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Liste par auteurs & titres dans Kronik list

mercredi 11 septembre 2024

578: 'La carte postale' d'Anne BEREST

Genre : très beau travail de mémoire

Histoire
Une carte postale est arrivée dans la boîte aux lettres au milieu des traditionnelles cartes de vœux. Non signée, elle représente l’opéra Garnier d’un côté, et de l’autre, les prénoms des grands-parents de la mère, de la tante et de l'oncle de l'écrivaine. Ephraïm, Emma, Noémie et Jacques. Tous sont morts à Auschwitz en 1942. 
En 2003, avec la collaboration de sa mère Lélia Picabia, l'écrivaine se lance dans une enquête pour retracer le destin de sa famille juive d'origine russe.

Impressions
Roman essentiel pour son témoignage sans concession de l'Histoire sombre.
L'enquête exhume un siècle d'histoire familiale, depuis la fuite de Russie des Rabinovitch, en passant par la Lettonie et par la Palestine, jusqu'à leur installation à Paris et l'horreur qui les y attendait pendant la seconde guerre mondiale.

"Dans les camps, tout ce qui peut être rentabilisé est récupéré et recyclé. Les corps sont eux-mêmes exploités. Les cendres humaines, riches en phosphates, sont déversées comme engrais sur les sols des marais asséchés. Les dents en or fournissent chaque jour, après la fonte, plusieurs kilos d’or pur. Une fonderie est installée près du camp, d’où les lingots sortent pour rejoindre les coffres-forts secrets de la SS à Berlin."


 La grand-mère de l'auteur, Myriam, fut la seule à échapper au funeste destin de la famille entière. Elle a laissé à sa fille et à ses deux petites-filles le terrible poids d'un silence étourdissant…


Comment gérer le traumatisme des camps de la mort quand on est rescapée ?

"Alors voilà, cela m’arrangerait de ne pas penser à Auschwitz, tous les jours. Cela m’arrangerait que les choses soient autrement. Cela m’arrangerait de ne pas avoir peur de l’administration, peur du gaz, peur de perdre mes papiers, peur des endroits clos, peur de la morsure des chiens, peur de passer des frontières, peur de prendre des avions, peur des foules et de l’exaltation, de la virilité, peur des hommes quand ils sont en bande, peur qu’on me prenne mes enfants, peur des gens qui obéissent, peur de l’uniforme, peur d’arriver en retard, peur de me faire attraper par la police, peur quand je dois refaire mes papiers… peur de dire que je suis juive. Et cela, tout le temps. Pas « quand ça m’arrange »."


Comment gérer son identité alors que désormais la famille de l'écrivaine est laïque et a presque oublié sa judaïté pour se sentir seulement française, mais que le monde extérieur vous ramène à à cette position de descendant de victimes de la Shoah ?

'Ma grand-mère, seule survivante après la guerre, n’est plus jamais entrée dans une synagogue. Dieu était mort dans les camps de la mort.'



Cette enquête m'a également permis d'apprendre certains événements de cette période noire.

Adélaïde Hautval, surnommée Haïdi, née Marthe Adélaïde Haas le 1er janvier 1906 au Hohwald (Bas-Rhin) et morte le 12 octobre 1988 à Groslay (Val-d'Oise),
Médecin psychiatre, elle est arrêtée en 1942 lors du passage de la ligne de démarcation. Indignée par les traitements réservés aux juifs, elle prend la défense d'une famille juive, ce qui la conduit à partager leur sort funeste. Déportée à Auschwitz en janvier 1943, elle prodigue ses soins aux autres détenus et refuse de participer aux expériences des médecins criminels nazis dans le block 10. 
Son parcours de vie l'a amené à croiser dans le camp de Auschwitz Noémie, la sœur de Myriam, la grand-mère de la narratrice.
Échappant de peu à la mort, elle est transférée à Ravensbrück en août 1944 et y demeure quelque temps après la libération du camp pour aider les malades qui ne peuvent être transportés. Dès 1946, elle écrit son témoignage sur les camps et les expériences médicales nazies.
Elle est la première femme alsacienne reconnue "Juste parmi les nations" par Yad Vashem en 1965. Sa vie et son engagement comme protestante, amie des juifs, médecin et résistante sont d’une remarquable exemplarité. 

