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Liste par auteurs & titres dans Kronik list

mardi 16 juin 2026

639: "Autour du Monde' de Laurent MAUVIGNIER

Genre : tsunami de tranches de vies

Histoire
Tranches de vies de quatorze personnages le jour du séisme et du tsunami catastrophiques au Japon, le 11 mars 2011.

Impressions

Même si tous les yeux se tournent vers les images de la catastrophes qui tournent en boucle sur les téléviseurs, dans les médias, la vie continue de par le monde, avec ses moments de bonheur, ses crises, avec sa banalité. 
Le temps s'écoule comme le récit de ces quatorze personnages qui se succèdent sans coupure, sans numérotation de chapitre. Seule une photographie indique le changement de décor la nouvelle histoire peut commencer. L’originalité et la finesse des transitions entre les histoires est remarquable.
En revanche hors la temporalité, il n'existe aucun lien entre des fresques. Le seul point commun est que tous voyagent. Et clairement certaines histoires enchantent par leur profondeur, leur poésie, tandis que d'autres sont parfois très décevantes et plates.


Elles narrent:
- la rencontre d'une fille tatouée au Japon et une issue mortelle; 
- le sauvetage par un passager solitaire de la vie d’un vieil homme sur un paquebot en mer du Nord et, malgré le geste reconnu par la fille du sauvé, le retour dans la solitude ;
- la nage avec des dauphins aux Bahamas, peut-être la seule note positive du roman;
- un rendez pour faire l’amour à Moscou et, à regret, devoir repartir seul;
-  le travail d'un Philippin dans un hôtel à Dubaï, homme invisible des clients;
-  un morceau de bravoure idiot lors d'un safari en Tanzanie, ;
- une escapade amoureuse à Rome ;
-  le croisement de pirates sanguinaires dans le Golfe d’Aden ;
- une tentative de deux vieux italiens  de gagner au casino en Slovénie ;
- un trajet en stop jusqu’en Floride pour retrouver son frère..

Au final je n'ai pas été emportée par la vague romanesque. C'est trop long et inégal.

Voyage dans un monde globalisé et connecté mais où on est souvent terriblement seul(e). C'est amer, et assez inégal selon les récits.

jeudi 4 juin 2026

638: 'L'Été de Cristal' de Philip Kerr

Genre : enquête berlinoise en pleine montée du nazisme

Histoire
Premier tome d'une trilogie où le lecteur découvre Bernie Gunthern, vétéran du front turc, ancien de la police devenu détective privé, spécialisé dans la recherche des personnes disparues.

Dans ce tome, Hermann Six, le puissant industriel qui engage Bernie, ne cherche pas à trouver sa fille : celle-ci a été assassinée chez elle, ainsi que son mari. Non, ce qui intéresse Herr Six, ce sont les bijoux qui ont disparu du coffre-fort.

  
A la veille des Jeux Olympiques, tandis que les S.A. se chargent de rendre la ville « accueillante » aux touristes attendus, Bernie se met en chasse. Et cet été là, l'ordre nouveau qui règne sur l'Allemagne va se charger de faire voler en éclats le peu d'illusions qui lui reste.



Impressions
Premier tome d'une trilogie,  best seller;

Une enquête à Berlin en 1936 en plein montée des nazis au pouvoir. 







Une ville en effervescence lors de ces JO.
Des JO qui seront organisés de manière millimétriques pour honorer Hitler qui vient d’obtenir les pleins pouvoirs. Le nazisme s’installe et dans son sillon toute sa brutalité.
 




Un cadre pour un policier pas coutumier que le cynisme de Bernie permet de relativiser et 


Pas u

samedi 30 mai 2026

637: 'Chaudun, la montagne brisée' de Luc Bronner

Genre : village à vendre

Histoire
Au fond d'une vallée des Hautes-Alpes, les restes d'un  village, des blocs de pierre brisés, presque rien : ci-gît Chaudun, village maudit qui fut vendu en 1895 par ses habitants à l'administration des Eaux et Forêts. Trop d'hommes et de femmes, trop de bêtes à nourrir. 


