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Liste par auteurs & titres dans Kronik list

vendredi 26 décembre 2025

618: 'L'enfant de Bruges' de Gilbert Sinoué

Genre : peinture de la peinture au 15ème siècle

Histoire
Bruges, 1441.
Arborant un air mystérieux, l'index posé sur les lèvres, Jan Van Eyck avait chuchoté : Petit, il faut savoir se taire, surtout si l'on sait.
Qui pouvait se douter alors que, derrière la recommandation du maître flamand, l'un des plus grands peintres de l'histoire de l'art, se cachait le Grand Secret ?
À travers les brumes de Flandre et la luminosité éclatante de la Toscane, un enfant de treize ans va se retrouver confronté à une effroyable conspiration. Un monde occulte, empli de ténèbres qu'il lui faudra affronter avec l'innocence pour toute arme.


Impressions
Fresque historique dans la Flandre du XVème Siècle (et un peu aussi à Florence).

Et c'est là l'attrait, la valeur ajoutée de ce roman.
Ainsi le lecteur assiste au quotidien de deux artistes prestigieux Lorenzo Ghiberti, à Florence et surtout Jan Van Eyck, à Bruges, côté Flandres, le père de l'enfant Jan, héro du récit.

Jan Van Eyck
L'homme au turban rouge, 1433 (autoportrait présumé de l'artiste)

Au cœur de l'intrigue, il est intéressant de savoir qu'avant Van Eyck, les peintres préparaient eux-mêmes leurs couleurs à base de pigments, des plantes, des minéraux. Ils les écrasaient finement avec du blanc d’œuf pour en faire une pâte. C'était la tempera à l’œuf. La matière séchait très vite ! On devait peindre rapidement et on ne pouvait reprendre une œuvre.
Le peintre flamand Jan Van Eyck aurait inventé ou au moins perfectionné une nouvelle technique picturale au début du XVe siècle : la peinture à l’huile. Il remplace l’œuf par de l’huile. La pâte prend plus de temps à sécher. Il a donc plus de temps et travaille avec plus de précision. Les couleurs à l’huile donnent une grande luminosité aux tableaux et permettent de travailler la transparence des couches.

Lorenzo Ghiberti
En 1401, après avoir emporté de justesse le concours de sélection face à Brunelleschi, le jeune orfèvre Lorenzo Ghiberti (1378-1455), alors âgé de 23 ans et inexpérimenté, est mandaté par la Calimala pour décorer les vantaux de la porte nord du Baptistère de Florence.

Autoportrait de Lorenzo Ghiberti sur la porte du Nord (1401-1423)

23 ans plus tard, nouveau contrat. En 1424, le sculpteur, alors âgé de 46 ans, se voit confier (exceptionnellement, sans concours préalable) la tâche de réaliser également la porte est. Ce n’est qu’en 1452, à 70 ans, qu’il accroche les derniers panneaux de bronze, la construction ayant duré 27 ans !

Un roman donc très érudit, où des personnages historiques interviennent ainsi que les grandes inventions, où les techniques de peinture sont décrites avec détails (couleurs, vernis, pinceaux, matériaux utilisés, etc.). Je ne résiste pas à retranscrire une partie du dialogue entre William Caxton (négociant, diplomate, traducteur et imprimeur anglais. Il est connu pour avoir été le premier à introduire une presse typographique dans son pays.) et Petrus Christus (peintre flamand)...
'La connaissance se répandra à travers le monde. Nul n'en sera privé. Tous, même mes plus humbles, accéderont à l'enrichissement de l'esprit.
[...]
-Croyez-vous vraiment que le vulgaire sera apte à comprendre ce qu'il lira ? Avez-vous bien réfléchi aux conséquences d'une prolifération non sélective du savoir ?"
Ils ne parlent évidemment pas d'Internet mais de l'avènement de l'imprimerie, mais ne pourrait-on pas avoir cette même interrogation ?...

En complément du thème de la peinture et de l'art,  ce roman intègre le thème de l'amour filial, la paternité en particulier avec sensibilité et finesse. A noter que les femmes sont quasiment absentes, à l'exception de la mère adoptive de Jan qui s'avère être une marâtre mal aimante et sa mère biologique qui ne fait qu'une apparition fugace à l'issue fatale.

Voici pour le côté face très positif de ce roman.

Côté revers, c'est moins attrayant. L'intrigue policière est peu captivante, assortie de rebondissements improbables. Les ingrédients du roman à suspense sont présents, conspirations, secrets, assassinats, menaces, mais la sauce ne prend vraiment pas.
Il n'est pas incontournable de proposer un page-turner, mais tout de même les ficelles sont un peu grosses et souvent les actions sont rocambolesques, et je ne suis pas du tout senti emporté par l'intrigue.

Rencontres enthousiasmantes avec les grands noms du 15ème siècle, mais la facette enquête n'est pas passionnante. 

lundi 22 décembre 2025

617: "Effondrement' de Jared Diamond

Genre : Essai

Histoire
Suite




Impressions
Récit .

8 facteurs environnementaux, processus par lesquels les sociétés anciennes ont causé leur propre perte en endommageant leur environnement:
1- déforestation et restructuration de l'habitat
2- Problèmes liés au sol (érosion, salinisation, perte de fertilité...)
3- gestion de l'eau
4- chasse excessive
5- pêche excessive
6- conséquences de l'introduction d'espèces allogènes parmi les espèces autochtones
7- croissance démographique
8- augmentation de l'impact humain par habitant 

Auxquels s'ajoutent 4 nouveaux facteurs créés par notre monde industriel
1- changement climatique crée par l'être humain
2- émission de produits chimiques toxiques dans l'environnement
3- pénuries d'énergie
4- utilisation maximale de la capacité photosynthétique de la terre.