Autre découverte, la liste Otto, publiée le  qui recense les ouvrages retirés de la vente par les éditeurs ou interdits par les autorités allemandes.
La première liste Otto comporte 1 060 titres, parmi lesquels Mein Kampf, ainsi que des textes d'auteurs juifs, communistes ou opposants au nazisme, dont Thomas Mann, Stefan Zweig, Max Jacob, Joseph Kessel, Sigmund Freud, Léon Blum, Karl Marx, Léon Trotski et Louis Aragon ou Daniel Guérin.


 
Une surprenante affiche pour une exposition au cœur de Paris. Du 5 septembre 1941 au 5 janvier 1942, l'exposition intitulée « Le Juif et la France » se tient au palais Berlitz, situé dans le deuxième arrondissement de Paris, près de l'Opéra.

Enfin, une autre découverte, cette fois-ci relative à un événement plus récent avec une déclaration bien inquiétante de Raymond Barre en 1980.
Ce dernier, le 3 octobre 1980, à la suite de l'attentat de la rue Copernic, a déclaré : « Cet attentat odieux qui voulait frapper les Israélites qui se rendaient à la synagogue et qui a frappé des Français innocents qui traversaient la rue Copernic. ».
Voilà une phrase fortement polémique, même si l'intéressé, prenant la parole le 8 octobre 1980 à la tribune de l'Assemblée nationale, a tenu à assurer ses « compatriotes juifs » de la « sympathie de l'ensemble de la nation ». 


Roman poignant et pudique, qui pose des questions. Une lecture qui m'a profondément touché. A lire absolument.

dimanche 1 septembre 2024

577: 'La Malédiction d'Edgar' de Marc Dugain

Genre : l'histoire d'un personnage détestable et indéboulonnable

Histoire
Par la voix de Clyde Tolson, le principal adjoint et très probablement amant de John Edgar Hoover, , Marc Dugain revient sur le rôle de celui qui a dirigé le FBI sous huit présidences américaines, avec leur lot de malversations et compromissions.
Hoover et Clyde Tolson vers 1939.



Impressions
Edgar: antisémite, anticommuniste, antilibéral, très antipathique, voilà un personnage que je ne regrette pas de ne pas connaître !
A noter, pas anti-homosexuel, étant lui-même très probablement en couple avec Clyde Tolson, son second et sans doute amant. Mais cela n'a pas empêché de monter des dossiers diffamants sur des homosexuels et de les avoir utilisés comme arme de pression pour faire céder ses rivaux.

Hoover et Clyde Tolson


Marc Dugain retrace 50 ans d'activités retors de ce directeur du FBI, carrière débutée sous Roosevelt et terminée sous Nixon.
Amateurs d'écoutes téléphoniques sans limites, promoteurs de la chasse aux sorcières communistes, en pleine collusion avec la mafia, pour Edgar et Clyde toutes leurs compromissions, entêtements ou cruautés sont justifiés par l'intérêt du pays, selon leurs propres interprétations bien sûr.

J'ai beaucoup appris sur la succession des présidents des Etats-Unis. 

Ainsi, sous le couvert de développer une police fédérale, Edgar Hoover a mis en place une police politique qui travaillait au développement des idées d’extrême-droite. Un seul exemple suffit. Quand les frères Kennedy sont arrivés au pouvoir en 1960, Hoover qui les détestait, leur disait que le point le plus important était la lutte contre le communisme. Or évidemment à cette époque le Parti communiste américain qui n’a jamais été très important avait vu ses effectifs fondre. Ses membres étaient évalués à 8000, autant dire un groupuscule, et Robert Kennedy disait que la moitié au moins de ses membres étaient des agents du FBI. Il exagérait à peine. En tous les cas, à cette époque, à New York, le FBI comptait 400 agents attachés à  la lutte contre le communisme, et seulement 4 agents attachés à la lutte contre le crime organisé, la mafia. Hoover prétendait que celle-ci n’existait pas.

