Histoire
Embauché dans un centre de tri postal, Ren Mizuki y rencontre deux autres étudiants qui partagent sa passion pour la culture et l'art européens : Yuki, peintre elle aussi, et Bin, un violoniste promis à une carrière internationale.
En 1945, Ren est appelé en Mandchourie dans l'enfer des combats. Il en rentre mutilé et son destin lui semble funeste et désespéré.
Est-ce que ses deux amis lui apporteront le réconfort et le soutien pour renverser ce destin ?
Impressions
Je retrouve les thèmes récurrents de cet auteur dont le roman 'Âme brisée' m'a tant touché.
La musique, et en particulier le violon, et son amour pour la culture française.
"La Cavatine commença en sotto voce dans la plus grande douceur. On n’entendit pas le moindre souffle des trois auditeurs pendant toute la Cavatine. Au moment où Bin s’apprêtait à retirer le disque, Yuki lui demanda si elle pouvait réécouter le morceau, il hocha la tête d’un air heureux. Ils se replongèrent dans la Cavatine encore une fois. "
Se retrouve également l'élégance, la pudeur et l'onirisme de son écriture. Même les scènes les plus sensuelles et fortes comme celle où Ren peint avec sa bouche sur le corps de Yuki, restent empreints de réserve.
Le seul personnage un peu démonstratif est la chienne Hanna qui traverse les années au-delà de la durée de vie des Shibas (je n'en "spoile" pas la raison !).
Ce récit appelle évidemment à des références d'autre romans traitant du sujet des 'Gueules cassées. Parmi elles, chroniqués dans Blogging-Pot, 'Au-revoir là-haut' de Pierre Lemaître et 'La chambre des officiers' de Marc Dugain. Sans doute le deuxième s'apparente le plus, partageant le thème de l'amour au-delà du physique défiguré.
C'est finalement l'art pour combattre la barbarie, pour se dresser contre la guerre que je retiens comme principal thème de ce roman. La musique et la peinture peuvent rassembler les hommes au-delà des différences de cultures.
"L’art, c’est ce qui résiste. […] Seul, il résiste à la mort, soit sous la forme d’une œuvre d’art, soit sous la forme d’une lutte des hommes" "Aya ne se contenta pas de sillonner la France. Elle s'aventura dans d'autres pays d'Europe. A Venise, elle savoura la beauté fulgurante des œuvres de Guardi et de Tiepolo. A La Haye, au Mauritshuis, elle contempla avec ravissement, plus que La Jeune Fille à la perle, la magnifique luminosité de la Vue de Delft de Veermer; au musée du Prado à Madrid, elle fut hypnotisée non seulement par les grands tableaux de Velázquez comme Les Ménines, mais encore et surtout par les peintures noires de Goya dont notamment Le Chien, ce tableau presque abstrait qui représente au milieu d'une surface jaune et marron verdâtre la minuscule tête d'un chien presque entièrement enseveli, comme s'il subissait solitairement la destruction du monde par une catastrophe innommable."
Un roman humain, délicat et sobre. Mais qui manque un peu de flammes pour bouleverser le lecteur.
Cependant à noter que cet auteur, d’origine japonaise, rédige ce roman et tous ses livres en langue française. Remarquable !