V

dimanche 23 novembre 2025

616: 'Le syndrome de l'Orangerie' de Grégoire Bouillier

Genre : 

Histoire
En se rendant au musée de l’Orangerie, voici que, devant Les Nymphéas de Monet, l’auteur est pris d’une crise d’angoisse. Contre toute attente, les Grands Panneaux déclenchent chez lui un vrai malaise. 
Les Nymphéas de Monet cacheraient-ils un sombre secret ? Monet y aurait-il enterré quelque chose ou même quelqu’un ? Et pourquoi des nymphéas, d’abord ? Pourquoi Monet peignit-il les fleurs de son jardin jusqu’à l’obsession – au bas mot quatre cents fois pendant trente ans ?

Impressions
C'est une soi-disant enquête par l'agence Bmore & Investigation dirigée par l'auteur qui a au cette crise d'angoisse lors de la visite des 'Nymphéas'.




En réalité c'est un grand délire autour d'une hypothétique secret macabre renfermé par ces œuvres monumentales, prétexte à digressions, des pointes d'humour et des références sorties d'on ne sait où.

"Mais stop ! J'en ai terminé avec les développements personnels et autres digressions à n'en plus finir. A la fin, je me retrouve avec des bouquins de mille pages et c'est un problème pour les lecteurs, c'est un embarras pour les libraires, c'est un repoussoir pour les journalistes et côté ventes, n'en parlons pas."

'De toute façon, time is Monet.
Et ce n'est pas qu'un jeu de mots.'
Claude Monet and Camille Lefèvre, Nymphéas [Water Lilies] Gallery, first room, facing east wall,

Camille Lefèvre, Water Lilies Gallery Floorplan for the Orangerie des Tuileries, January 20, 1922, print, 33 4/5 x 61 in. (86 x 155 cm), Archives des musées nationaux, Paris [CP 64AJ 593]. 

"On dirait des bésicles. Des lorgnons. [...] Même les passages permettant de communiquer d'une salle à l'autres semblent le "nez" d'une monture de lunettes."

Les nuages [Clouds] (detail)

Le matin clair aux saules [Clear Morning with Willows] (detail), 

Dans toutes les digressions de l'auteur, j'ai évidemment retenu certaines références littéraires.
En dehors du délire autour du professeur Tournesol (qui serait un descendant de Rackham Le Rouge....) et des multiples citations d'Edgar Poe (dont Monet avaient les livres dans sa bibliothèque, bibliothèque d'ailleurs non visitable car le bâtiment est habité par un sénateur...), il cite un auteur chilien, Roberto Bolaño, que je ne connaissais pas 
Celui-ci a reçu en 1997 le prix le plus important de son pays, le Prix Herralde en 1998, et le Prix Romulo Gallegos, le plus prestigieux d’Amérique latine, en 1999.




 


V

mardi 11 novembre 2025

615: " Chef d'oeuvre' de Juan Tallon

Genre : du lourd (38 tonnes d'acier)

Histoire
Suite à une commande en 1986 à Richard Serra, l'artiste réalise une œuvre monumentale pesant près de trente-huit tonnes appelée «Equal-Parrallel/Guernica-Bengasi». Celle-ci est alors placée quatre ans plus tard, par manque de place, dans un entrepôt.
Octobre 2006, à l’occasion d’un inventaire, la directrice du musée Reina Sofía de Madrid découvre stupéfaite, consternée, que cette œuvre a disparu.




Impressions
C'est une histoire fictive basée sur une authentique histoire de disparition d'une œuvre de Richard Serra. Le mystère de cette disparition n'a jamais été élucidé et Juan Tallon invente. L'auteur a enquêté, a lu les documents officiels, a interrogé les protagonistes de cette affaire.

Ce roman consiste en un récit polyphonique.
Les interventions d'un grand ombre de  voix donnent un éclairage intéressant sur l'art et son accueil, Et de ce point de vue ce roman est très intéressant; il apporte une réflexion sur la place de l’art contemporain. En particulier sont évoquées les nombreuses polémiques provoquées par les installations dans des lieux publics de grandes villes, comme celles de Richard Serra à New York.

Ainsi, à New-York, la controverse est allée jusqu'à la destruction de 'Tilted Arc' en 1989 et a marqué un tournant dans l’analyse de l’art public. Dans la nuit du 15 mars 1989, huit mois avant le début du démantèlement du mur de Berlin, une équipe d'ouvriers du bâtiment est arrivée sur la Federal Plaza à New York pour mettre en pièces une barricade en acier controversée de 36 mètres de long et de 3,6 mètres de haut qui avait été érigée huit ans plus tôt.
Tilted Arc, New York

J'ai aussi apprécié d'en apprendre sur les dessous des compagnies se spécialisant dans le transport d’œuvres d’art, ou sur la difficulté de trouver l'aciérie capable de réaliser les œuvres métalliques, sur les coulisses politiques liées au fameux 5% (aux États-Unis) du budget qui doit être accordé à une œuvre d’art pour chaque bâtiment gouvernemental. 

