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Liste par auteurs & titres dans Kronik list

samedi 27 mars 2021

443: 'Rien ne s'oppose à la nuit' de Delphine de Vigan

Genre : mémoire familiale

Histoire
Delphine De Vigan raconte l'histoire de sa famille maternelle centrée au tour du parcours de Lucile, sa mère. Pour comprendre le suicide, pour essayer de combler les trous, pour revivre des souvenirs lumineux.
Au risque de se fourvoyer, de dénaturer, de blesser et de se fâcher avec ses proches.

Impressions
Récit touchant.
Dont elle décrit la difficulté du processus d'écriture.
Et s'interroge régulièrement sur le pourquoi écrire cette biographie, même imparfaite, plutôt qu'une fiction.

"J'écris ce livre parce que j'ai la force de m'arrêter aujourd'hui sur ce qui me traverse et parfois m'envahit, parce que je veux savoir ce que je transmets, parce que je veux cesser d'avoir peur qu'il nous arrive quelque chose comme si nous vivions sous l'emprise d'une malédiction, pouvoir profiter de ma chance, de mon énergie, de ma joie, sans penser que quelque chose de terrible va nous anéantir et que la douleur, toujours, nous attendra dans l'ombre.

Premières impressions: quel destin sombre pour la fratrie de la mère de Lucille est cruel. Le nombre de frères morts jeunes est , que de fréquents suicides dans l'entourage !

"Je ne me suis jamais vraiment intéressée à la psychogénéalogie ni aux phénomènes de répétition transmis d'une génération à une autre qui passionnent certains de mes amis. J'ignore comment ces choses (l'inceste, les enfants morts, le suicide, la folie) se transmettent.
Le fait est qu'elles traversent les familles de part en part, comme d'impitoyables malédictions, laissent des empreintes qui résistent au temps et au déni."

L'écrivaine se met en danger mais poursuit.
"Avais-je besoin d'écrire ça? Ce à quoi, sans hésitation, j'ai répondu que non. J'avais besoin d'écrire et ne pouvais rien écrire d'autre, rien d'autre que ça. La nuance était de taille."
"L’écriture me met à nu, détruit une à une mes barrières de protection, défait en silence mon propre périmètre de sécurité"

Nous entrons par la petite porte dans cette famille pour le moins atypique et assistons à leur vie au quotidien, ainsi qu’à tous les grands événements qui ont marqué la famille en général et plusieurs de ses membres en particulier.
En dépit de cet aspect 'exercice' personnel qui amène à pénétrer dans l'intimité de cette famille, j'ai été 'embarqué' par ce récit sensible. La personnalité si complexe de Lucile m'a bouleversé; une femme bipolaire, qui doit lutter contre sa souffrance psychique, pour continuer sa route, pour continuer à prendre soin de ses deux enfants. Les mots de l'auteure m'ont touché, par leur sincérité, par leur humanité.

Du pouvoir de destruction du Verbe mais aussi du silence. Un livre très personnel, s sensible et touchant.

Une grand nombre de prix ont récompensé ce roman:
  • Elle - Grand Prix des lectrices - Roman - 2012
  • Madame Figaro - Grand prix de l'héroïne - Roman - 2012
  • Fnac - Roman - 2011
  • France Télévisions - Roman - 2011
  • Renaudot - Prix des Lycéens - 2011

lundi 22 mars 2021

442: 'La septième fonction du langage' de Laurent Binet

Genre : farce burlesque polaro-politico-intellectuelle

Histoire

Le point de départ est la mort du philosophe Roland Barthes, renversé par une camionnette de blanchisserie le 25 février 1980. L'hypothèse de Laurent Binet, l'auteur, est qu'il s'agit d'un assassinat...
Le commissaire Bayard est chargé d'enquêter sur cette hypothèse. Il s'adjoint d'un second en la personne d'un jeune professeur en sémiologie, Simon Herzog, pour l'aider à traduire les propos de ces intellectuels que le commissaire ne comprend pas.