Extrait du journal "L'Illustration" du samedi 24 août 1895 :
« L'administration des Forêts vient d'acheter pour le service du reboisement la commune de Chaudun (Hautes-Alpes). Toutes les propriétés communales et privées, comprenant une superficie de 2 026 hectares, ont été vendues à l'État pour le prix de 186 000 francs environ. La commune de Chaudun comprenait 98 habitants vivant du produit de leurs pâturages ; mais depuis quelques années les montagnes déboisées avaient perdu une partie de leurs prairies où l'on faisait paître un trop grand nombre de moutons. L'altitude de Chaudun est à 1 400 mètres, et son éloignement de Gap (19 kilomètres), ne permettant pas aux habitants de se créer de nouvelles ressources pour remplacer celles que leur donnaient les pâturages, la commune avait elle-même demandé à être acheté par l'État. Les formalités exigées pour cette opération ont duré plus de quatre ans. Les photographies que nous reproduisons représentent des vues de Chaudun, de la commission chargée d'acheter les propriétés ; nous y voyons le dernier maire de Chaudun, assis sous la cloche de l'église, dont la construction remonte au quinzième siècle. »

Impressions
Un roman-reportage très journalistique qui retrace avec minutie les étapes de la fin d'un village de montagne. C'est le résultat d'une enquête documentaire énorme, relevant dans les archives les questionnaires inquisitoriaux des évêques à l'égard des malheureux curés du village, les délibérations des conseils municipaux, les courriers adressés au ministre de l'agriculture...

Sur la base de ces documents et des 5 photographies de villageois, l'auteur recompose le parcours de certains habitants et surtout celui de la jeune Félicie Marin, décédée à 17 ans le 30 avril 1877, et dont subsiste une partie de la tombe.




La lecture plaisante et instructive, pour son  réel intérêt historique.
C'est très, voire trop détaillé, et très éloigné d'un roman à rebondissements.

J'ai aimé cette lecture. Il faut que j'admette que cette lecture m'a plu car j'avais besoin d'une pause hors de la modernité, vers la nature, pour y chercher plus de sérénité. Cette histoire de gens du 19ième siècle m'a accueilli comme une parenthèse mentale, parfois rafraîchissante avec ses flocons de neige, parfois rude avec ces vies misérables, parfois végétale à travers ces galeries de fleurs et arbres.


Pas 

dimanche 3 mai 2026

636: 'Reine Rouge' de Juan Gómez-Jurado

Genre : ¿Dónde está Carla Ortiz ?

Histoire
Premier tome d'une trilogie où le lecteur découvre Antonia Scott, une personne très spéciale. Elle n'est pas policière mais elle a résolu des dizaines d'affaires criminelles avant de tout arrêter à la suite d'un accident. Depuis, elle se terre dans un appartement vide, jusqu'à ce que l'inspecteur Jon Gutiérrez lui fasse reprendre du service.

Impressions
Un polar animé par un duo improbable, Jon, le flic gentiment mis sur la touche après avoir 'sérieusement merdé', et Antonia, une femme mystérieuse aux capacités cognitives particulièrement développées.

Un polar qui se passe à Madrid, avec des lieux recensés par un blogueur:
  • 7, calle Melancolia, Madrid, Espagne
  • Commissariat quartier Lavapiez, Madrid, Espagne
  • Quartier Finca, Madrid, Espagne
  • Commissariat à Bilbao, Espagne
  • HLA Moncloe University hospital, Madrid, Espagne
  • Café près du rond-point Embaradores, Madrid, Espagne
  • Hôtel Las Letras, Madrid, Espagne
  • Appartement calle de Serrano, Madrid, Espagne
  • Café calle Cedaceros, Madrid, Espagne
  • Parc du Retiro porte O'Donnell devant la casa Arabe, Madrid, Espagne

  • Angle des rues Hermosilla et general Pardinas, Madrid, Espagne
  • Paseo de Recoletos, Madrid, Espagne


Un duo improbable, un cadre sympathique, voilà des ingrédients qui portent la promesse d'un super polar.
Hélas la trame narrative s'embrouille, s'égare dans des rebondissements improbables. Il manque une ligne directrice, trop de sujets abordés.
Et au final de nombreux sujets m'interrogent tels que:

- Comment cette surdouée intellectuelle n'a pas anticipé que son fils allait être enlevé ? Alors qu'elle discerne de nombreux indices ? C'est vraiment un classique joué dans de nombreux polars mais là dans ce contexte c'est difficilement acceptable.

- Quel est le motif du ou de la criminel(le) ? Honnêtement je n'ai pas envie pour ce type de lecture de passer du temps à extraire les éléments éparpillés dans le texte. Et au final je n'ai pas saisi le mobile profond. En particulier quel lien existe-t-il entre les références aux textes bibliques et les mises en scène des crimes ?

- Que devient le journaliste revanchard à la fin du récit ? Il disparait du radar..

Ceci dit, le décor et les personnages cités comme prometteurs font effet le job. J'ai eu du plaisir à suivre leurs pérégrinations, après avoir déposé le cerveau pour ne pas trop tenter d'y trouver de la vraisemblance. Le rythme est enlevé et ce type de lecture 'lave' la tête.