Au fur et à mesure de la lecture, la polyphonie m'a lassé. 
Certains chapitres m'ont même paru superflus en allongeant le récit inutilement. Ils manquent aussi d'âme et de fil conducteur en terme de style d'écriture. 173 voix qui racontent, en quelques paragraphes à peine ou quelques pages, leur implication, de près ou de loin, dans cette histoire... Excessif.

Certains lecteurs ou lectrices ont été séduit.es par le caractère 'Thriller' de cette enquête. Personnellement la piste semée par un indice qu’on croit déceler, alors qu’elle est ensuite réfutée plus loin par le témoignage d’un tel, m'a aussi assez vite ennuyé.


En bref, bof, sauf à être inconditionnel.le des œuvres de Richard Serra.

lundi 27 octobre 2025

614: 'Amour, sexe et cerveau' de Aurore Malet-Karas

Genre : neuroscience

Histoire
Que dit la science des clichés diffusés autour du genre, de l'amour et de la sexualité.
Sans se départir de la biologie, Aurore Malet-Karas nous invite à comprendre les mécanismes neurologiques et psychologiques qui influencent nos relations afin de mieux les vivre.

Impressions
Récit 




Vision.

613: 'Conque' de Perrine Tripier

 Genre : Fable politique pas quel-conque...

Histoire
L'Empereur a choisi Matarbée, historienne de renom, pour diriger un chantier archéologique qui vient de mettre au jour les vestiges des Morgondes, guerriers-marins millénaires.
Au delà de la direction d'une myriade de spécialistes, la véritable mission dont Martabée est chargée est d'étudier cette civilisation afin de redorer le roman national et de pouvoir chanter la gloire de l'Empereur mêlée à celle du pays.
Mais quelque chose murmure sous le sable froid. Un appel sourd, dissonant, qu’elle devra choisir de suivre ou d’ignorer.




Impressions
Roman recommandée par Kra, et O Yes! que merci pour ce conseil :)

L'écriture d'abord.
Très travaillée, des mots choisis, de la poésie, descriptions ciselées, des métaphores sensorielles et un souffle épique.
Perrine Tripier est une jeune autrice née en 1999 très talentueuse. (Elle est professeur de lettres dans un lycée rennais.)
Quelle maîtrise !

Les personnages sont caricaturaux, à dessein. 


Une histoire dérangeante, servie par une écriture maitrisée, gros coup de cœur pour cette jeune écrivaine. A suivre.

dimanche 19 octobre 2025

612: 'Le bâtard de Nazareth' de Metin Arditi

Genre : Revisite du Nouveau Testament

Histoire
A Nazareth, Jésus est un 'mamzer', un bâtard, le fruit de l'abus de Marie par un légionnaire romain. Comme Judas, un Iscariote laid et avide de vengeance. 
La loi juive exclut ces bâtards, et c'est cette obsession de Jésus de réformer la loi juive qui amène à une réinterprétation de sa vie.

Impressions
Récit court et très étonnant. 

J'ai retrouvé l'explication rationnelle des miracles comme dans 'L'Homme qui devint Dieu' de Gérald Messadié que j'avais lu il y a longtemps. Mais dans 'Le bâtard de Nazareth', c'est juste anecdotique et sans commune mesure avec la profondeur du roman historique de Messadié qui repose sur un foisonnement de recherches et de références.

Le sujet sensible du concubinage entre Marie Madeleine est aussi implicitement décrit, mais cette thèse a déjà été maintes fois commentée ou intégrée.

Ce qui m'est apparu comme nouveau est l'angle de vue totalement décalé de ces deux personnages mythiques, Jésus et Judas, qui permet de revisiter les épisodes clés de la vie de Jésus. Un regard en effet miroir, un peu comme dans "Meursault, contre-enquête" et "L'étranger".
- Jésus est le meneur de la lutte contre l’exclusion qui ira jusqu'à s'opposer en vain contre les membres du Sanhédrin
- Judas est le bâtisseur d'une secte qui se sépare du judaïsme, le christianisme.
L'auteur explore cette hypothèse, et le résultat est plutôt intéressant.

Metin Arditi s’inscrit dans la lignée des auteurs qui contestent la divinité du Christ pour n’en conserver que la figure humaine, touchante et exemplaire. Blasphème pour certains, personnellement cela ne conteste pas la pureté et l'engagement des messages.

Christ Before Caiaphas & the Sanhedrin Duccio di Buoninsegna (1311)

Vision intéressante et plaisante à lire, d'un auteur que je ne connaissais pas.

dimanche 21 septembre 2025

611: 'Le Trésorier-payeur' de Yannick Haenel

Genre : banquier anarchiste ?

Histoire
Béthune, au début des années 1990, George Bataille, un jeune banquier  s’inscrit dans une école de commerce et décroche son premier poste à Béthune, dans la succursale de la Banque de France. Protégé par le directeur de la banque, Charles Dereine, il défend les surendettés, découvre le vertige sexuel avec Annabelle, une libraire rimbaldienne, s’engage dans la confrérie des Charitables, collabore avec Emmaüs et rencontre l’amour de sa vie, la dentiste Lilya Mizaki.philosophe défend les surendettés.
Tout un programme !

Impressions
Récit mêlant faits réels dans le premier chapitre et reconstruction romancée d'un personnage qui a existé, celui d'un banquier en révolte contre le système.