"- Je vous réquisitionne. Vous m'avez l'air un peu mois abruti que les chevelus habituels et j'ai besoin d'un traducteur pour toutes ces conneries."

Et ce duo remonte 'méthodiquement' le fil des dernières rencontres du philosophe avant son accident.



Impressions

Conspiration fictive autour d'une arme du langage issue de la sémiologie, la science des signes.

Roman loufoque, où l'auteur prend prétexte de cette hypothèse d'assassinat pour imaginer des scènes incongrues et parfois même diffamatoires, avec des personnages célèbres, certaines décédées et d'autres encore parmi nous.


Dans la première partie du roman qui prend place en France, les deux enquêteurs croisent le milieu intellectuel des années 80. Ce milieu des philosophes post-modernistes constitue le cadre autour duquel le récit tourne. L'auteur ne se prive pas de s'en moquer, voire de les ridiculiser.

Jacques Derrida, Roland Barthes, Jacques Lacan
Michel Foucault, Gilles Deleuze, jean-François Lyotard

Dans le café de Flore, Françoise Sagan lit à Jean-Paul Sartre les définitions d'une grille de mots croisés du journal 'Le Monde'. Une rencontre qui s'est réellement passée ?
François Sagan sur la terrasse du Flore


Jean-Paul Sartre et Simone de Beauvoir au café Flore

Jean-Edern Hallier fait irruption dans le café Flore, agité et exubérant, faisant du ramdam. Episode furtif du roman, mais la folie agitée est bien annoncée.
Jean-Edern Hallier, fou Hallier ?
(En cherchant qui était cet écrivain.
Ce grand esprit diplômé d’Oxford et terriblement ambitieux a échoué à imposer définitivement une œuvre. Ni Les Aventures d’une jeune fille, qu’Hallier destinait au Médicis, ni Le Grand Ecrivain ou La Cause des peuples, qu’il aurait bien vus remporter le Goncourt, n’ont reçu ces prestigieuses récompenses. De là va naître une certaine rancœur à l’égard des nobliaux de l’aristocratie littéraire, qui prendra la forme de nombreuses piques cinglantes tout au long de sa carrière.)
L'hypothèse connue de son assassinat aurait pu être à l'origine d'un roman comme celui blogué dans cet article !

Michel Foucault, philosophe français (1926-1984)
Le philosophe Michel Foucault joue un rôle majeur dans le récit. Avec des scènes qui ne sont pas nécessairement flatteuses. Ainsi par exemple, alors que le commissaire l'interroge dans un sauna -les Bains Diderot- le philosophe reçoit une fellation par un de ses gigolos...
"Foucault, caressant la tête du jeune homme qui s'affaire entre ses jambes: "Roland avait un secret, vous savez..."


BHL n'est pas non plus épargné par l'écrivain. Par exemple, il se fait caresser l'entrejambe par le pied de la maîtresse de Lacan sous la table de la maîtresse de maison Julia Kristeva. Ou se fait jeter par un groupe d'intellectuels qui prévoit que BHL reviendra par une autre porte...

Autres 'cibles' de raillerie, l'écrivain Philippe Sollers et sa femme Julia Kristeva, qui sont également des personnages clés du roman.
    L'écrivain dans le rôle du mégalo narcissique qui s'écoute parler.
    Julia dans un costume d'espionne bulgare sans état d'âme.
Le burlesque et le ridicule ne leur sont pas épargnés, comme quand le couple et BHL débarquent à l'hôpital où Roland Barthes est alité. 
Barouf  théâtral !
"C'est un mouroir ! C'est un scandale ! De quoi se moque-t-on ?"
Philippe Sollers (écrivain français) et sa femmes Julia Kristeva ( philologue, psychanalyste et femme de lettres française d'origine bulgare)

Jaques Derrida joue aussi un rôle important dans l'enquête, finissant 'déconstruit' tel sa doctrine philosophique... 