Pas une grande originalité et de nombreuses invraisemblances, mais une pause lecture agréable

mardi 28 avril 2026

635: 'Attaquer la terre et le soleil' de Mathieu Belezi

Genre : de la rude besogne et des bains de sang

Histoire
Destin d'une poignée de colons et de soldats pris dans l'enfer oublié de la colonisation algérienne, au dix-neuvième siècle.
Impressions
Une voix de femme colon en écho à la voix d'un soldat, tous les deux souffrant de la folie et de l'enfer de la colonisation.

Séraphine Jouhaud, une femme colon venue de Marseille avec son mari, leurs trois enfants, sa soeur et son beau-frère. Des familles françaises venues peupler une colonie agricole vendue comme une terre promise par l'État, mais qui n'est finalement qu'un lopin de terre peu fertile, entouré de palissades qui les préservent d'une population hostile.

D'autre part, un soldat anonyme suivant aveuglement les ordres d'un capitaine sanguinaire venu apporter une prétendue « civilisation » aux autochtones, en imposant sa vision de la « pacification » à coups de baïonnettes, massacrant, pillant, violant et brûlant village après village.

D'un côté, la peur et la souffrance, avec le choléra, le paludisme, la famine... Une désillusion par rapport aux promesses d'un jour meilleur qui a du leur être vendu, séduits par la propagande officielle...

De l'autre, la cruauté des soldats, qui transpercent les corps des civils, qui violent, qui pillent..

Roman rare qui fait partager la vie des premiers colons poussés par la France à traverser la Méditerranée.
Sans fards, une peinture hyper- réaliste.

Grand roman sur la folie humaine 
Prix littéraire du journal le Monde et le Prix du Livre Inter 2023

samedi 25 avril 2026

634: ' Le Grand Détournement' de Matthieu ARON et Caroline MICHEL-AGUIRRE

Genre : essai

Histoire
Sous le


Impressions

Une enquête qui recense des chiffres qui donnent le tournis, ou la nausée.

Quelques chiffres

La dette publique va atteindre 118 % du PIB en 2026. Soit le niveau le plus haut depuis la deuxième guerre mondiale, avant cela le premier conflit mondial, et précédemment la Révolution française.

En 2025
Budget de l'état = 484 milliards d'euros
Patrimoine cumulé des 500 plus grandes fortunes de France  = 1128 milliards 

Entre 2017 et 2023
Le patrimoine boursier des 5 familles les plus riches a progressé de 400%
Le salaire net a augmenté de 8%

5 familles les plus riches
Arnault (LVMH), Hermès, Wertheiumer (Chanel), Bettencourt (L'Oréal) Saadé (CMA-CGM)

En 2024, les entreprises du CAC 40 ont distribué 98,2 milliars d'euros à leurs actionnaires
En 1980 l'état détenait 50% des parts des grandes entreprises industrielles
En 2023, l'état possédait 2,5 % du CAC

En 2025, moins de 10% des Français détiennent des actions.
94% d'entre eux perçoivent moins de 100 euros par an.

Dans le bas de la pyramide, les 'ptits riches' 360000 personnes, cadres supérieurs, médecins, avocats, petits chefs d'entreprise, hauts fonctionnaires, gagnent de 130 000 à 600 000 euros par an. Leurs revenus sont essentiellement issus de leurs revenus. Ils sont taxés fortement et contribuent le plus largement, ce sont les 'dindons de la farce fiscale.

En intermédiaire, 40 000 multimillionnaires possèdent moins de 5 millions d'euros.

Au sommet, 3000 à 4000 foyers -minimum de 30 millions d'euros de patrimoines- captent à eux seuls plus de la moitié des dividendes distribués avant de les placer dans des holdings ou des structures patrimoniales, souvent optimisées, parfois à l'étranger. Ces flux échappent à l'impôt et à la statistique.


Pendant le confinement COVID

En mars 2020, le monde se confinait, l'économie réelle entrait en hibernation, et la BCE a injecté 3000 milliards d'euros pour garantir le financement des entreprises et a acheté 1000 milliards d'euros en titres afin de contenir la hausse des taux d'intérêt.
Fabuleux appel d'air qui a fait augmenter de 86% la fortune des milliardaires français entre mars 2020 et fin 2021 (les 5 premiers ont doublé leur patrimoine)
En France le 'quoi qu'il en coûte' a coûté 260 milliards d'euros d'aides publiques versées directement aux entreprises entre 2020 et 2022.
Des 145 milliards d'euros en PGE (prêts garantis par l'Etat), 38 milliards restaient à rembourser fin 2024.
Les 49 grandes entreprises françaises ont obtenue 16 à 17 milliards d'euros en prêt, à condition de ne pas verser de dividendes ni racheter des actions pendant le prêt, ce que 6 d'entre elles n'ont pas respecté selon la Cour des comptes. Sans sanctions.