L'introduction du roman, sorte de prologue, décrit l'organisation de l'exposition « Dépenses » à "Labanque", anciens locaux de l’ancienne Banque de France à Béthune. Cette exposition constitue le premier volet d’une trilogie d’expositions inspirée par l’œuvre de Georges Bataille. 
Pas le dénommé banquier mais le romancier. Écrivain longtemps maudit, Bataille a été encensé à sa mort par une nouvelle génération d'auteurs et de philosophes, dont Philippe Sollers ou Michel Foucault.

Michel Journiac, contrat pour un corps.
Dans l'exposition, les sculptures, vidéos, photographies et installations d’onze artistes contemporains explorent la notion de « dépense » développée dans l'ouvrage La Part maudite de Bataille.

Voilà pour la partie fondée sur le réel, et c'est ensuite l'histoire de ce personnage atypique qui nous est contée.
J'ai retenu  quelques moments forts.

1- La visite par le jeune Bataille alors étudiant en philosophie du coffre de la Banque de France à Paris, la Souterraine .Une expérience quasi mystique qui le poussera à choisir de se lancer dans une carrière dans la banque.
Accès à la salle des chambres fortes

Salle des colonnes

2- Il accueille dans sa maison de briques rouges, reliée à la banque par un souterrain-refuge, ceux qui sont couverts de dettes. Dans ses deux bureaux-jumeaux, il exécute sa fonction de banquier consciencieux, tout en lisant les philosophes et en rêvant au banquier anarchiste de Pessoa.

3- Il choisit l'érotisme et la solidarité pour échapper à la domination de la finance et simplement être heureux.
En particulier il s'engage dans la confrérie des Charitables, une institution à Béthune, et auprès de la communauté Emmaus. Cette confrérie, née en 1188 pendant une grande épidémie de peste accompagne les familles pendant leurs deuils; elle existe toujours aujourd'hui.
Confrérie des Charitables de Saint-Éloi

Vitrail en l'église Saint-Vaast de Béthune.

L'auteur fait de nombreuses références littéraires et culturelles. C'est un livre de plus de 400 pages très littéraire que j'ai trouvé assez inégal. Mais j'ai au final passé un bon moment, en finissant par m'attacher au personnage fantaisiste du trésorier-payeur.

Roman fantaisiste, flamboyant, un peu brouillon, sur fond de critique du capitalisme. Que je ne recommanderai pas à toutes et tous.

vendredi 19 septembre 2025

610: "Francia" de Nancy HUSTON

Genre : prostitution d'une trans en nuances

Histoire
Un dimanche de passes, à Paris, Bois de Boulogne.
Dans la cambuche de Francia, une trans féminine d'origine colombienne, les clients s'égrènent comme les souvenirs des années de son enfance en Colombie.

Nancy Huston : "La prostitution est une réalité qu'on ne veut pas affronter"

« Je ne veux pas du tout idéaliser la prostitution et dire que c'est un métier formidable, mais les prostituées n’aiment pas le mépris et elles en font souvent l’objet. Bien sûr, il y a des trafiquants, des proxénètes cruels, mais la prostitution, ce sont 1000 choses différentes. Ces femmes Trans du Bois de Boulogne sont, par exemple, une institution française, tout le monde le sait depuis des décennies. Romain Gary l’écrivait déjà dans "La vie devant soi" où il y a un personnage, Lola, qui était un boxeur sénégalais devenue femme. "


Impressions
Enfant en Colombie, Rubén préférait le monde des femmes. Adolescent, il part pour Bogotá, se travestit, se prostitue. Après sa transition, elle choisit le nom du pays où elle a décidé de s'installer - et devient pour toujours Francia.

Ce roman est d'abord le récit d'un dimanche de travail pour cette prostituée du bois de Boulogne. Dix-sept clients, quatorze passes acceptées...

Mais ce roman ne se réduit pas à la description de qui sont ces clients et quelles sont leurs motivations.
Entre chaque client, s'insère un chapitre où Francia se souvient de son enfance, de son père, de Bogota, réfléchit sur le monde, évoque la domination masculine, clame son attachement à la nature, source d'énergie, critique les croyances religieuses, et d'autres sujets encore. 
C'est donc un livre politique, à travers un portrait kaléidoscopique et profondément humain de la France contemporaine.

En dépit de son "métier" et de ses origines modestes, c'est une personne humble et noble qui se dessine. Francia-Ruben parle avec son cœur de la misère et de la violence tout en restant léger et à l'écoute des autres. 


Roman profondément humain.

Nancy Huston est née en 1953 à Calgary au Canada. Elle vit en France depuis 1970. Ses créations sont abondantes : Femme de lettres d’expression anglaise et française, elle a produit de nombreux romans, ainsi que des essais, des nouvelles, du théâtre, des ouvrages illustrés, des œuvres pour la jeunesse et des scenarios de film. C’est une militante féministe, et une femme engagée sur plusieurs terrains comme la lutte contre l’exploitation des sables bitumineux en Alberta, contre les caricatures de Charlie Hebdo et contre le célibat des prêtres. 

Parmi ses romans, citons Cantique des plaines (Actes Sud), 1993, Prix Louis Hémon, Prix Canada-Suisse ; Instruments des ténèbres (Actes Sud et Poche) 1996, Prix Goncourt des lycéens, Prix Inter ; L’empreinte de l’ange (Actes Sud) 1998, Prix des libraires du Québec, Prix des lectrices de Elle ; Lignes de faille (Actes Sud et Poche) 2006, Prix Femina, Prix France Télévision. 

mercredi 27 août 2025

609: 'Comme un empire dans un empire' d'Alice Zeniter

Genre : doit-on abandonner la partie ?