Dans un épisode assez court, le philosophe Deleuze reçoit chez lui le duo Bayard-Herzog tandis que la télévision retransmet un match où s'affrontent Connors et Borg à Roland Garros.
"- Houla ! La vérité... Où c'est qu'elle commence, où c'est qu'elle finit.. On est toujours au milieu de quelque chose, vous savez."
Gilles Deleuze, philosophe français (1925 -1995)

Le philosophe Louis Althusser intervient aussi dans ce feuilleton rocambolesque.
Ce fut un des meneurs de la Révolution de mai 1968. Althusser enseigna à l’Ecole normale (ENS rue d’Ulm) depuis 1948, et dans ses premières années eut pour élève Michel Foucault, au coeur du roman de Laurent Binet; plus tard, ce seront Alain Badiou, Jacques Rancière ou Bernard-Henri Lévy.

Et comme raconté dans le roman, le 16 novembre 1980, il étrangle réellement Hélène Rytmann, dans ce qui a été considéré comme un accès de démence, lui évitant un procès

Louis Althusser et sa femme Hélène

Ce roman est aussi le prétexte à citer les intellectuels suivants qualifiés d''ennemis' de Barthes.
Alain Badiou

  Pierre Bourdieu

Pierre Vidal-Naquet

Cornelius Castoriadis

En interaction avec ces penseurs, les hommes politiques clés de 1980 interviennent aussi, plus qu'on ne le pense (mais je ne souhaite pas 'spoiler' l'intrigue...).

Le duo est reçu par Valérie Giscard d'Estaing où trône derrière son bureau massif une peinture de Delacroix,  "La Grèce sur les ruines de Missolonghi".
"Peut-être ,n'ai-je pas le sens du tragique de l'histoire, mais du moins je ressens l'émotion de la beauté tragique devant cette jeune femme, blessée au côté, qui porte l'espoir de la libération de son peuple !."

L'auteur décrit des réunions stratégiques de la garde rapprochée de Mitterand, Lang, Moati, Fabius, Attali, Debray, Badinter; ils cogitent en perspective des élections présidentielles. Avec en écho, l'évocation de l''incroyable coup de gueule de Balavoine face à Mitterand sur un plateau télévision le 19 mars 1980.

" [...] il est 13h30 et Mitterand a mille ans."


J'arrête de lister les protagonistes de cette histoire, reconnaissant que cette effervescence a contribué à rendre très vivant ce roman, mais aussi a établi une ambiance cacophonique.

Je terminerai par noter que ce roman est divisé en 5 chapitres, chacun défini par un lieu différent. Paris, Bologne, Ithaca (université de Cornell), Venise et enfin Paris.
Toujours plaisant de voyager, et ainsi... 
- d'assister à une fête dans la Ca' Rezzonico (« Maison Rezzonico ») de Venise, 
- de s'amuser d'une anecdote citée par Sollers autour de la statue de Campo Santo Stefano ou Morosini à Venise que les Vénitiens surnomment il Cagalibri (le chieur de livres),
- de découvrir 'la tempête'  de Giorgione datée entre 1506 et 1508, oeuvre reconnue comme étant le premier tableau de paysage,
- ou enfin d'apprendre que le cerveau d'Edward H. Rulloff, un célèbre tueur en série américain, est conservé dans du formol à l'université de Cornell...