Enquête 

mardi 21 avril 2026

633: 'L'extrême droite, nouvelle génération' de Nicolas Massol et Marylou Magal

 Genre : enquête journalistique au cœur de la jeunesse identitaire

Histoire
Une enquête sur les jeunes militants d'extrême droite et leur milieu depuis les années 2010. De Jordan Bardella à Pierre-Romain Thionnet en passant par Stanislas Rigault et Pierre Gentillet, ils sont dispersés dans différents partis politiques, médias ou associations mais partagent la même obsession de l'identité.

Impressions
Cet ouvrage retrace l'avènement progressif la nouvelle génération de militants de droite et d'extrême droite à partir des années 2010. 
Des militants comme Jordan Bardella, Marion Maréchal, Sarah Knafo...

Ou moins connus, Geoffroy Lejeune, Stanislas Rigault, Pierre Gentillet ou encore Pierre-Romain Thionnet. 
En 2020, l’hebdomadaire Valeurs Actuelles dont le directeur de publication est Geoffroy Lejeune, a publié jeudi une « politique-fiction » dépeignant la députée LFI Danièle Obono en esclave, suscitant une vague de condamnations unanimes dans la classe politique, allant jusqu’au président de la République, et entraînant l’ouverture d’une enquête préliminaire pour « injures à caractère raciste ».


Lors de la campagne présidentielle, Stanislas Rigault, le 27 mars dernier, était à la tête de Génération Z, le très actif mouvement de jeunesse soutenant Éric Zemmour. 

Pierre Gentillet, cofondateur de la Cocarde étudiante et grand fan de la Russie de Poutine, un ami intime de Jordan Bardella

Pierre-Romain Thionnet était un régulier de la rue des Canettes, où il croisait quelques fois Bardella entre 2015 et 2016. Sans que les relations dépassent le stade du compagnonnage festif. Thionnet était alors secrétaire général de La Cocarde étudiante, syndicat étudiant partisan de « cette union de la Droite tant recherchée »

Une valeur commune : l'identité, le rejet de l’islam et de l’immigration. 
Cet ouvrage est articulé autour :
- des moments clés comme la Manif pour tous, Génération identitaire au col de l'Échelle,
- des lieux particuliers (le FNJ, les soirées à la Cave Saint-Germain, l'Institut de formation politique),
- des appareils politiques ou militants (tels que la Cocarde, SOS Chrétiens d'Orient). 

Le portrait est vivant, et montre le parcours de jeunes – aucun ne dépasse la quarantaine –, qui partagent les mêmes références culturelles, trinquent ensemble dans des bistrots chics du centre de Paris et qui ont pour objectif commun celui de prendre le pouvoir. Ces jeunes présentent bien malgré un discours radical, xénophobe et islamophobe. Ils ont laissé de côté les activistes violents et les idéologues plus anciens qui sont tout de même croisés tout au long de l’enquête.

Enquête vivante et détaillée sur l'extrême droite par le prisme de sa jeunesse.

Marylou Magal, journaliste à L’Express, et Nicolas Massol, qui officie à Libération sont deux spécialistes de l’extrême droite.

vendredi 10 avril 2026

632: 'Les Evaporés' de Isao Moutte - BD

Genre :  "Je ne mettrai plus les chaussons"

Histoire
Partir sans donner d’explication à l'exception de cette phrase manuscrite "Je ne mettrai plus les chaussons". C'est ce que Kaze a fait cette nuit-là, après avoir été licencié du jour au lendemain. Sa fille, Yukiko, qui vit à Paris depuis de nombreuses années, revient au Japon pour tenter de retrouver sa trace et de découvrir les raisons de sa disparition. Elle mènera l’enquête dans un Japon parallèle, celui du quartier des travailleurs pauvres de San’ya, à Tokyo, et des camps de réfugiés de la catastrophe nucléaire de Fukushima, autour de Sendai.

Impressions
Cette BD reprend le thème principal du roman de Thomas Reverdy, à savoir,  le phénomène des évaporés au Japon. Les évaporés sont des personnes adultes qui choisissent de tout quitter du jour au lendemain, leur famille, leurs amis, leur travail, leur ville, sans que l'on sache toujours pourquoi. 80000 par an au Japon.