Histoire
Hiver 2019.
Antoine est assistant parlementaire d'un député PS. L. elle est hackeuse. Ils ont tous les deux choisi de consacrer leur vie à un engagement politique, officiellement ou clandestinement. Antoine rêve d'écrire un roman sur la guerre d'Espagne. L vient d'assister à l'arrestation de son compagnon, Elias, accusé d'avoir piraté une société de surveillance, et elle se sait observée, peut-être même menacée. 
Antoine et L vont se rencontrer autour d'une question : comment continuer le combat quand l'ennemi semble trop grand pour être défait ?

Impressions
Cette autrice que j'apprécie énormément ici tente de décrypter les débats qui traversent la gauche et les nouveaux modes d’action politique qui émergent tandis qu’augmente la défiance envers les institutions

Alice Zeniter explique avec beaucoup de pédagogie et de précision les techniques de l'hacktivisme et rend passionnant et limpide ce qui pourrait être ennuyeux et complexe pour le profane. Elle croise astucieusement les deux couloirs narratifs et déploie son style remarquable.

La référence à des hackers activistes est très instructive, un pan entier de combats rarement racontés dans les médias

Ainsi on découvre Jeremy Hammond, 28 ans, qui a reconnu en mai avoir piraté en décembre 2011 le système informatique de la société texane Strategic Forecasting, surnommée Stratfor. Il a rendu publiques de nombreuses données que cette société avaient emmagasinées sur les personnes et sociétés, comme des informations internes relatives à la surveillance d'activistes écologistes en Inde autour de Bhopal ou sur des mouvements politiques. Il a détourné des centaines de millions de dollars.


Phineas Fisher, "unidentified hacktivist and self-proclaimed anarchist revolutionary".
En 2019, le célèbre pirate informatique propose aux hackers du monde entier un défi, via un manifeste: il récompensera à hauteur de 100.000 dollars toute personne qui effectuera des piratages à motivation politique, conduisant à la divulgation de documents d'intérêt public.

Pour protéger son identité il utilise une marionnette lors des interviews.

Les groupes de hackers liés aux forces gouvernementales sont aussi cités.

Ainsi, Cozy Bear, aussi appelé APT29, Nobelium ou Midnight Blizzard, est un groupe de hackers qui pourrait être lié aux renseignements russes, notamment le FSB. Ce groupe cible des gouvernements, des partis politiques, des entreprises, des think tanks, etc.

Ou encore, l'unité 61398 de l'Armée populaire de libération, basée à Shanghai, est chargée de conduire des opérations militaires dans le domaine des réseaux informatiques.
Dans un rapport publié le 18 février 2013, la société de sécurité informatique Mandiant accuse cette unité de l'armée chinoise d'être à l'origine depuis 2006 d'une vaste opération de cyber-espionnage principalement contre des entreprises et organisations anglo-saxonnes. Le gouvernement chinois a immédiatement nié être à l'origine de ces cyberattaques.

Le portrait des deux personnages sont intéressants.
Antoine voit ses idéaux mis à mal par son député, tandis que L. à l'existence diluée, se réfugie dans les méandres d'Internet pour ne pas affronter la vraie vie. Elle 'hacke' pour un monde qu'elle souhaite meilleure, luttant contre la fachosphère ou aidant les femmes battues. Son personnage m'a évidemment pensé à Lisbeth Salander de Millenium.
Tous les deux s'interrogent sur les limites de leur engagement.

Roman contemporain puissant sur la lutte pour la justice et l'engagement politique.

vendredi 22 août 2025

608: 'La papèterie de Tsubaki' de Ogawa ITO

Genre : réconfortant et poétique

Histoire
Hatoko a vingt-cinq ans et la voici de retour à Kamakura, dans la petite papeterie que lui a léguée sa grand-mère. Le moment est venu pour elle de faire ses premiers pas pour prendre la relève, à la fois avec les métiers de vendeuse d'articles de papèterie et celui d'écrivain public. Un héritage familiale enseigné par l'Aînée, sa grand-mère exigeante et sévère.
 

Impressions

Je ferai le parallèle avec le monde sensible et poétique des BDs-mangas de Tanigushi.

Peinture du quotidien japonais, j'ai retrouvé ces détails de la vie de tous les jours, les gestes traditionnels (comme les célébrations annuelles dans les temples), l'amour de la cuisine.

"En attendant que l'anguille soit prête, il a commandé une bouteille de bière. Un ravier nous a été servi par la même occasion. Dedans, il y avait plein de foies d'anguille.
- Du foie confit à la sauce soja. Ça se marie bien avec la bière.
Il devait aimer ça car il plissait les yeux d'un air ravi."
Voilà une scène qui m'a rappelé un dîner inoubliable avec deux collègues (1 allemand et 1 coréen) dans un restaurant de Hamamatsu où j'ai découvert cette spécialité d'anguilles comme confites sur un lit de riz.. Hummm, à cette seule évocation je salive de bonheur. Sans oublier la serveuse en habits traditionnels qui a couru après nous dans la rue parce qu'on a avait réglé 20 centimes de trop !...

