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Liste par auteurs & titres dans Kronik list

vendredi 8 novembre 2019

390: 'Tokyo Sanpo' de Florent Flavouet, BD

Genre :  "Il paraît que Tokyo est la plus belle des villes moches du monde"

Histoire
Florent a accompagné sa copine en stage de 6 mois à Tokyo en juin 2006.
Six mois pour explorer cette mégalopole en croquant les scènes du quotidien dans plusieurs quartiers, armé d'une chaise pliante et d'une boîte de crayons de couleur.





Impressions
Ce n'est pas un guide Vert ou du Routard, ni une étude sociologique des Tokyoïtes, ni un roman graphique.
C'est un carnet de voyage, illustré de croquis souvent craquants des gens, des immeubles étonnants, d'anecdotes, des objets en vente pour lesquels il collectionne les étiquettes qu'il ne comprend pas... 
Les dessins sont soignés, le graphisme est vivant et animé de détails humoristiques.




L'auteur enrichit ses croquis de nombreuses descriptions, d'impressions personnelles et de réflexions générales. "A mon retour en France, on m'a demandé si c'était bien, la Chine. Ce à quoi j'ai répondu que les Japonais, en tout cas, y étaient très accueillants."




"Un peu spécial le nô.
J'ai pas trop suivi ce qui se tramait, mais à la fin du dernier spectacle, un acteur a balancé plein de petits paquets d'apéro à la foule. Et une dame m'en a donné.
Imaginez André Dussollier jeter des Apéricube à son public."

Je reviens d'un séjour à Tokyo, et la lecture des pages de ce recueil graphique me replonge avec plaisir dans ces quartiers où comme l'auteur j'ai la chance de venir assez régulièrement et d'éprouver énormément de plaisir à déambuler.

Gros coup de cœur. Quel regard d'observation et quel coup de crayon !

Petite suggestion: allez sur son blog 
https://florentchavouet.blogspot.com/

lundi 4 novembre 2019

389: 'Le capital au XXIè siècle' de Thomas Piketty

Genre : des inégalités de la répartition des richesses

Histoire
Thomas Piketty traite de l’évolution de la répartition des richesses dans le long terme et du rapport entre l’accumulation de capital privé et sa concentration. Il s’agit, « au début de ce siècle de tirer de l’expérience des siècles passés quelques modestes clefs pour l’avenir » portant sur l’évolution des inégalités de revenu et de patrimoine tout en sachant que « l’histoire invente ses propres voies » 

Impressions

Il faut un grand élan de courage ou d'inconscience pour se lancer dans ce pavé de presque 1000 pages dans son édition initiale...
Certes l'écriture et les explications sont accessibles pour un non initié à la science de l'économie et du social, mais c'est dans le dur avec de nombreuses références que l'étude est présentée.

Dans le monde de l’enseignement et de la recherche, Piketty se situe avec un certain panache du côté de celles et ceux qui cherchent à résister à l’emprise presque sans faille que les néolibéraux ont établie sur les départements de science économique et sur la section économie du CNRS.

"Il est français, économiste et, selon certains de ses critiques, marxiste. Et pourtant, le pavé de 685 pages qu'il a fait paraître sous le titre Le Capital au XXIe siècle trône depuis mardi dernier au sommet de la liste des best-sellers de la version américaine d'Amazon."


En effet c'est un livre édité en 2013 qui a eu un succès retentissant, surtout en regard de son aridité et de son caractère critique de la pensée dominante des dirigeants et de la sphère des économistes.
Une analyse reposant sur une étude approfondie des données mondiales en impositions et patrimoines qui permet de mettre à plat les dogmes. Et surtout qui met sur la table de manière factuelle les situations paradoxales que les dirigeants s'évertuent à faire paraître comme naturelles et inexorables.

Par exemple les efforts  continuellement demandés en agitant l’épouvantail de la dette publique ...

Il n'en reste pas moins qu'avec une dette publique avoisinant une année de revenu national (environ 90 % du PIB) en moyenne dans les pays riches le monde développé se retrouve aujourd'hui avec un niveau d'endettement qu'il n'avait pas connu depuis 1945. Le monde émergent, qui est pourtant plus pauvre que le monde riche, à la fois en revenu et en capital, a une dette publique beaucoup plus modérée (autour de 30 % du PIB en moyenne). Cela montre à quel point la question de la dette publique est une question de répartition de la richesse, en particulier entre acteurs publics et privés, et non pas une question de niveau absolu de la richesse. Le monde riche est riche ; ce sont ses États qui sont pauvres. Le cas le plus extrême est celui de l'Europe, qui est à la fois le continent où les patrimoines privés sont les plus élevés du monde et celui qui a le plus de mal à résoudre sa crise de la dette publique. Étrange paradoxe."