J'avais lu et chroniqué ce roman en juillet 2014 et en dehors d'un ressenti très positif sur cet ouvrage, je n'avais que des souvenirs assez flous sur les détails du récit.
Le thème central tourne autour de la question: peut-on refaire sa vie en effaçant son passé ? Quels sont les dégâts collatéraux sur l'entourage familial ?
Des interrogations bien angoissantes qui se reflètent dans le trait hachuré noir et blanc de ce roman BD. Les pages alternent les plans larges silencieux et les focus sur les différents personnages. Un graphisme assez simple , mais efficace.

La quête menée par Yukiko amène le lecteur à découvrir le quartier de San'ya, caché dans la partie nord-est de Tokyo, un quartier qui regroupe une communauté de travailleurs journaliers, de disparus volontaires et d'accidentés de la vie.

Les trottoirs y sont jonchés de détritus, un paysage émaillé de tentes ou d'habitations de fortune en carton. Des hommes aux visages émaciés discutent, assis à même le sol, devant la devanture défraîchie d'une modeste pension.
 A San'ya, près de 1.000 Japonais vivraient dans des conditions précaires d'après le gouvernement. 

Akainu, un jeune garçon rescapé du tsunami de Fukushima, croise le parcours de Kaze: il nous fait découvrir l'ampleur des dégâts. C'est l'occasion pour l'auteir franco-japonais de nous sensibiliser à l'activité dangereuse autour de la centrale nucléaire où des ouvriers interviennent. 

Au final c'est un roman - BD sobre et délicat, mettant en scène des destins fracassés au Japon où les laissés-pour-compte et la désolation occupent une place de choix.

Enquête post--Fukushima. Une belle adaptation graphique du roman de Thomas Reverdy.

Isao Moutte est un auteur de bande dessinée franco-japonais né en 1983. Diplômé des Beaux-Arts d’Angoulême, il publie ses premières BD aux éditions Anathème, Armany Jeans (2009) et Hard Money (2011), puis Castagne en 2015 aux éditions The Hoochie Coochie. (Sélection prix Polar SNCF 2016). En 2019, paraît une bande dessinée scénarisée par Thomas Gosselin, La trève, chérie, aux éditions L’employé du moi. Il vit et travaille à Montreuil. Clapas est son premier roman graphique chez Sarbacane.


lundi 23 mars 2026

631: 'Cyberpunk - Le nouveau système totalitaire' d'Asma Mhalla

Genre : essai

Histoire
Sous le


Impressions
Je 

Nick Land philosophe britannique 
Qui a pris un virage neo-reactionnaire dans les années 2000.


Blogger Curtus Yarvin
Proche de JD Vance

Project 2025
De l'Heritage Fundation


Enquête 

630: ' La Part du Fils' de Jean-Luc Coatalem

Genre : cheminement sur les traces du grand-père

Histoire
Sous le régime de Vichy, une lettre de dénonciation aura suffi. Début septembre 1943, Paol, un ex-officier colonial, est arrêté par la Gestapo dans un village du Finistère. Motif : “inconnu”. Il sera conduit à la prison de Brest, incarcéré avec les “terroristes”, interrogé. Puis ce sera l’engrenage des camps nazis, en France et en Allemagne. Rien ne pourra l’en faire revenir. Un silence pèsera longtemps sur la famille....

Impressions
Je connaissais cet auteur, rédacteur en chef du magazine Géo, pour son reportage d'un voyage sous haute surveillance en Corée du Nord, 'Nouilles froides à Pyonyang'.

C'est ici un récit beaucoup plus sensible et intimiste que l'auteur nous livre.
Enquêter sur le passé tû par sa famille de l'histoire du grand-père paternel, Paol, qui est mort à 49 ans en déportation dans le camp nazi de DORA.

Entrée du tunnel du camp de Dora

Un des tunnels de Dora

Dora fut le camp nazi dédié à la fabrication des V2, ancêtres des fusées américaines, dirigé par Wernher von Braun.  60 000 prisonniers, dont Paol le grand-père de septembre 1944 à février 1945, ont travaillé jusqu'à l'épuisement. Dans les sous-sols humides des grottes
20 000 hommes y ont péri dans des conditions atroces, alors que Von Braun comme des centaines de chercheurs allemands après la guerre, "s'est transformé en honorable citoyen allemand" et sans qui, Buzz Aldrin le reconnaîtra, "conquérir la Lune aurait été impossible". 

Prisonniers de Dora dans un atelier de montage 

Malgré les tabous et les non dits familiaux, à l’aide d’archives et de témoignages, l’auteur s’emploie à faire revivre sa mémoire au travers son récit. 