Le thème de la nourriture et du plaisir associé sont récurrents, comme le héros de 'Le gourmet solitaire' de Tanigushi que j'ai chroniqué en janvier 2024. 
"Dans l'air printanier encore un peu frais, j'ai savouré ma bière, les yeux arrachés à l'arbre."
"Mange amer au printemps, vinaigre l'été, piquant l'automne et gras l'hiver."
Rien d'étonnant, c'est un sujet de prédilection pour cette autrice à l'image de son premier roman "Le restaurant de l’amour retrouvé".


C'est un roman qui célèbre la contemplation et un art de vivre en opposition  avec l'ultra-modernité.
En écho au roman graphique Furari de Tanigushi, où au gré de pérégrinations, un cartographe et géomètre se promène dans le Japon de la fin XVIIIe siècle, à l’époque où Tokyo s’appelait encore Edo.


Hatako nous emmène visiter les sites de Kamakura, temples, la plage, les sanctuaires.
Le roman comporte d'ailleurs un petit plan dessiné des lieux cités.


Ce roman célèbre aussi l'écriture, la calligraphie, mais aussi le papier, l'encre, l'enveloppe, le timbre, tous ces éléments annexes qui constituent un message important de la lettre.

"Une belle écriture ne tient pas à une graphie régulière, mais à la chaleur, la lumière, la quiétude ou la sérénité qui en émanent."

Un exercice d'écrivain où le choix du système d'écriture joue aussi un rôle clé dans le message, un choix à faire entre les kanji ( des caractères chinois, dont la juxtaposition forme le mot, environ 50000 ), l'hiragana ( 50 caractères ), et le katakana ( 50 caractères, servant à écrire les mots d'origine étrangère, sortes d'alphabets phonétiques )
Popo rédige et calligraphie des cartes de vœux, des mots de condoléance, des lettres d'adieu aussi bien que d'amour. Un large éventail et à chaque une belle histoire humaine se dessine !


La papèterie, au cœur de ces sites, est un cocon, un lieu de partage avec les autres et le théâtre de réconciliations inattendues.
S'y croisent un panel de personnages très intéressants, comme Barbara, sa voisine, le Baron, un homme bourru mais généraux et attentionné, la petite fille d'un veuf...

Un roman qui fait du bien sans être mièvre.

dimanche 10 août 2025

607: 'Veiller sur Elle' de Jean-Baptiste Andrea

Genre : qui ne laisse pas de marbre...

Histoire
Michelangelo Vitaliani, dit Mimo, n'est pas né en 1904 sous les auspices d'une belle étoile, ni avec une cuillère d'argent dans la bouche. Au contraire, son père meurt durant la première guerre mondiale, sa mère s'en débarrasse en l'envoyant à Pietra d'Alba chez un pseudo cousin sculpteur qui l'exploite et le maltraite.
Mais parfois des destins se croisent, comme celui de Mimo avec Violla, cousine cosmique de Mimo car née  le même jour que Mimo (en trichant un peu sur les jours...) au sein de la famille puissante des Orsini.
Tous les deux souffrent; l'une d'anticonformisme et de capacités intellectuelles hors du commun dans un milieu patriarcal et conservateur, l'autre de sa pauvreté et d'achondroplasie qui le réduit à l'image d'un nabot aux yeux de ses pairs. 
Leur rencontre donnera naissance à une amitié forte, un amour platonique qui résistera aux troubles de l'Histoire et aux trajectoires de vie divergentes.
« - Nous sommes deux aimants. Plus nous nous rapprochons, plus nous nous repoussons. 
- Nous ne sommes pas des aimants. Nous sommes une symphonie. Et même la musique a besoin de silences. »


Impressions
Belle lecture. 581 pages (édition L'Iconoclaste) lue avec délectation.
Ce roman rentre dans la catégorie des livres que j'ai littérallement dévoré, impatient d'en poursuivre la lecture entre chaque pause.
Le rythme est effréné sur toute la longueur du récit, pas d'essoufflement, belle prouesse narrative ! 

Ce qui m'a plu:

L'amitié passionnelle qui fleurte avec l'amour (platonique) entre Mimo et Violla.
« Il m'a fallu quatre-vingt-deux ans, huit décennies de mauvaise foi, et une longue agonie, avant de reconnaitre ce que je savais déjà. Il n'y a pas de Mimo Vitaliani sans Viola Orsini. Mais il y a Viola Orsini, sans besoin de personne. »
Deux destins où des périodes de parfaite entente alternent avec des 

La traversée de l'histoire de l'Italie au XXème siècle.
Cette fresque romanesque s'inscrit dans une la Grande Histoire de l'Italie. Meurtrie par la première guerre mondiale, le Fascisme s'y installe petit à petit jusqu'à l'instauration du régime totalitaire mussolinien, et bientôt démarre une deuxième guerre mondiale qui s'achèvera par la défaite italienne.
Dans la description de la Marche sur Rome d'octobre 1922, l'auteur n'épargne pas le manque de courage de Benito: celui se joint au cortège qu'une fois assuré que le gouvernement n'enverra pas l'armée pour les arrêter...



L'assassinat puant du député Matteoti est plusieurs fois cité.
Le 10 juin 1924, le député socialiste Giacomo Matteotti, qui, au fil de ses discours au Parlement, pourfendait le gouvernement de Mussolini, fut jeté à bord d'une voiture par des inconnus qui le poignardèrent. On l'apprendra plus tard, les assassins appartenaient à une sorte de police parallèle et secrète du fascisme, la Tcheka, menée par un chef de bande du nom d'Amerigo Dumini. La Tcheka avait son siège au palais du Viminal, résidence du ministre de l'Intérieur dont le titulaire était Benito Mussolini...