Ou le mythe de l'autorégulation du système capitaliste pour le bienfait des citoyens grâce à un mécanisme naturel et vertueux...

Mais une conclusion apparaît d'ores et déjà clairement : il serait illusoire d'imaginer qu'il existe dans la structure de la croissance moderne, ou dans les lois de l'économie de marché, des forces de convergence menant naturellement à une réduction des inégalités patrimoniales ou à une harmonieuse stabilisation.

Le fondement théorique en est (p.92-93) une « inégalité fondamentale », pour ne pas dire une loi, qui ne peut être corrigée que par l’action politique et des mesures étatiques. Elle se résume dans la notation toute simple r > g, qui dit que le taux de rendement du capital, lequel comprend les profits, les dividendes et les intérêts nourrissant la rente financière, mais aussi les loyers attenants à la rente immobilière à laquelle Piketty prête fort justement grande attention, est tendanciellement supérieur au taux de croissance. Le constat statistique est que, sur un siècle et demi, le rendement du capital après impôt a été de l’ordre de 4 à 5 % par an, tandis que la croissance moyenne des pays riches a été de l’ordre de 1 à 2 %, conduisant mécaniquement à une concentration toujours plus élevée des patrimoines. 

La lecture du livre section par section est généralement claire et facile, sa structure en rend le maniement ardu et l’accessibilité assez difficile.


Conclusion: une lecture ardue et extrêmement riche. L'auteur conseille son ouvrage plus récent 'Capital et idéologie'.

Thomas Piketty

Directeur d'études à l'EHESS et professeur à l'École d'économie de Paris, il est l'auteur de nombreux travaux historiques et théoriques consacrés à la relation entre développement économique, répartition des richesses, et conflit politique.

jeudi 31 octobre 2019

388: 'La Sudestada' de Saenz Valiente, BD

Genre : bougon mais pas insensible 

Histoire
Jorge est un détective, désabusé et pas aimable pour un sou.
Le mari de la célèbre chorégraphe Elvira Puente débarque dans son cabinet, persuadé qu’elle a un amant...

Impressions
Coup de cœur.

Je ne connaissais pas cet auteur né à Buenos Aires en 1981 et qui vit toujours en Argentine.
Et quelle belle découverte.

Le graphisme est efficace, gracieux (quelle élégance dans ces dessins de danseuses et danseurs), souligné par des couleurs à l'aquarelle.
Le scénario est dynamique et intelligent, il surprend le lecteur.
Rien d'angélique dans cette enquête de mœurs bien banale, le cynisme et le réalisme prévaut. Les protagonistes de ce récit ne sont pas de jeunes éphèbes, les années ont marqué leurs corps et leurs visages, et ils ne brillent pas par leur charisme (Jorge reconnaît se sentir être 'un connard').

"- Tu sais quoi ? Aujourd'hui il m'est arrivé quelque chose qui ne m'arrivait plus depuis longtemps ?
- Quoi ?

- Je me suis senti un vrai connard..."

Et étonnamment, magie de l'auteur, ce roman graphique nous émeut, la coquille du vieux bougon se fissure et on se sent bouleversé.
Le rythme est assez lent et en même temps de nombreux rebondissements ont lieu.
Comme la fluidité de la danse, où le corps se meut dans des mouvements qui peuvent paraître suspendus dans le temps.


Une très belle bande dessinée, au graphisme efficace et élégant, au scénario solide.
Gros coup de cœur !

Vent sec ou pluvieux, le Sudestada sévit dans une grande partie de la région de Río de la Plata (à cheval entre l'Argentine et l'Uruguay).

(En rédigeant cette chronique j'ai découvert que Télérama avait attribué 3 T à cette BD, 'On aime passionnément'.
Une manga repérée par Télérama à rechercher:
Mimikaki - L'étrange volupté auriculaire.
Comme par hasard, un auteur japonais :)

lundi 28 octobre 2019

387: 'La vie des Elfes' de Muriel Barbery

Genre : les elfes ne piquent pas comme les hérissons mais communiquent avec les lièvres 

Histoire
Dans l’entre-deux-guerres, sont contées les destinées parallèles de deux petites filles : Clara, une prodige du piano qui vit en Italie dans les Abruzzes ; et Maria, qui, dans la campagne bourguignonne, a une connexion hors du commun avec la nature...