« Longtemps, je ne sus quasiment rien de Paol hormis ces quelques bribes arrachées. Elles menaient toutes au gouffre de l’Allemagne nazie. Pareils à ces mandarins subalternes de la Chine ancienne, qui ne devaient pas souiller de leurs lèvres le nom illustre de l’empereur, nous laissions du vide entre nos mots dès qu’il s’agissait de lui. Certains paysages et ce prénom feraient défaut ; il y avait des trous dans nos cartes géographiques, dans les itinéraires, les faits. La douleur n’était jamais sujet. »

Sur la famille pèse un silence qui cache une douleur transmise d'une génération à une autre, sans que rien ne puisse la soulager. En particulier, Pierre, fils cadet de Paol et père du narrateur, est muré dans le silence.

Pour reconstruire le passé de Paol -et aussi se reconstruire- l'auteur doit combler les trous:
 "Et ce que je ne trouverai pas de la bouche des derniers témoins ou dans les registres déchirés des archives, je l'inventerai, pour qu'il vive".

Au final un récit très personnel pour retrouver la part du fils.
Et au final évidemment un récit qui entre en écho profond avec mon héritage familial personnel...

Récit intime et universel. Double devoir de mémoire. Pour qu'il vive et qu'ils vivent.

samedi 21 mars 2026

629: ' Le crime était signé' de Lionel OLIVIER

Genre : sur fond d'homophobie

Histoire
Açelya Bozkir, une jeune fille de 16 ans d’origine turque est retrouvée morte dans le coffre d’une voiture abandonnée au milieu d’un cimetière. Sur le corps, on retrouve une mèche de cheveux appartenant vraisemblablement au tueur. Lorsqu’il est appelé sur les lieux, Quentin Fergeac, commandant de police à la Brigade Criminelle, s’étonne qu’on lui demande de se pencher, avec son équipe, sur une enquête d’apparence aussi simple. 


Impressions
Troisième roman policier sélectionné par le prix du Quai des Orfèvres que j'enchaine.

Se retrouve le thème du chargé d'enquête endeuillé de la mort de son fils, comme dans de nombreux polars comme Cap Canaille. Je reconnais une certaine lassitude en regard de ce cliché: le chef, ébranlé par le malheur, reste courageux et luttera contre le mal jusqu'à en triompher...

Ce qui est décevant est le côté 'tiré par les cheveux' de la résolution de l'intrigue. Sur des indices nouveaux, balayant toutes les voies d'enquête engagées pendant les deux tiers du roman. Ce qui fait qu'aucune profondeur psychologique sur les tueurs n'a pu être bâtie, on découvre les auteurs du crime, pirouette et basta c'est fini.

Et cependant j'ai lu les 350 pages très vite et avec plaisir... ?

Peut-être parce qu'une atmosphère de convivialité humaine y règne, comme lors de ces repas pris par l'équipe dans des restos conviviaux, peut-être aussi parce que le récit ne manque pas de détachement et d'humour.
"Décidément, vous avez de l'imagination, vous les keufs. Devriez écrire des polars. Ça vous rapporterait plus que votre paie minable."

Enquête réaliste avec une fin un peu bancale. Un bon divertissement.

Prix du Quai des Orfèvres 2016

dimanche 15 mars 2026

628: ' Le péril Bolloré' de Marie Bénilde

Genre : 

Histoire
Résumé par la maison d'édition:
"L'extrême droite française dispose aujourd'hui d'un carburant hautement inflammable : un milliardaire acquis à sa cause. En imposant ses vues dans les éditoriaux et émissions de débat, en favorisant sur ses antennes le Rassemblement national, en validant l'expression des idées les plus rances, en quadrillant l'édition dans les diverses maisons du groupe Hachette, Bolloré poursuit son travail de sape de la République. Il lui reste à accomplir son grand dessein : triompher idéologiquement en fusionnant le monde de l'argent et le populisme nationaliste. Dans cet essai, la journaliste Marie Bénilde livre le récit de l'avènement du Bollorisme et étudie toutes ses significations."




Impressions
D'emblée je n'aime pas trop le parti pris du titre, 'Péril' annonce une couleur.
La journaliste autrice est une collaboratrice du Monde diplomatique, et ne cache pas ses amitiés avec la France Insoumise et ses obsessions. Dont acte.

Je hais les populisme nationaliste et n'ignore évidemment pas les acquointance extrême droite de M. Bolloré.
Alors qu'y apprend-on ?

Ses origines d'abord.
Bretonnes évidemment, et revendiquées.
Il aime se vêtir de costumes traditionnels pour célébrer le groupe Bolloré.