J. Edgar Hoover en 1961 en présence du président John Kennedy et de son frère Robert Kennedy, secrétaire à la Justice.

Joseph McCarthy et Roy Cohn, les créatures d’Hoover 

Autre passage intéressant, c'est celui relatif à la chasse aux sorcières où l’on voit Joseph McCarthy en créature de Hoover qui était un des instigateurs les plus importants de cette ignominie

Marc Dugain est un narrateur talentueux, et c'est toujours un plaisir renouvelé de lire un de ses romans. 
Comme pour d'autres de ses ouvrages, Marc Dugain s'appuie sur de la documentation d'époque et sur une solide bibliographie. Tout en gardant à l'esprit que certaines révélations dans le roman restent de l'ordre de l'hypothèse -il en est ainsi des deux thèses très claires sur l'assassinat de Kennedy et sur la mort de Marilyn- et le point de vue narratif choisi par l'auteur ne révèle que subjectivement et partiellement la personnalité de Hoover.

Roman captivant qui n'est pas une malédiction pour les lectrices et lecteurs. Foncez !

576: 'Le système Victoria' d'Eric Reinhardt

Genre : bulle érogène et sombre

Histoire
La vie de David Kolski bascule le jour où il aborde Victoria dans une galerie marchande. Onze mois jour pour jour après leur rencontre, la jeune femme trouve la mort.

"Ses yeux verts où crépitaient des lueurs d'intelligence, l'attraction qu'exerçait sa poitrine, le plaisir que me procuraient ses cheveux bruns aux reflets roux rendaient piquantes l'autorité de ses convictions politiques (que je trouvais détestables) ou l'arrogance que sur certaines questions son poste de DRH lui conférait."

Impressions
C'est l'histoire d'une passion amoureuse sauvage et destructrice.. Avec David, Victoria s'enfonce par amour et pour le plaisir, dans des jeux érotiques qui vont aller de plus en plus loin. 
Le début de cette relation est particulièrement peu enthousiasmant, avec un centre commercial comme lieu de rencontre.
Deux personnes qui s'attirent physiquement alors que leurs milieux s'opposent.
   - Victoria est une femme de pouvoir aux visages multiples, implacable, libre, insatiable et généreuse, ambassadrice flamboyante d'un système capitaliste dont elle jouit sans limite. Elle a plusieurs vies.
   - David, architecte contrarié, idéaliste pusillanime et résigné, est entravé par sa prudence, consumé par ses principes et touchant dans les contradictions de ses rêves avortés.

Comme qualifié dans une critique du Monde, c'est un récit 'Audacieux, ambitieux, stupéfiant, maîtrisé, complexe, sensuel, sexuel, inquiétant, entêtant, incertain dans ses attendus…'
Très riche, l'auteur sait ferrer son lecteur jusqu’à l’emprisonner. Restent quelques longueurs qui auraient permis au lecteur de s'échapper plus tôt et quitter ce roman avec plus de légèreté.


Roman sur les tréfonds de l'âme. Complexe et multigenre :  policier, politique, social, pornographique.  Belle découverte, un système 'Reinhardt' à creuser.

jeudi 22 août 2024

575: 'Court vêtue' de Marie Gauthier

Genre : court

Histoire
Un gros bourg.
Chaleur écrasante de l'été.
Felix, un adolescent de 14 ans, est envoyé en stage (de quoi ?....) chez le cantonnier. Il est hébergé dans sa maison de pierre où il cohabite avec Gil, la fille du 'canto', son aînée de 2 ans.
Impressions
Court roman comme la courte jupe que porte Gil, un premier roman de l'autrice.
Gros plans sur 2 jeunes adolescents
Premiers émois d'un jeune homme, séduit et troublé par cette jolie fille, vive, libre et insaisissable.