Il Cagalibri à Venise

'La Tempête' de Giorgione, conservée aux Gallerie dell'Accademia de Venise


Cerveau d'Edward H. Rulloff, un célèbre tueur en série conservé à l'université de Cornell

Bref, vous l'aurez compris, ce roman est un gros foutoir.
L'écriture est fluide, et heureusement. Car en refermant ce livre, je me dis que c'était drôle et relevé mais que la farce aurait pu être plus courte. Par exemple les duels de langage du Club privé se multiplient, les rebondissements impossibles à la James Bond finissent par lasser.
En fait c'est un goût de trop qui subsiste sur la langue, de saturation en discours d'érudition philosophique, en joutes verbales, un sentiment d'excès de multiplication de personnages secondaires,  d'attentats et de tentatives d'assassinats loupés pour nos 2 guignols, de décès successifs dans l'entourage, de doigts coupés...
Toute cette aventure pour au final peu de chose. Et comme dit par Simon, 'Quel gâchis.
- Barthes, Hamed, son copain Saïd, le Bulgare du Pont-Neuf, le Bulgare de la DS, Derrida, Searle... Ils sont morts pour rien. Ils sont morts pour que Sollers puisse se faire couper les couilles à Venise parce qu'il n'avait pas le bon document. Depuis le début nous avons poursuivi une chimère.'

Roman policier sur fond politique et philosophique complètement barré. Un moment de lecture assez jubilatoire mais hélas trop de longueurs qui m'ont amené à saturation.

Une excellente analyse du roman: 

samedi 13 mars 2021

441: 'Purge' de Sofi Oksanen

Genre : deux naufragées brisées par une Histoire douloureuse

Histoire

La vieille Aliide vit seule dans sa ferme de la campagne estonienne.
Une jeune femme, Zara, brisée et en très grande détresse, échoue dans le jardin.
La forte peur réciproque réussira-t-elle à s'effacer en regard de la souffrance partagée de ces 2 femmes ?


Impressions

Les thèmes soulevés par cette histoire familiale sont lourds du passé historique de ce petit pays balte.

La vie d'Aliide aura été gangrenée par la jalousie, la trahison, la manipulation, l'amour désavoué, la lâcheté, des sentiments exacerbés par la peur, la terreur instaurée par les régimes politiques successifs qui oppressent les Estoniens. 
En 1992, l'Estonie a retrouvé son indépendance à l'issue d'un processus pacifique après la chute de l'Union Soviétique. Mais avant cette daté rédemptrice, les estoniens auront été pris en étau entre les nazis et les soviétiques qui régnèrent en maîtres sanguinaires, favorisant la délation, pratiquant la torture et organisant des déportations massives. Il y eut ainsi une série de déportations massives par l'Union soviétique d'Estonie en 1941 et 1945-1951. Les deux plus grandes vagues de déportations se sont produites simultanément en juin 1941 et mars 1949 dans les trois États baltes.

La jeune Zara, en plus de porter l'héritage du passé de sa famille, a perdu le contrôle de son destin, prisonnière de violents mafieux russes qui la prostituent, la séquestrent et l'enfoncent dans une déchéance sans fin.

Ces deux femmes partagent l'expérience de la souffrance physique au plus intime de leur corps. Elles connaissent aussi toutes les deux le poids de la peur quotidienne qui transit de froid.

"Mais la terreur de la fille était tellement vive qu’Aliide la ressentit soudain en elle-même…Mais maintenant qu’il y avait dans sa cuisine une fille qui dégoulinait de peur par tous les pores sur sa toile cirée … . La peur s’installait là, en faisant comme chez soi. Comme si elle ne s’était jamais absentée. Comme si elle ne s’était absentée. Comme si elle était juste allée se promener quelque part et que, le soir venu, elle rentrait à la maison."

La construction est intelligente et complexe, recourt à de très nombreux flashbacks qui progressivement soulèvent le voile sur les secrets sombres du passé.
Un roman poignant et utile pour ne pas oublier la violence de l'Histoire sur les Hommes et encore plus particulièrement envers les femmes.


Un roman sombre sur une histoire familiale meurtrie par la grande Histoire de l'Estonie. A lire pour ne pas oublier et lutter contre les oppresseurs d'aujourd'hui et demain.