Les 200 ans du groupe Bolloré ont été célébrés jeudi 17 février 2022 par Vincent Bolloré et ses  enfants à la chapelle Notre-Dame-de-Kerdévot à Ergué-Gabéric près de Quimper (Finistère)

Vincent Bolloré se plaît à cultiver une image locale et traditionnelle, celle d’un industriel solidement implanté dans son territoire finistérien, héritier d’une entreprise familiale vénérable qu’il a fait grandir et qu’il transmet à son tour à ses enfants. 
Mais il est n'est pas né en Bretagne, mais à Boulogne Billancourt, a été élève à Janson de Sailly (Paris 16°) et a passé sa vie à Paris. 


Il se plait à raconter ses débuts "sans capital". 
A 30 ans il fait ses débuts dans une banque et poursuis des études de droit en cours du soir.
Mais indéniablement il ne manquait pas de capital relationnel: sa famille fréquente Georges Pompidou, issu de la banque Rothschild, la famille Dassault, Edmon de Rothschild, le baron Empain, ou Edouard de Ribesn patron de la banque Rivaud.
"J'ai eu la chance de naître sans un famille catholique, bretonne, riche et célèbre.'

Fondée en 1882, l'entreprise familiale est spécialisée dans le papier bible pour la Pléïade et du papier OCB, O pour Odet, C pour Cascadec et B pour Bolloré.
Au début des années 1980 la société est lourdement endettée et en 1981 Vincent Bolloré et son frère Michel-Yves la rachète pour 2 francs symboliques grâce à Edmond de Rotschild, propriétaire de la banque dont Vincent est le directeur adjoint fin 70. Edomond de Rotschild fait don de la majorité de ses parts et accorde un prêt de 6 millions de francs.

Une approche  tout à fait à l'image de l'attitude de prédateur qui sera mise en œuvre pour construire un empire financier.
https://multinationales.org/fr/enquetes/le-systeme-bollore/bollore-un-empire-centre-sur-le-luxembourg-bien-plus-que-sur-la-bretagne

L’organigramme de la tête du groupe Bolloré est un joyau d’ingénierie financière : des holdings en cascade, des boucles d’autocontrôle qui s’entrelacent, un enchevêtrement de sociétés aux noms exotiques. Une savante complexité, tout entière au service d’un unique objectif : verrouiller le contrôle de la multinationale par un actionnaire minoritaire. Car, aussi surprenant que cela puisse paraître, Vincent Bolloré et ses proches ne détiennent qu’une part réduite – 13,73 % à fin 2023 – du capital du groupe qui porte leur nom. Ils contrôlent pourtant la majorité des droits de vote et assurent une direction sans partage. Une forme de capitalisme sauvage … sans capital.


Ses affaires africaines



Son empire médiatique 

Ce monsieur possède une force de frappe et d’influence inédite en France.
 Après avoir échoué à racheter TF1, M. Vincent Bolloré a rejoint le cercle restreint des magnats des médias en prenant le contrôle de Vivendi (groupe Canal P
https://multinationales.org/fr/enquetes/le-systeme-bollore/la-machine-de-guerre-mediatique-et-culturelle-de-vincent-bollore

lus), avec lequel il s’offrira les groupes Prisma (Capital, Voici…) et Lagardère (Le Journal du dimanche, Europe 1…). 
Il possède également de de prestigieuses maisons d’édition (Hachette, Fayard, Grasset, Stock, Larousse…), et des agences de communication (Havas) et de sondages (CSA).




Sa croisade idéologique. 





Su

samedi 14 mars 2026

627: 'Ida' de Chloé Cruchaudet - BD

Genre : une aventure corseé/et !

Histoire
1887. Ida est une vieille fille trentenaire, hypocondriaque et autoritaire. Elle qui n'était sortie de chez elle que pour visiter l'exposition universelle de 1867 décide  de quittant inopinément sa Suisse natale pour explorer l'Afrique. Ainsi, elle se rend à Tanger où elle fait la rencontre de Fortunée, une Occidentale délurée. Engoncées dans leurs robes à crinoline, les deux femmes sillonnent l'Afrique, le long de la piste Dakar/Niger, et vivent des aventures hautes en émotions.






Impressions
Récit ironique sur le romantisme naïf, le colonialisme et le paternalisme occidental.

Le ton est sérieux au premier abord, mais totalement décalé, irrévérencieux.
L'intransigeance et les préjugés d'Ida semblent à côté de la plaque sur le continent africain, mais sa persévérance à raison de tout.
Le personnage est assez détestable, l'histoire est pétillante et drôle, on en arrive à se réjouir de ses malheurs, sa naïveté la sauve pourtant de situations tragiques.

J'aime le dessin de Chloé Cruchaudet, rond, aux couleurs vives.