L'antisémitisme et l'extermination dans les camps de concentration que le fascisme mussolinien soutient est également évoqué à de nombreuses reprises, clé de voute d'altercations fortes entre Mimo qui dit ne pas faire de politique, et Violla qui dénonce ces dérives avec véhémence. Mimo se retrouve confronté à la réalité quand Sarah, une collègue de la période de vie où Mimo a été recueilli par une équipe de cirque, est arrêtée et emprisonnée dans le Camp d'internement de Ferramonti di Tarsia, le plus grand camp d'internement (campo di concentramento) pour les internés juifs dans une région infestée de paludisme. 


La fin peu glorieuse de Mussolini n'est pas non plus épargnée, celui-ci ayant été arrêté le 28 avril 1945 par la résistance alors qu'il tentait de quitter l'Italie clandestinement.
Abattu, son corps finira -avec celui de 17 autres fascistes dont Clara Pietacci son amante- pendu par les pieds  par les pieds à la balustrade d'un distributeur d'essence de la Standard Oil. 

La passion de l'art est omniprésente. Sont abondamment cités Michel-Ange, Fra Angelico ou encore le Caravage.
Mimo rencontre également des artistes lors d'un séjour à Paris, et en particulier le sculpteur Brancusi.
Etonnamment, aucune image de sculpture de Vitaliani n'apparaît lors de recherches sur le Web, et toujours, la Pietà de Michelangelo Buonarroti prédomine.
J'ai appris qu'un illuminé du nom de Laszlo Toth a vandalisé à coups de marteau la Pietà de Michel-Ange en mai 1972. Durant son interrogatoire, il a affirmé que les mains du sculpteur avaient été guidées par lui, qu'il est Jésus de Nazareth, et souhaite faire disparaître tous les simulacres du Christ.

Seul petit bémol: l'écriture certes fluide et dynamique pèche un peu par un caractère trop lisse et polissé (influence du marbre ?). Mais est-ce un défaut ? Cela n'a pas nui au bonheur de la lecture de ce roman :)


Coup de cœur ! Un roman sculpté dans l'Histoire et la fiction.
Récompensé par le Prix Goncourt 2023, précédé du prix du roman Fnac

dimanche 27 juillet 2025

606: 'Paris-Briançon' de Philippe Besson

Genre : huis clos ferroviaire de la fatalité

Histoire
Rien ne relie les passagers montés à bord du train de nuit n° 5789. À la faveur d’un huis clos imposé, tandis qu’ils sillonnent des territoires endormis, ils sont une dizaine à nouer des liens, laissant l’intimité et la confiance naître, les mots s’échanger, et les secrets aussi.


Impressions
Conteur habile et fin observateur des âmes humaines.
Nos vies relèvent du hasard ou d'un destin tracé ?
Philippe Besson rend hommage aux trains de nuit et à ces rencontres fortuites qui peuvent changer une vie.
La lecture est agréable mais manque un peu de profondeur. 

Roman choral sobre et court. Idéal pour se distraire lors d'un trajet de train.

lundi 21 juillet 2025

605: 'Voltiges' de Valérie Tong Cuong

Genre : patatras

Histoire
Eddie et Nora Bauer forment un jeune couple flamboyant. À la tête d’un grand cabinet de conseil, Eddie assure à sa famille un train de vie très confortable. Quant à Nora, elle se partage entre la création de bijoux et l’éducation de Leni, adolescente promise à une brillante carrière d’athlète depuis qu’elle a été repérée par le charismatique entraîneur Jonah Sow. 
Eddie apprend que son associé l’a trahi, conduisant le cabinet à la faillite. Ruiné, il fait le choix de ne rien dire à Nora, ni à Leni, et multiplie les mauvaises décisions.


Impressions
J'ai vécu cette lecture comme tendue et inconfortable. La situation de cette famille se détériore inéluctablement, sans réactions fortes et franches, jusqu'à une fin qu'on devine bien noire.
Mais quelle message en tire-t-on ? 

Dans ce roman, Valérie Tong Cuong interroge nos choix de vie et nos renoncements à l’heure où tout vacille. 
Mais les turbulences vécues par le foyer idyllique qui explose sont très vite prévisibles au fur et à mesure qu'Eddie s'enfonce dans les dettes et le mensonge.
De plus les personnages très stéréotypés ne sont pas attachants, même Nora qui lasse par son dévouement et sa croyance en des jours meilleurs.
C'est excessivement caricatural, le père perdu, égoïste, menteur, la mère aimante, dévouée, l'entraineur gentil, dévoué ...

A cela s'ajoutent des phénomènes causés par le dérèglement climatique qui plongent le quotidien aux frontières du fantastique, comme par exemple avec ces animaux qui surgissent dans la ville. Difficile d'apprécier l'arrivée de ce thème dans un récit plutôt psychologique... Quelle intention ?

Roman pesant à lire, très loin de voltiges légères. Déception.

dimanche 6 juillet 2025

604: 'Ce que je sais de toi' d'Éric Chacour

Genre : histoire d'un amour impossible

Histoire
Dans le Caire des années 1980, Tarek suit le destin tracé par son père -il devient médecin comme lui- et par sa famille -il épouse Mira et doit avoir des enfants.
Mais la rencontre d’un être que tout semble éloigner de lui va ébranler ce chemin nominal...