"Elle avait vraiment une faim de tous les diables. Il était troublé par ses cheveux lâchés, sa manière de se déchausser sous la table, de frotter ses orteils les uns contre les autres."

Marie Gauthier restitue avec une intensité magnétique l'atmosphère moite et oppressante du bourg en plein été.
La fin est énigmatique: Gil ne rentre pas. Dans l'indifférence de tous ceux qui la côtoient sans la connaître. Seul Félix pressent le drame...

Roman d'apprentissage mélancolique et au final très probablement dramatique  
Prix Goncourt du Premier roman en 2019

mardi 6 août 2024

574: 'Roman Fleuve' de Philibert Humm

Genre : odyssée 'Humm'-oristique

Histoire
Trois hommes, Philippe Humm, Samuel Adrian et François Waquet, descendent la Seine dans un canoé biplace.
« La pratique du canotage présente un inconvénient majeur : il est nécessaire de ramer pour avancer. »
Inspiré d'une véritable péripétie pendant l'été 2018.

Impressions
Roman atypique, servi par un talentueux narrateur qui, coiffé de son bachi de matelot s'est autoproclamé de capitaine d’un frêle esquif nommé « Bateau » à bord duquel il s'embarque avec 2 autres compagnons.

Cette odyssée nous ballade au gré des sites pittoresques des bords de Seine, et en premier lieu des îles qui sont pour plus de la moitié sont inhabitées et offrent ainsi l'asile pour la nuit de nos 3 aventuriers.
Ainsi, ils sont hébergés par l'île de Corbière, une île qui constitue une réserve ornithologique uniquement traversé par le pont du Pecq (Yvelines).

Encore plus surprenant, à nouveau dans les Yvelines, le lecteur découvre que la ville de Conflans-Sainte-Honorine est rejointe par des centaines de réfugiés tibétains qui ont fui la Chine. En effet, un bateau-chapelle dénommé 'Je sers' est devenu leur point de repère où depuis un siècle, ses bénévoles servent des repas aux démunis.

L'île de Platais, encore dans les Yvelines, est sans aucun doute l'une des îles les plus étonnantes. 
C'est ici qu'Emile Zola y construit un chalet de l'exposition universelle de 1878. 
En septembre 1880, Emîle Zola a inauguré le chalet baptisé Le Paradou qui était un "kiosque norvégien acheté lors de la démolition de l'Exposition de 1878 et transporté à grands frais". Dans le Paradou se croisaient Joris-Karl Huysmans, Guy de Maupassant, Henry Céard, Léon Hennique et Paul Alexis. Le peintre Cézanne a également fréquenté l’île à cette époque.
Après la mort de Zola, son épouse Alexandrine vend, au printemps 1903, la propriété de l'île au libraire parisien Belin.

L'île de Platais est aussi le décor de l'histoire des frères Durville, deux médecins hygiénistes qui y avaient créé Physiopolis, une île pour hommes et femmes naturistes, où la tenue la plus habillée est un maillot de bain.
En 1927, les frères André et Gaston Durville avaient fondé la Société Naturiste dans le but d’établir une colonie naturiste en plein air. Leur intention était d’atteindre les couches moyennes de la société qui commençaient à avoir accès aux congés payés, au-delà des cercles privilégiés qui pratiquaient déjà le naturisme à la Belle Époque.
En 1029, 24 hectares de terrain ont été achetées, sur les 42 de l’île, pour fonder la colonie naturiste Physiopolis.


Huit hectares ont été découpés en parcelles pour l’installation de tentes fixes et de bungalows en fibrociment sur un plan organisé. Les 16 hectares restants étaient occupés par des stades et des terrains de jeux.



Le lieu est aménagé de ces petites habitations qui avaient été disposées autour de stades et organisées en copropriétés. 

Cette île héberge aussi la plage de Villennes, un établissement balnéaire inauguré en juillet 1935. Il pouvait accueillir jusqu'à 9 000 personnes. Fermé en 2002 ce bâtiment est aujourd'hui à l'abandon, devenu un 'urbex' renommé.