Suissesse et corsets dans la nature indomptée de l'Afrique. Un combo détonnant et gagnant :)

lundi 2 mars 2026

626: 'Fils de personne' de Jean-François Pasques

Genre : né.e sous 'X'

Histoire
Le cadavre d’un homme est retrouvé dans un bassin du jardin des Tuileries à Paris. Alors qu’il piétine déjà dans une enquête sur la disparition de trois jeunes femmes, le commandant Julien Delestran est chargé de l’affaire.

Impressions
Un polar classique marqué par la composante humaine des personnages.

C'est un récit intimiste centré sur l'humain qui rend les personnages attachants avec en toile de fond la misère.
Ainsi le commandent ressent de la compassion pour ses proches, passant par exemple du temps pour interroger sans brusqueries une prostituée qu'il connaît de puis longtemps et qu'il craint d'être menacée. Suite à cette interrogatoire, le commandant rentre chez lui et confie ses doutes à sa femme.
Comme autre exemple, son bras droit, la jeune capitaine Beaumont, lui reproche son accueil plutôt hostile d'une nouvelle arrivée dans son service.

Une autre composante atypique de ce polar est son caractère contemplatif et à vitesse humaine. Pas de scènes gores, ni des rebonds à chaque fin de chapitre, ni encore des personnages caricaturaux.

Par exemple, dans l'Institut Médico-Légal, 'Ils laissaient traîner un regard dubitatif sur la collection'. Moment de pause, pas de précipitation ininterrompue comme dans de nombreux thrillers.
L'Institut Médico-Légal de Paris, quai de la Rapée.
'Delestran et Beaumont attendaient le légiste dans la bibliothèque de l'IML. C'était toujours un petit soulagement de se retrouver dans cette grande salle ornée de vitrines d'un autre temps [...]'
 
Une autre scène est représentative du rythme 'pausé' de l'enquête.

Dans le jardin de Tuileries où le cadavre a été découvert, Delestran s'attarde devant une statue, faisant attendre les autres membres de la police et les gardiens du jardin: un tigre terrassant un crocodile d'Auguste Nicolas Cain.
Et en effet cette statue existe et représente une scène surprenante. Mais a priori elle n'a aucun lien avec l'intrigue ?...


Ce polar représente aussi une occasion de déambuler dans Paris.
L'auteur nous emmène ainsi dans l'église Notre-Dame-de-l'Assomption, un lieu de culte catholique polonais située place Maurice-Barrès, à l'angle de la rue Saint-Honoré et de la rue Cambon dans le 1er arrondissement de Paris.

En synthèse, un bon moment de lecture. 

A noter, parmi les indices trouvés sur la victime, un livre De Balzac « La peau de chagrin »... Voilà une invitation à un rebond de lecture comme je les aime ! 

Un polar à la papa, sans hectolitre de sang, profondément humain et qui se déguste comme un bon vin.

Les livres qui m'ont marqué... (pas tous chroniqués)

  • 'Beloved' & 'Jazz' de Toni Morrison
  • 'Charlotte' de David Foenkinos
  • 'Crime et châtiment' de Dostoievski
  • 'Kite runner' de Khaled Hosseini
  • 'La joueuse de go" de Shan Sa
  • 'Le quatrième mur' 'Profession du père' de Sorj Chalandon
  • 'Les enfants de Minuit' de Salman Rushdie
  • 'Sombre dimanche' & "L'art de perdre" d'Alice Zeniter
  • 'Sous le soleil des Scorta' et 'Eldorado' de Laurent Gaudé
  • "1984" de George Orwell
  • "Au Zénith" de Dong Thuong Huong
  • "Candide" de Voltaire
  • "En attendant Godot" de Samuel Beckett
  • "Fanrenheit 451" de Bradbury
  • "L'écume des jours" de Boris Vian
  • "L'insoutenable légéreté de l'être", de Milan Kundera
  • "L'œuvre au noir" de Marguerite Yourcenar
  • "L'ombre du vent" de Carlos Ruis Zafon
  • "La métamorphose" de Kafka
  • "La vie devant soi" de Romain Gary
  • "Le Hussard sur le toit" et "Les âmes fortes" de Jean Giono
  • "Le parfum" de Patrick Suskind
  • "Le Portrait de Dorian Gray" d'Oscar Wilde
  • "Le rouge et le noir" de Stendhal
  • "Les Cavaliers" de Joseph Kessel
  • "Les Déferlantes" de Claudie Gallay
  • "Les Raisins de la Colère" de John Steinbeck
  • "Malevil" de Robert Merle
  • "Mr Vertigo" de Paul Auster
  • "Sur la route" de Jack Kerouac
  • à suivre
  • L'univers de Haruki Murakami
  • Les contes d'Alessandra Barrico
  • Les polars de Fréd Vargas
  • Les romans de Sepulveda
  • Les romans de Yasunari Kawabata

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