Genre : cheminement sur les traces du grand-père
Histoire
Sous le régime de Vichy, une lettre de dénonciation aura suffi. Début septembre 1943, Paol, un ex-officier colonial, est arrêté par la Gestapo dans un village du Finistère. Motif : “inconnu”. Il sera conduit à la prison de Brest, incarcéré avec les “terroristes”, interrogé. Puis ce sera l’engrenage des camps nazis, en France et en Allemagne. Rien ne pourra l’en faire revenir. Un silence pèsera longtemps sur la famille....
Impressions
Je connaissais cet auteur, rédacteur en chef du magazine Géo, pour son reportage d'un voyage sous haute surveillance en Corée du Nord, 'Nouilles froides à Pyonyang'.
C'est ici un récit beaucoup plus sensible et intimiste que l'auteur nous livre.
Enquêter sur le passé tû par sa famille de l'histoire du grand-père paternel, Paol, qui est mort à 49 ans en déportation dans le camp nazi de DORA.
Dora fut le camp nazi dédié à la fabrication des V2, ancêtres des fusées américaines, dirigé par Wernher von Braun. 60 000 prisonniers, dont Paol le grand-père de septembre 1944 à février 1945, ont travaillé jusqu'à l'épuisement. Dans les sous-sols humides des grottes
20 000 hommes y ont péri dans des conditions atroces, alors que Von Braun comme des centaines de chercheurs allemands après la guerre, "s'est transformé en honorable citoyen allemand" et sans qui, Buzz Aldrin le reconnaîtra, "conquérir la Lune aurait été impossible".
Prisonniers de Dora dans un atelier de montage
Malgré les tabous et les non dits familiaux, à l’aide d’archives et de témoignages, l’auteur s’emploie à faire revivre sa mémoire au travers son récit.
« Longtemps, je ne sus quasiment rien de Paol hormis ces quelques bribes arrachées. Elles menaient toutes au gouffre de l’Allemagne nazie. Pareils à ces mandarins subalternes de la Chine ancienne, qui ne devaient pas souiller de leurs lèvres le nom illustre de l’empereur, nous laissions du vide entre nos mots dès qu’il s’agissait de lui. Certains paysages et ce prénom feraient défaut ; il y avait des trous dans nos cartes géographiques, dans les itinéraires, les faits. La douleur n’était jamais sujet. »
Sur la famille pèse un silence qui cache une douleur transmise d'une génération à une autre, sans que rien ne puisse la soulager. En particulier, Pierre, fils cadet de Paol et père du narrateur, est muré dans le silence.
Pour reconstruire le passé de Paol -et aussi se reconstruire- l'auteur doit combler les trous:
"Et ce que je ne trouverai pas de la bouche des derniers témoins ou dans les registres déchirés des archives, je l'inventerai, pour qu'il vive".
Au final un récit très personnel pour retrouver la part du fils.
Et au final évidemment un récit qui entre en écho profond avec mon héritage familial personnel...
Récit intime et universel. Double devoir de mémoire. Pour qu'il vive et qu'ils vivent.




Aucun commentaire:
Enregistrer un commentaire