Un site renseigne de manière très fournie l'histoire de cette île: http://histoire.villennes.free.fr/Pages/Extension26.htm

L'auteur peut aussi partir sur des considérations diverses, sur des faits divers, la politique ou la peinture par exemple.

Ainsi, près de Bouvines, le narrateur compare l'huile sur toile 'la Bataille de Bouvines' peinte par Horace Vernet et la version de Georges Mathieu.
Cette scène évoque la bataille de Bouvines, en 1214, où le roi Philippe Auguste devant son armée et remettant sa couronne en jeu avant la bataille, mais la couronne tomba à terre.
Version en 1827
En 1954

L'auteur cite un fait divers étonnant, concernant des silures, des poissons carnassiers, qui attaquent des pigeons venus boire au bord du Tarn près d'Albi. D'où la haine des silures par le narrateur...

Quand à la fin du périple, ils décident de hâler l'embarcation pour contrer le contre-courant de la marée, le narrateur évoque une peinture de Ilia Répine 'Les Bateliers de la Volga'...



Belle mise en 'Seine', drôle, auto-dérision, loufoque et décalé. Une lecture qui muscle les zygomatiques :)

Prix Interallié 2022 

mercredi 10 juillet 2024

573: 'J'ai péché, péché dans le plaisir' de Abnousse Shalamani

Genre : chair brulante et subtile

Histoire
Téhéran, 1955. A la suite d’une lecture de ses poèmes, le regard de Forough Farrokhzad (1934-1967), égérie des milieux littéraires iraniens qui n’a que vingt ans, est accroché par celui d’un jeune homme. Elle s’apprête à repousser les avances de Cyrus, ou la Tortue, comme elle le surnomme, et ignore qu’il va bouleverser son existence. Erudit, francophile, Cyrus lui traduit en persan les poèmes de Pierre Louÿs tout en lui racontant la vie du poète et celle de son grand amour, Marie de Régnier.



Impressions
L'auteure  entrelace 2 destins réels:

Grâcieuse, intelligente, perverse, Marie de Régnier, la fille du grand poète José-Maria de Heredia est une des reines de la très libre Belle Epoque, tout Paris se l’arrache. Elle collectionne amants et maîtresses, publie sans cesse et s’amuse dans les salons les plus prestigieux. 

La poétesse iranienne, elle, mariée à 16 ans à un artiste sans fantaisie, est bridée par sa famille, son militaire de père et les mœurs de son pays. Tout le monde s’épie, tout se sait. Mais Forough ne sait qu’être libre et provoque scandale sur scandale au fil de la parution de ses recueils. Elle célèbre la chair, la vie, l’émancipation et ne se renie pas.

Forough cherche marcher dans les pas de Marie de Régnier et de Pierre Louÿs, au point de venir à Paris avec Cyrus, sur les traces des deux amants et de leur cohorte d’amis, Claude Debussy, Marcel Proust, Léon Blum, Liane de Pougy et Nathalie Clifford-Barney.


Le roman nous plonge dans le Paris de la fin du 19ième siècle.
Ainsi par exemple, le 9 décembre 1890, Pierre Louÿs est reçu chez Jose-Maria de Heredia, 11 bis rue Balzac à Paris. L’auteur des Trophées, bientôt académicien (en 1894), tient un salon où se côtoient des noms illustres et de jeunes auteurs ; on y croise ses trois filles.
Pierre Louÿs tombe amoureux de Marie, fille de José-Maria de Hérédia, mais se fait doubler par son ami Henri de Régnier. Celui-ci rompt ainsi un pacte d’amitié (l’un ne devait pas demander la main de Marie sans prévenir l’autre).

Henri, déjà auteur de quelques ouvrages et futur académicien obtient presque en catimini sa main auprès de la mère Heredia, sans que Marie soit au courant du pacte passé entre les deux amis. La fortune de Régnier arrange grandement les affaires de la famille Heredia (la mère de Marie cherchaient probablement un moyen d’éponger les dettes de jeu du père Heredia).