Prix du roman FNAC 2010 et prix Femina - Etranger-  2010

Sofi Oksanen est une écrivaine finlandaise.
Elle est née en 1977 d'un père finlandais électricien et d'une mère estonienne ingénieure ayant émigré en Finlande dans les années 1970.
Avant de se consacrer à l'écriture, elle étudie la littérature à l'Université de Jyväskylä et à l'Université d'Helsinki ainsi que la dramaturgie à l'Académie de Théâtre d'Helsinki.
Elle est devenue en trois romans et quelques pièces de théâtre un personnage incontournable de la scène littéraire finlandaise.

jeudi 25 février 2021

440: ' De pierre et d'os' de Bérangère Cournut

Genre : Uqsuralik - femme de pierre au caractère d'ours, au nom d'hermine

Histoire

Uqsuralik se retrouve livrée à elle-même suite à une fracture de la banquise qui l'a séparée de sa famille.
Seule avec 4 chiens, elle doit affronter la dure loi de la nature et des hommes. Et devenir une femme. 

Impressions

Survie picaresque en milieu hostile d'une jeune femme inuit.

Froid glacial, blizzard pénétrant, où la famine peut décimer toute la tribu.
Et pour survivre, il faut se nourrir et donc il faut savoir chasser le caribou, le bœuf musqué, l'ours, et pêcher et harponner phoques et morses en se déplaçant à bord de kayak.
Uqsuralik apprend vite et est douée.

"Le quatrième jour, je commence à mâcher la peau de mes bottes, qui est la plus fraîche, la plus mangeable de tous mes vêtements. J’ai si froid que mes jambes commencent à durcir."


Pour survivre il faut que les clans se réunissent pour les naissances et les deuils, ou quand les éléments de la nature deviennent trop hostiles.
Les familles doivent alors gérer cruauté, inimité, jalousies entre les hommes mais aussi bonté, amour, solidarité, entraides, réconciliation, surtout entre les femmes.
Uqsuralik, orpheline et très vite veuve, réussit à se faire accepter par les autres.

"Tu es déjà quelqu'un d'étrange, à mi-chemin entre l'homme et la femme, l'orpheline et le chasseur, l'ours et l'hermine. ...Qui sait ce que tu peux encore devenir ?"


Pour survivre, les esprits aident les Inuits à comprendre l'invisible.
Les Inuits animistes invoquent les esprits, respectent la figure tutélaire du chamane, croient aux histoires mythiques (le géant, l’homme lumière…).
Uqsuralik est initiée par la vieille Sauniq, puis par le chamane Naja.
Et elle est douée.

"Naja m’a aidée à atteindre cet état d’extase qui permet de rejoindre l’espace céleste. Je sais maintenant, grâce à mon propre chant, me propulser hors de mon corps jusqu'au monde des esprits. J’apprends petit à petit à dialoguer avec eux sans avoir peur. Le voyage est pourtant terrifiant."

Portrait de Magito, jeune Inuit de Netsilik, dans le Nunavut (Canada).
(Photo anonyme, 1903-1905 Bibliothèque nationale de Norvège)

Ce récit est très documenté sur les us et les coutumes de ce peuple arctique; l'auteure s'est inspirée de nombreux ouvrages et des documents de la Bibliothèque centrale du Muséum national d'histoire naturelle de Paris. 

Le grand mérite de ce roman est de nous faire partager au quotidien la vie des Inuits à travers un récit initiatique et poétique. Ce n'est pas un ouvrage scientifique aride, mais réellement une belle écriture simple et fluide qui nous immerge dans la culture ancestrale de ce peuple malmené par la modernité.
Des poèmes constellent le récit, des cris, des chants, hantés de personnages fabuleux ou créatures magiques.

Un très beau livre. Conte délicat dans un univers extrême. Poétique et magnétique.
Prix du roman FNAC 2019

vendredi 12 février 2021

439: 'Les Indes Fourbes' de Alain Ayrolles & Juanjo Guarnido - Roman graphique

Genre :  "Tu ne travailleras point"

Histoire

Roman graphique d'aventures picaresques.
Don Pablos de Ségovie fait le récit de ses aventures picaresques dans cette Amérique qu'on appelait encore les Indes au siècle d'or.

