Genre : pour les liseurs de rêves
Histoire
Le narrateur de ce roman est un lycéen de 17 ans qui rencontre une camarade, d’un an sa cadette, dont il tombe éperdument amoureux. Par chance, cet amour est réciproque. Un jour, la jeune fille lui confie qu’elle n’est qu’une ombre et que son « vrai moi » se trouve dans une cité entourée de grandes murailles, où les habitants vivent sans ombre et où paissent des licornes. Elle lui parle aussi d’une bibliothèque où l’on lit de vieux rêves. Puis, un jour, la jeune fille disparaît.
Par amour pour elle, il part à sa recherche et entame une sorte de quête identitaire.
Avec plaisir je retrouve le monde onirique de Murakami. Univers empreint de poésie, de contemplations. Attention, l'engourdissement dans le froid hivernal souvent présent peut tuer les licornes mais aussi contaminer le lecteur :)
Alors quelle intrigue ?
Avant la parution de ce roman, seules deux informations avaient été dévoilées à la presse dont l'accroche : « Une histoire enfermée commence à avancer tranquillement, comme si de vieux rêves étaient réveillés et dénoués dans une archive isolée. »
En effet le thème de l'enfermement dans un « deuxième monde caché » est prégnant, inscrit dans la veine des thèmes récurrents de l’œuvre de Haruki Murakami.
Ces mondes peuvent être oniriques, comme dans Chroniques de l’oiseau à ressort (1994-1995), ou encore physiques et nécessitent un point de passage pour y entrer, comme dans 1Q84, Kafka sur le rivage et Le Meurtre du Commandeur.
Les protagonistes des romans de Haruki Murakami y entrent généralement contre leur volonté, mais y résolvent leurs problèmes:
- Les amoureux de jeunesse Tengo et Aomamé se retrouvent dans le monde de l’année 1Q84,
- Toru Okada parvient à retrouver sa femme évaporée dans l’étrange chambre 208 dans Chroniques de l’oiseau à ressort
- Kafka Tamura rencontre une version plus jeune de Mlle Saeki dans Kafka sur le rivage.
Dans la Cité aux murs incertains, les personnages choisissent de se rendre dans cette ville mystérieuse. Elle est réservée à celles et ceux qui ne trouvent pas leur place dans le monde contemporain. Bien qu’il soit quasiment impossible d’en sortir, le narrateur parvient à faire des va-et-vient entre ces deux mondes.
La construction narrative de ces va-et-vientest talentueuse, mêlant les mondes réel et fictionnel avec fluidité.
Un élément assez étonnant est le thème omniprésent du désir inassouvi, proscrivant tout acte charnel. Les personnages sont quasiment asexués, à l'image des Licornes de la Cité.
Rien d'étonnant quand on comprend que les protagonistes de l'histoire sont des ombres, des fantômes. La Cité au murs incertains nous raconte le destin de personnages qui n’arrivent pas à s’ancrer dans le monde, pour divers motifs. Même le narrateur, archétype du héros murakamien, 'flotte', personnage décalé et dépressif. ll est solitaire, aime lire, écoute du jazz et de la musique classique, et trouve du réconfort dans la répétition du quotidien.
J'ai apprécié cette lecture mais je dois reconnaître qu'il peut ennuyer de nombreux lecteurs et lectrices, d'autant plus que je concède que ce n'est pas le meilleur. De plus une critique largement relayée par les réseaux sociaux est qu'il s'agit d'une reprise d'un de ses anciens romans, la Fin des Temps écrit dans les années 80 et paru en France en 2019.
Plus que l'histoire, j'aime me 'plonger' dans un roman de Murakami pour ses lenteurs, ses piétinements, le cours onirique des errements entre différents mondes. Un univers où se côtoient conscience et l'inconscient, où la réalité et l'imaginaire se confondent avec subtilité, où le rêve et la mémoire s'entremêlent délicatement. Cela donne l'impression que tout cela est perméable, miscible, parfaitement logique, possible, malgré son étrangeté.
Pas le meilleur mais ô combien envoutant par ses climats et univers oniriques.



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