Impressions
Warning ! Très surprenant roman de Muriel Barbery édité après l''Elégance du Hérisson', et qui n'a rien de commun.

Loin du quotidien contemporain d'une gardienne d'immeuble parisien, nous voici plongés dans un Monde ancien onirique et merveilleux. 
Si vous n'aimez pas les univers fantastiques (mais pas trop tout de même, ce n'est pas Tolkien), passez votre chemin.
Si vous n'appréciez pas un rythme étiré, aussi.
Et si vous n'aimez pas les descriptions avec de nombreux détails, des tournures de phrase complexes et désuètes,  vous risquez de dire comme les Inrockuptibles: 'On s'en fout.'. 

"Le dîner, composé d’une pintade truffée encadrée d’une terrine de foie et d’un pot-au-feu en ravigote (le tout agrémenté de cardons si bien caramélisés que le jus en coulait encore dans les gorges en dépit du vin de côte), fut un éblouissant triomphe. Quand il finit par s’échouer sur une tarte à la crème qu’on avait servie avec les pâtes de coing d’Eugénie (…)”.

(Quand je relis ces phrases, j'ai l'impression d'assister à une dictée de Pivot !!)

Ou comme Télérama, 'Ampoulé et opaque'...

"Ce qui était certain, c'est qu'elle pouvait parler aux animaux avec une aisance qui s'augmentait chaque jour et de la même façon qu'avec les arbres, cela passait par la capture des ­vibrations et des flux qui émanent d'eux, qu'elle lisait comme des relevés topo­logiques et qu'elle distordait légèrement pour faire entendre ses propres pensées."

Voilà c'est dit. Je l'ai vraiment bien vendu !! :)

Alors ai-je lâché avant la fin ce roman -qui n'est en fait que la première partie avec une suite intitulée 'Un étrange pays'- ? :)



Eh non ! Comme la bernique, je me suis accroché et j'ai apprécié la flamboyance de l'écriture, un plaisir lié à la force des mots, à cette écriture raffinée - parfois tarabiscotée- et bouillonnante d'odeurs, de sens magiques. 
Mais ce fut une lecture 'en biais' pour achever les 100 dernières pages, parce qu'à la longue, la flamboyance stylistique écrantée par un sens confus et des actions très lentes, cela finit par lasser le plus tenace :)
Et, je ne lirai sans doute pas la suite.


Une écriture flamboyante que certains peuvent qualifier de maniériste. A moins d'être un 'addict' des belles phrases, vous pouvez éviter de vous perdre chez ces Elfes.

vendredi 25 octobre 2019

386: 'Âme brisée' de Akira Mizubayashi

Genre : contre un monde au garde-à-vous*

Histoire
1938, Tokyo. La Japon est en guerre contre la Chine. La répétition d'un quatuor à cordes sino-japonais est brutalement interrompue par un officier violent accompagné de soldats. Rei, le fils du maître des lieux, assiste à la scène, réfugié et dissimulé dans une armoire...

Impressions
Souvenir, deuil et déracinement, ces thèmes sont magistralement exposés à travers une musique des mots. Ecrit directement en Français ce roman démontre une maîtrise bluffante de cette langue par cet auteur japonais déjà récompensé.

"Rei éprouva comme une brûlure d'estomac, une chaleur acide, à la fois intense et diffuse, qui vous monte à la gorge. Un énorme bloc d'émotions glacées se mettait à fondre peu à peu sous l'effet de cette chaleur intérieure dormante, semblable à celle d'un ours noir d'Amérique en somnolence hivernale, s'éveillant lentement, s'activant progressivement au fur et à mesure de l'arrivée tant attendue du printemps.
Le temps se défossilisait, recommençait à trembler. "

C'est un roman sur la patience, celle des apprentis luthiers qui doivent apprendre patiemment le métier, celle des échanges polis mais vibrants entre ces témoins vieillissant du drame de l'histoire, celle de la reconstruction du violon, hymne à la mémoire de ce père disparu de manière si brutale.

C'est un roman musical, invitant à écouter
- Rosamunde, Op. 26, D 797, une musique de scène en une ouverture et dix parties (dont quatre chantées) composée par Franz Schubert en 1823 
- la chaconne de la partitat N°3 de Bach
- la mémoire d'un ange d'Alban Berg 

Gros coup d'âme !! Touchant, sensible, humain. Merci à Caro pour ce cadeau :)

*Excellent critique du journal 'La Croix'

dimanche 20 octobre 2019

385: 'Et si les chats disparaissaient du monde...' de Genki Kawamura

Genre : petit conte farfelu

Histoire
A 30 ans, le narrateur passe un marché avec le Diable ... 