Impressions
Premier roman de cet auteur. Et quel auteur !!

Je suis conquis, tant par le style, la construction, la sensibilité, et la richesse des thèmes.

Style - L'écriture est ciselée, habile, sensible.

La construction en 3 parties, 'Toi', 'Moi' et  'Nous' est remarquable. Le tutoiement de la première partie m'a fortement intrigué mais j'ai ensuite compris la logique.

Sensibilité - Le drame réside dans cet interdit que Tarek a transgressé, décrit avec pudeur et délicatesse. Cette liaison interdite va tout bouleverser, et engendrer l'exil, le renoncement, l'étouffement de la vérité, le vide pour un fils, la faillite d'un clan.
"Je détestai ma famille de m'avoir tu cette vérité que tout le monde savait. Comme s'il suffisait de dissimuler les miroirs pour préserver un être difforme de sa propre laideur."

L'auteur ciselle ses observation des gestes ou des regards les plus infimes qui traduisent les non-dits et le sentiments cachés. Il décrit les faiblesses de la nature humaine avec finesse.
"On s'étonne encore de déceler une réaction puérile chez un de nos semblables, mais c'est une grossière erreur : il n'y a pas d'adultes au comportement d'enfant, il n'y a que des enfants qui ont atteint l'âge où le doute est honteux. Des enfants qui finissent par se conformer à ce que l'on attend d'eux : qui renoncent à la moindre remise en question, affirment sans plus trembler, méprisent la différence. Des enfants aux voix rauques, aux cheveux blancs, à l'alcool facile."
Et ce sont les femmes qui incarnent vaillamment la ­dignité qui n’abdique pas, quitte à manigancer ou mentir pour sauver la façade et l'honneur. Mais à quel prix...

Découvertes -
Lévantins - L'auteur nous invite dans cette communauté lévantine chrétienne égyptienne installée au Caire. Ces chrétiens issus de divers rites orientaux, originaires du Liban, de Syrie, de Jordanie ou de Palestine, et qui, bien qu'en Egypte depuis plusieurs générations, continuaient à y manier le français mieux que l'arabe.
Zabbalines - L'auteur inscrit également ce récit - et même l'histoire d'amour- dans le bidonville du Mokattam au Caire. 100 000 zabbalines, les chiffonniers collecteurs de déchets ou le « peuple des ordures »ramassent chaque matin 10 000 tonnes d’ordures ménagères directement chez les familles, en contrepartie d’une maigre rétribution, puis les ramènent jusque dans les zones de tri des bidonvilles à l’aide de camions, de charrettes ou de tuk tuks.
Odeurs du Caire
"Le cumin, la poussière (déjà), la coriandre, la benzine, les ânes, leurs déjections, le sable, la poussière (encore), la sueur, la cardamome, les gaz de combustion, les oignons frits, les ordures brûlées, les fèves chaudes, le jasmin, la poussière (obstinément), l’asphalte redevenu visqueux sous le règne sans partage du soleil. Le Caire était une entêtante présence olfactive qu’une infinité d’éléments composaient."


Roman coup de cœur. Envoutant et sensible. Sans l'once d'une hésitation, je recommande chaudement. 

Lauréat du prix Femina des Lycéens, ainsi que du Prix Première plume 

Les livres qui m'ont marqué... (pas tous chroniqués)

  • 'Beloved' & 'Jazz' de Toni Morrison
  • 'Charlotte' de David Foenkinos
  • 'Crime et châtiment' de Dostoievski
  • 'Kite runner' de Khaled Hosseini
  • 'La joueuse de go" de Shan Sa
  • 'Le quatrième mur' 'Profession du père' de Sorj Chalandon
  • 'Les enfants de Minuit' de Salman Rushdie
  • 'Sombre dimanche' & "L'art de perdre" d'Alice Zeniter
  • 'Sous le soleil des Scorta' et 'Eldorado' de Laurent Gaudé
  • "1984" de George Orwell
  • "Au Zénith" de Dong Thuong Huong
  • "Candide" de Voltaire
  • "En attendant Godot" de Samuel Beckett
  • "Fanrenheit 451" de Bradbury
  • "L'écume des jours" de Boris Vian
  • "L'insoutenable légéreté de l'être", de Milan Kundera
  • "L'œuvre au noir" de Marguerite Yourcenar
  • "L'ombre du vent" de Carlos Ruis Zafon
  • "La métamorphose" de Kafka
  • "La vie devant soi" de Romain Gary
  • "Le Hussard sur le toit" et "Les âmes fortes" de Jean Giono
  • "Le parfum" de Patrick Suskind
  • "Le Portrait de Dorian Gray" d'Oscar Wilde
  • "Le rouge et le noir" de Stendhal
  • "Les Cavaliers" de Joseph Kessel
  • "Les Déferlantes" de Claudie Gallay
  • "Les Raisins de la Colère" de John Steinbeck
  • "Malevil" de Robert Merle
  • "Mr Vertigo" de Paul Auster
  • "Sur la route" de Jack Kerouac
  • à suivre
  • L'univers de Haruki Murakami
  • Les contes d'Alessandra Barrico
  • Les polars de Fréd Vargas
  • Les romans de Sepulveda
  • Les romans de Yasunari Kawabata

Grand Canyon

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