Pierre entretient une liaison avec Marie à partir de 1897 (17 octobre 1897 : les « noces mystérieuses »). Ils vont vivre un grand amour, dans une ivresse charnelle. Les deux amants échangent des messages codés « HML » dans les petites annonces des Echos de Paris. Ils échangent des lettres, s’écrivent des poèmes, Pierre photographie Marie, y compris nue, moulera une coupe de son sein… 
Le 8 septembre 1898 Marie donne naissance à un fils, qu’elle va appeler…Pierre ! Louÿs est officiellement le parrain de cet enfant surnommé Tigre dont il est le véritable père.

C'est un milieu parisien très libéré.
En particulier, en 1900 Paris est « la patrie du saphisme international ». Mathilde de Morny, Liane de Pougy, Colette pour les Françaises, Natalie Barney, Eva Balmer, Renée Vivien, Gertrude Stein, Romaine Brooks, Loïe Fuller, Sylvia Beach ou Winnaretta Singer pour les Américaines sont les plus éminentes représentantes de ce petit monde. 
A partir de la fin des années 1880, Augustine Bulteau, surnommée « Toche », rassemble un cercle d'artistes et d'écrivains qu'elle réunit en son domaine à Léry en Bourgogne. Selon le roman c'est la confidente de Marie de Heredia. Augustine Mathilde Victoire Bulteau dite aussi Madame Bulteau (1860-1922) est une journaliste, romancière et salonnière française. Elle signa ses textes sous les pseudonymes de Fœmina, de Cleg ou de Jacque Vontade.

L'auteure cite aussi Georgie Raoul-Duval, la sulfureuse.
Jennie Urquhart est l’héritière d’une riche famille de négociants de la Louisiane. Née à Paris, elle épouse René Raoul-Duval et change de prénom pour devenir Georgie Raoul-Duval. Elle sera à la fois la maîtresse de Willy (Henry Gauthier-Villars) et l’amante de son épouse Colette. 
Georgie Raoul-Duval a défrayé la chronique par ses liaisons multiples et scandaleuses.
En effet, cette écrivaine française d'origine américaine et d'expression anglaise, née le 3 juillet 1866 à Paris et morte le 3 novembre 1913 à Paris, est principalement connue pour la relation érotique qu'elle entretint avec Colette et son mari Willy.

La princesse Edmond est née Winaretta, dite Winnie, Singer, en 1865 dans l’Etat de New-York. Fille d’un richissime industriel, Isaac Singer, inventeur de la machine à coudre, et d’une Française, Isabelle Boyer, elle passe son enfance entre la France et l’Angleterre et elle aussi s’initie très tôt à la musique, jouant du piano et de l’orgue.

En 1893, elle accepte d’épouser Edmond de Polignac, que lui ont présenté Elisabeth Greffulhe et Robert de Montesquiou. Il a 58 ans, connaît une situation financière délicate et ne se cache pas d’être homosexuel. De son côté, Winnie est lesbienne, ce qui a, de toute évidence, contribué à l’échec de son premier mariage. Cette fois donc, personne n’est pris au dépourvu, et les deux époux, qui, à défaut d’amour, s’estiment, vivront dans un compagnonnage chaste mais amical et harmonieux, tout en poursuivant chacun de leur côté leur vie sentimentale.

Dans ce roman puissant et subtil, au rythme effréné, Abnousse Shalmani met en regard les vies extraordinaires de ces deux écrivaines qui firent toujours le choix de la passion, amoureuse, poétique ou purement sensuelle, au risque de s’en brûler les doigts. Une ode très contemporaine à la liberté artistique et à celles qui ne renoncent jamais, en Occident comme en Orient.

Forough Farrokhzad est décédée à 32 ans le 13 février 1967 dans un accident de voiture, mettant un terme à son œuvre d’une immense intensité, qui en fait sans aucun doute la plus grande poétesse de l’Iran contemporain.