Impressions
Très court roman, d'où un synoptique décrit de manière lacunaire pour éviter autant que possible de spoiler cette courte fable.
Comment ne pas être interpellé par ce titre terrible pour un amoureux des chats, sans compter la frimousse craquante du chat de la couverture de ce livre...
Le conte s'égrène au rythme des visites journalières du Diable.

L'écriture souffre d'une relative pauvreté stylistique, les dialogues s'articulent dans le registre familier.
Le charme et le plaisir apporté par cet écrit se situent davantage sur le plan philosophique. Cette échéance incontournable qui attend le narrateur l'oblige à s'interroger sur le sens de la vie, sur le rapport souvent futile aux choses de notre quotidien. Qu'est ce qui importe dans la vie ?

"Sans rien dire, j’ai attrapé mon chat pour le serrer contre moi. Il était chaud et doux, j’avais l’impression de porter une écharpe. Je câline souvent ce petit félin sans y penser, mais cette fois-ci c’était différent. C’est ça, la vie, ai-je songé. "

Pas un chef d'oeuvre mais un petit roman à lire avec un chat ronronnant campé confortablement sur vos genoux...

lundi 7 octobre 2019

384: 'Désaccords imparfaits' de Jonathan Coe

Genre : short notices

Histoire
Un recueil de 3 nouvelles avec en bonus un article sur Billy Wilder 'Journal d'une obsession'.

  • 'Ivy et ses bêtises' relate des souvenirs d'enfance hantés
  • '9e/13e'  suit les circonvolutions de l'imagination d'un pianiste en mal de séduction
  • 'Version originale' qui se déroule dans le cadre d'un festival de films d'horreur met en scène un des membres du jury qui découvre qu'un des films a été réalisé par une ancienne amie de cœur éconduite...


Impressions
Les nouvelles ne constituent pas un genre que j'affectionne particulièrement, préférant en général un format plus long où l'auteur a l'espace pour camper des personnages ou des intrigues.
Il se trouve que ce recueil très court est une réussite.
Ces textes différents se rejoignent sur le thème de la musique, du souvenir (enfance, ancien amour), sur les regrets, les rendez-vous ratés. Un parfum de mélancolie mêlé à celui d'un humour léger flotte sur ces récits brefs et denses.

"Il est important que certaines choses demeurent perdues. L'évanescence est une composante essentielle du cinéma."

Et j'aime les accords enrichis d'une neuvième et d'une treizième !

D'accord avec ces désaccords :) Partitions touchantes et mélancoliques.


Les livres qui m'ont marqué... (pas tous chroniqués)

  • 'Beloved' & 'Jazz' de Toni Morrison
  • 'Charlotte' de David Foenkinos
  • 'Crime et châtiment' de Dostoievski
  • 'Kite runner' de Khaled Hosseini
  • 'La joueuse de go" de Shan Sa
  • 'Le quatrième mur' 'Profession du père' de Sorj Chalandon
  • 'Les enfants de Minuit' de Salman Rushdie
  • 'Sombre dimanche' & "L'art de perdre" d'Alice Zeniter
  • 'Sous le soleil des Scorta' et 'Eldorado' de Laurent Gaudé
  • "1984" de George Orwell
  • "Au Zénith" de Dong Thuong Huong
  • "Candide" de Voltaire
  • "En attendant Godot" de Samuel Beckett
  • "Fanrenheit 451" de Bradbury
  • "L'écume des jours" de Boris Vian
  • "L'insoutenable légéreté de l'être", de Milan Kundera
  • "L'œuvre au noir" de Marguerite Yourcenar
  • "L'ombre du vent" de Carlos Ruis Zafon
  • "La métamorphose" de Kafka
  • "La vie devant soi" de Romain Gary
  • "Le Hussard sur le toit" et "Les âmes fortes" de Jean Giono
  • "Le parfum" de Patrick Suskind
  • "Le Portrait de Dorian Gray" d'Oscar Wilde
  • "Le rouge et le noir" de Stendhal
  • "Les Cavaliers" de Joseph Kessel
  • "Les Déferlantes" de Claudie Gallay
  • "Les Raisins de la Colère" de John Steinbeck
  • "Malevil" de Robert Merle
  • "Mr Vertigo" de Paul Auster
  • "Sur la route" de Jack Kerouac
  • à suivre
  • L'univers de Haruki Murakami
  • Les contes d'Alessandra Barrico
  • Les polars de Fréd Vargas
  • Les romans de Sepulveda
  • Les romans de Yasunari Kawabata

Grand Canyon

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