Genre : n° 78 599
Histoire
Avec l'aide de la journaliste Marion Ruggieri, Ginette Kolinka donne un témoignage sur son incarcération dans le camp de concentration et d'extermination d'Auschwitz-Birkenau. Arrêtée par la Gestapo en mars 1944 avec son père, son petit frère et son neveu, elle sera la seule de sa famille à revenir du camp de la mort.
Impressions
Récit concis, parole empreinte de modestie, sans pathos.
Pas de détails trop longs ni superflus, comme si elle avait voulu nous dire son histoire mais avec l'humilité de celle qui y a survécu, sans s'apitoyer et sans fioriture.
Ginette Kolinka raconte ce qu'elle a vu et connu.
Les coups, le froid, la haine.
Le corps et la honte de la nudité.
Les toilettes de ciment et de terre battue.
La déshumanisation.
"Jusqu'ici nous étions encore des êtres humains.
Nous ne sommes plus rien."
Les victimes des douches au Zyklon B
"Des années après ce premier voyage, pour les 70 ans de la libération d’Auschwitz, un rescapé des Sonderkommandos est là, qui nous raconte : les corps agrippés les uns aux autres, les plus costauds grimpés sur les plus chétifs, contre les murs, qui pensent qu’ils seront sauvés là-haut. Et une fois qu’on a retiré tous les cadavres pour laver le sol : le sang, les excréments, les bouts de peaux déchirés...Et pendant ce temps-là, pendant vingt-cinq minutes, vous en aviez qui jetaient les granules, qui observaient...Non, ce n’est pas possible. Pour moi, c’est trop. Ce n’est pas humain."
Les corps brûlés...
"Marceline avait raison : le bloc 27 n'est pas loin des rails. mais j'ignorais qu'il était aussi près des chambres à gaz. L'endroit était camouflé et nous n'avions pas le droit de nous en approcher. On voyait sortir la fumée. L'odeur, je crois, fait partie des souvenirs communs à tous les déportés : un mélange de chair brûlée, mais ça on ne le savait pas et de crasse."
La faim surtout.
Et, une fois libérée, lors de son premier diagnostic par un médecin...
"Sur la balance, l'aiguille tremble, se stabilise : 26 kilos. J'ai 20 ans.
Je serai malade pendant trois ans, et la nourriture sera ma seule obsession."
Parfois, la fraternité.
Dans le convoi qui l'emmène à Birkenau, se trouvent aussi deux jeunes filles dont elle deviendra l'amie - Simone Jacob et Marceline Rosenberg, plus tard Simone Veil et Marceline Loridan-Ivens. La robe que lui offrit Simone et qui la sauva.
Ce qui est surprenant est pendant très longtemps, Ginette n’a rien dit de ces mois passés à Birkenau en 1944, ni de son passage à Bergen-Belsen ou de son travail à l’usine de Raguhn, en Allemagne. Ni à sa mère, ni à ses sœurs, qui n’ont pas été déportées et qu’elle a retrouvées à Paris à son retour des camps. Elle avait alors 20 ans et pesait 26 kilos. Elle n’a rien dit non plus à son mari, à son fils, à ses amis...
"A cette époque, je n'éprouve pas le besoin de parler, ni à ma famille, ni aux amis. Et quand on me demande comment ça s'est passé là-bas, je réponds : "Si un jour j'ai un enfant et qu3 ça recommence, je l'étrangle de mes propres mains." Et je le pense."
Jusqu’aux années 2000, où l’Union des Déportés d’Auschwitz lui demande de remplacer un de ses membres pour accompagner un groupe scolaire à Birkenau. Depuis elle n’a plus cessé de parler. Dans les lycées, les collèges, les écoles primaires…
Enfin, ce qui m'inquiète le plus est sa conclusion. A l'image de l'amnésie, voire du déni de plus en plus répandu dans nos sociétés malades...
"Moi-même, je le raconte, je le vois, et je me dis que ce n'est pas possible d'avoir survécu à ça. Je vois et je sens.
Mais vous, qu'est-ce que vous voyez ?"
Un témoignage concis et humble. Bouleversant. Ginette Lolinka, passeuse de mémoire est centenaire en 2025; mais qui témoignera de l'inimaginable demain ?



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