Ode puissant et subtil à deux poétesses qui ont vécu leurs rêves et leur sensualité.

mercredi 3 juillet 2024

572: 'La Patience des traces' - Jeanne Benameur

Genre :  introspection réparatrice

Histoire
Simon, psychanalyste, quitte sa ville au bord de l’océan pour le rivage des îles subtropicales de Yaeyama dans un Japon inconnu.
Hébergé chez Monsieur Daisuke et Madame Itô, il apprend à se retrouver après tant d'années à écouter les autres.

Impressions
Ode de l'apprentissage, à travers des rencontres d'ailleurs émaillées de nage, de silences.
Un roman distillé avec justesse que j'ai lu lentement, en savourant ce cheminement subtil qui panse les amours perdus et les amitiés blessées.



Et quel art peut être plus approprié que le Kintsugi,  une technique artistique japonaise qui consiste à réparer des céramiques cassées avec de l’or. La beauté des pièces qui en résultent est un exercice d’inspiration. La psychologie s'inspire fréquemment du kintsugi, qui valorise la beauté de l’imperfection... 
Il agit comme une métaphore de guérison en vous faisant comprendre qu’il est également possible de réparer ses blessures psychologiques.

Pour une séquence Histoire:
Le Kintsugi serait apparu à la fin du XVe siècle, au Japon.
Le shogun Ashikaga Yoshimasa aurait renvoyé en Chine un bol de thé  endommagé pour le faire restaurer.
Shogun Ashikaga Yoshimasa

Le bol étant revenu réparé avec de vilaines agrafes métalliques, les artisans japonais ont cherché un moyen de rénovation plus esthétique et de fait, ont opté pour le Kintsugi (jointure en or), méthode toute en grâce, poésie et finesse consistant à combler les fêlures par de la laque saupoudrée d’or.
L’objet ainsi sublimé fut valorisé sans cacher ses accidents de parcours.

!!!! Ode au slow reading :) Sublime, gros coup de cœur.

Les livres qui m'ont marqué... (pas tous chroniqués)

  • 'Beloved' & 'Jazz' de Toni Morrison
  • 'Charlotte' de David Foenkinos
  • 'Crime et châtiment' de Dostoievski
  • 'Kite runner' de Khaled Hosseini
  • 'La joueuse de go" de Shan Sa
  • 'Le quatrième mur' 'Profession du père' de Sorj Chalandon
  • 'Les enfants de Minuit' de Salman Rushdie
  • 'Sombre dimanche' & "L'art de perdre" d'Alice Zeniter
  • 'Sous le soleil des Scorta' et 'Eldorado' de Laurent Gaudé
  • "1984" de George Orwell
  • "Au Zénith" de Dong Thuong Huong
  • "Candide" de Voltaire
  • "En attendant Godot" de Samuel Beckett
  • "Fanrenheit 451" de Bradbury
  • "L'écume des jours" de Boris Vian
  • "L'insoutenable légéreté de l'être", de Milan Kundera
  • "L'œuvre au noir" de Marguerite Yourcenar
  • "L'ombre du vent" de Carlos Ruis Zafon
  • "La métamorphose" de Kafka
  • "La vie devant soi" de Romain Gary
  • "Le Hussard sur le toit" et "Les âmes fortes" de Jean Giono
  • "Le parfum" de Patrick Suskind
  • "Le Portrait de Dorian Gray" d'Oscar Wilde
  • "Le rouge et le noir" de Stendhal
  • "Les Cavaliers" de Joseph Kessel
  • "Les Déferlantes" de Claudie Gallay
  • "Les Raisins de la Colère" de John Steinbeck
  • "Malevil" de Robert Merle
  • "Mr Vertigo" de Paul Auster
  • "Sur la route" de Jack Kerouac
  • à suivre
  • L'univers de Haruki Murakami
  • Les contes d'Alessandra Barrico
  • Les polars de Fréd Vargas
  • Les romans de Sepulveda
  • Les romans de Yasunari Kawabata

Grand Canyon

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