Éditée en 2019.
Juanjo Guarnido est le dessinateur,
Alain Ayrolles le scénariste.


Impressions
 
Un épais roman graphique de 160 pages.

Scénario extrêmement bien construit en trois actes, une véritable horlogerie de flashbacks, épicée de retournements de situation,  d'humour.
Comme écrit sur la couverture, le scénario s'inspire d'un roman « La vie de l'aventurier don Pablos de Ségovie », écrit par Francisco de Quevedo, auteur majeur de la littérature espagnole durant le Siècle d'or (1580-1645) . Ce récit graphique est présenté comme le second volume de ce roman espagnol qui se termine au moment où Pablos s'embarque pour les « Indes »,


Dopé par un fort instinct de survie, le vaurien est un farouche activiste du moindre effort. Il suit en cela un des commandements de son père : « Tu ne travailleras point ».
Le rythme est enlevé, le graphisme coloré impulse de l'énergie au récit.
Seul bémol personnel, je ne suis pas complètement séduit par le dessin, même si certaines pleines pages sont magnifiques, notamment les paysages luxuriants de la jungle chatoyante et de l'Eldorado.
Les traits crayonnés et colorisés à l'ancienne sont expressifs et de couleurs vives, mais trop à mon goût. J'ai regretté que cette maîtrise ne soit pas mise au service d'un dessin plus poétique et aux personnages moins caricaturaux.



Un canular brillant au scénario magistralement construit. 



438: 'Je voudrais que quelqu'un m'attende quelque part' d'Anna Gavalda

Genre : kaléidoscope de tranches de vie

Histoire

Récit de douze nouvelles.
Un roman sur le cours ordinaire de la vie.


Impressions
 
Toujours un grand plaisir de se plonger dans une oeuvre de cette auteure. (Son premier, édité en 1999)
Pas d'histoires extraordinaires, ces nouvelles racontent le vide et la solitude qu'on peut parfois ressentir, les espoirs et les amours qui nous animent, les joies et les peines ordinaires qui jalonnent notre route.
Anna Gavalda traite avec justesse et légèreté de ces aléas de nos vies, dans un style sans prétention. Rien d'héroïque, juste des humains.

S'égrènent:
  1. L'espoir d'une rencontre qui n'aboutit pas
  2. L'espoir d'une femme enceinte
  3. Les pensées silencieuses de 2 bourgeois dans leur voiture luxueuse
  4. Une étudiante qui rêve de rencontrer un compagnon
  5. Un musicien qui trouve l'amour sans l'avoir anticipé
  6. Un jeune bidasse qui rentre en permission rentre chez lui
  7. La découverte des conséquences désastreuses de l'incivilité d'un chauffard
  8. Une vétérinaire de campagne victime d'hommes-porcs
  9. De l'insouciance des milieux favorisés
  10. D'un amour ancien qui ne s'éteint pas
  11. D'un homme amoureux qui s'achète un clic-clac
  12. L'espoir d'une auteure qui présente son manuscrit à un éditeur
 "-Je me demandais si vous accepteriez de dîner avec moi ce soir...
Dans ma tête, je pense « Comme c’est romantique...» mais je réponds :
— C’est un peu rapide, non ?
Le voilà qui me répond du tac au tac et je vous promets que c’est vrai :
— Je vous l’accorde, c’est rapide. Mais en vous regardant vous éloigner, je me suis dit : c’est trop bête, voilà une femme que je croise dans la rue, je lui souris, elle me sourit, nous nous frôlons5 et nous allons nous perdre... C’est trop bête, non vraiment, c’est même absurde."

