relations humaines au point de ne pas savoir dire merci.
A l'issue du dernier tome, toutes les intrigues sont dénouées, et un vide s'abat sur le lecteur. J'ai quitté avec regret Lisbeth, Mikael, Erika, Armanski et les autres (certains noms suédois sont difficiles à retenir).
Certaines rumeurs parlent d'un hypothétique tome 4. Il me semblerait injustifié, puisqu'à l'issue de la trilogie les 2 héros principaux sont libérés de leurs carcans respectifs et qu'ils peuvent désormais vivre une relation amicale sans épée de la Sapo en menace...
Le premier tome vit sa vie tout seul, les 2 et 3 constituent un ensemble lié.
J'ai à chaque fois été happé frénétiquement par les tomes au bout de 300 pages où désormais le décor est richement campé et où les événements commencent à se bousculer.
En conclusion, certes le scénario est souvent tiré par les cheveux (et parfois caricatural), mais même si cette trilogie n'est pas un chef d'œuvre de la littérature, l'histoire est captivante et sa lecture m'aura procuré des heures de plaisir.
Inscription à :
Articles (Atom)
Les livres qui m'ont marqué... (pas tous chroniqués)
- 'Beloved' & 'Jazz' de Toni Morrison
- 'Charlotte' de David Foenkinos
- 'Crime et châtiment' de Dostoievski
- 'Kite runner' de Khaled Hosseini
- 'La joueuse de go" de Shan Sa
- 'Le quatrième mur' 'Profession du père' de Sorj Chalandon
- 'Les enfants de Minuit' de Salman Rushdie
- 'Sombre dimanche' & "L'art de perdre" d'Alice Zeniter
- 'Sous le soleil des Scorta' et 'Eldorado' de Laurent Gaudé
- "1984" de George Orwell
- "Au Zénith" de Dong Thuong Huong
- "Candide" de Voltaire
- "En attendant Godot" de Samuel Beckett
- "Fanrenheit 451" de Bradbury
- "L'écume des jours" de Boris Vian
- "L'insoutenable légéreté de l'être", de Milan Kundera
- "L'œuvre au noir" de Marguerite Yourcenar
- "L'ombre du vent" de Carlos Ruis Zafon
- "La métamorphose" de Kafka
- "La vie devant soi" de Romain Gary
- "Le Hussard sur le toit" et "Les âmes fortes" de Jean Giono
- "Le parfum" de Patrick Suskind
- "Le Portrait de Dorian Gray" d'Oscar Wilde
- "Le rouge et le noir" de Stendhal
- "Les Cavaliers" de Joseph Kessel
- "Les Déferlantes" de Claudie Gallay
- "Les Raisins de la Colère" de John Steinbeck
- "Malevil" de Robert Merle
- "Mr Vertigo" de Paul Auster
- "Sur la route" de Jack Kerouac
- à suivre
- L'univers de Haruki Murakami
- Les contes d'Alessandra Barrico
- Les polars de Fréd Vargas
- Les romans de Sepulveda
- Les romans de Yasunari Kawabata
Grand Canyon