"Il sait parfaitement qu'il n'a aimé qu'elle... Qu'elle l'a laissé tombé comme un truc encombrant et inutile. Qu'elle ne lui a jamais tendu la main ou écrit un petit mot pour lui dire de se relever. Pour lui avouer qu'elle n'était pas si bien que ça. Qu'il valait mieux qu'elle. Ou bien qu'elle avait fait l'erreur de sa vie et qu'elle l'avait regretté en secret... Lui dire que pendant douze ans, elle avait morflé elle aussi et que maintenant... elle allait mourir..."

 "Au bout de combien de temps oublie-t-on l'odeur de celui qui vous a aimée ? Et quand cesse-t-on d'aimer à son tour ?
Qu'on me donne un sablier.

"On m'apporte surtout des chiens ou des chats. Plusieurs cas de figures : on me l'amène pour le piquer parce qu'ils souffre trop, on me l'amène pour le soigner parce que celui-là, y donne bien à la chasse ou, plus rare, on me l'amène pour un vaccin et là, c'est un Parisien."

Une lecture pas joyeuse mais agréable. Pas un roman inoubliable mais parfait pour s'évader au coin du feu.

grand prix RTL-Lire  en 2000



jeudi 4 février 2021

437: 'La Reine libertine, la Reine Margot' de Michel de Decker

Genre : récit historique d'une période mouvementée

Histoire
Vie de la Reine Margot.


Impressions
Voici un ouvrage qui peint avec verve la période historique très agitée de la fin du XV-ième début du XVI-ième siècle, notamment marquée par quelques événements tragiques comme le célèbre massacre de la Saint-Barthélemy dans la nuit du 23 au 24 août 1572, pendant lequel des milliers de protestants sont assassinés.

L'écriture est rythmée, les anecdotes nombreuses.

On apprend que  les femmes vertueuses de l’époque ne portent pas de culottes à partir de leur 14 ans. Avant cela, les petites filles étaient autorisées à porter une sorte de panty bouffant en coton.La Reine Catherine de Médicis (1519-1589) tenta tout de même une mode du pantalon pour les dames de la cour, mais en vain, puisque elle ne durera que quelques années.

Les portraits de femmes remarquables s'enchaînent.

Isabelle de Limeuil, un des fleurons du fameux "escadron volant". Cet "escadron" était constitué de demoiselles de compagnie de la reine mère, toutes de très bonne famille, belles et cultivées. Nombre d'entre elles auraient été chargées d’espionner, de soutirer des confidences sur l'oreiller, voire de manipuler, pour le compte de Catherine de Médicis, des personnages importants du royaume ou des ambassadeurs étrangers.
C'est ainsi qu'Isabelle de Limeuil tomba enceinte de ... Louis Ier de Bourbon prince de Condé, chef des troupes huguenotes. Écartée par la reine qui montra sa réprobation, elle fut envoyée un temps au couvent des Cordelières d’Auxonne avant d'être finalement libérée.

Diane de Poitiers ordonnait à son amant Henri II d'honorer son épouse, Catherine de Médicis, pour donner des héritiers à la Couronne...
   
Diane de Poitiers au bain  et,  Diane de Poitiers à 60 ans, ici peinte par François Clouet, qui en paraissait vingt de moins, suscitant bien des jalousies.

Veuve à 32 ans, Diane de Poitiers est chargée par François Ier de veiller à l'éducation de son fils Henri. Adolescent ténébreux, celui-ci ne tarde pas à tomber dans les bras de sa belle préceptrice, malgré les vingt ans qui les séparent.

Et évidemment, Marguerite de France, l'héroïne de cette biographie. Surnommée Margot à partir du xixe siècle, cette princesse de la branche de Valois-Angoulême de la dynastie capétienne est née le 14 mai 1553 et morte le 27 mars 1615. Elle était fille du roi Henri II et de Catherine de Médicis et la sœur des rois François II, Charles IX et Henri III.


Que de morts dans cette histoire, souvent dans des conditions difficiles même pour les rois.

Par exemple, en 1559, le roi Henri II, mari de Catherine de Médicis, blessé mortellement d’un coup de lance par le comte de Montgomery lors d’un tournoi, mourut dans de cruelles souffrances dix jours plus tard. '[...] la lance avait pénétré dans son œil droit avant de sortir par l'oreille."...

Et en particulier, on apprend qu'il ne fait pas 'bon' de fricoter avec Margot. Elle attire les Gros ennuis, la mort étant au menu...

Peu après son mariage en 1572, la reine de Navarre tombe amoureuse de Boniface de La Môle, un beau seigneur aux nombreuses conquêtes. Ce dernier fut impliqué dans un complot contre le frère de Marguerite, Charles IX. La reine de Navarre l’appris et mis en garde son frère adoré. Résultat : Boniface de La Môle fut décapité, causant un profond chagrin à la reine Margot.


A la fin des années 1560, une idylle naît entre Marguerite et Henri de Lorraine, duc de Guise.  Mais Henri de Guise met en péril le roi Henri III qui fait une entrée triomphale à Paris où une véritable émeute éclate. Après la journée des Barricades (12 mai 1588), Henri III doit fuir la capitale. Pour éliminer son rival, il ne reste plus au roi que la ruse. Il feint d'approuver la Ligue et nomme Guise lieutenant général du royaume. À l'occasion de la réunion des états généraux à Blois, où le duc, convoqué, fait figure de véritable souverain, Henri III le fait poignarder, le 23 décembre 1588, par les gentilshommes de sa garde.


Un récit historique très vivant. Qui fait s'interroger sur cette appellation de reine libertine en regard des mœurs de ses contemporains qui ne se privaient pas de mener aussi une vie volage ?

Donne envie de lire La reine Margot / Dumas, Alexandre (1802-1870). 

Les livres qui m'ont marqué... (pas tous chroniqués)

  • 'Beloved' & 'Jazz' de Toni Morrison
  • 'Charlotte' de David Foenkinos
  • 'Crime et châtiment' de Dostoievski
  • 'Kite runner' de Khaled Hosseini
  • 'La joueuse de go" de Shan Sa
  • 'Le quatrième mur' 'Profession du père' de Sorj Chalandon
  • 'Les enfants de Minuit' de Salman Rushdie
  • 'Sombre dimanche' & "L'art de perdre" d'Alice Zeniter
  • 'Sous le soleil des Scorta' et 'Eldorado' de Laurent Gaudé
  • "1984" de George Orwell
  • "Au Zénith" de Dong Thuong Huong
  • "Candide" de Voltaire
  • "En attendant Godot" de Samuel Beckett
  • "Fanrenheit 451" de Bradbury
  • "L'écume des jours" de Boris Vian
  • "L'insoutenable légéreté de l'être", de Milan Kundera
  • "L'œuvre au noir" de Marguerite Yourcenar
  • "L'ombre du vent" de Carlos Ruis Zafon
  • "La métamorphose" de Kafka
  • "La vie devant soi" de Romain Gary
  • "Le Hussard sur le toit" et "Les âmes fortes" de Jean Giono
  • "Le parfum" de Patrick Suskind
  • "Le Portrait de Dorian Gray" d'Oscar Wilde
  • "Le rouge et le noir" de Stendhal
  • "Les Cavaliers" de Joseph Kessel
  • "Les Déferlantes" de Claudie Gallay
  • "Les Raisins de la Colère" de John Steinbeck
  • "Malevil" de Robert Merle
  • "Mr Vertigo" de Paul Auster
  • "Sur la route" de Jack Kerouac
  • à suivre
  • L'univers de Haruki Murakami
  • Les contes d'Alessandra Barrico
  • Les polars de Fréd Vargas
  • Les romans de Sepulveda
  • Les romans de Yasunari Kawabata

Grand Canyon

Grand Canyon