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Liste par auteurs & titres dans Kronik list

dimanche 20 novembre 2011

82: 'Le Paradoxe du Cerf-Volant', de Philippe Georget

Genre : Polar noir ne manquant pas de punch


Histoire
Est-ce que 27 ans doit être l’âge de la retraite des rings pour Pierre, meurtri par une défaite douloureuse? Doit-il désormais se contenter de son métier (le seul rémunérateur) de barman ? Ou est-ce que Pierre doit se reconvertir dans le "gros bras" pour prêteur sur gages ?
Le présent aura tôt fait de plonger Pierre dans une histoire criminelle embrouillée sur fond d’Histoire des Balkans, une série noire d'événements qui mettra à mal sa seule amitié.
Son passé difficile refera surface et il faudra à cet anti-héro une bonne dose de punch pour se dépêtrer du sac de nœuds et de vipères qui le manipulent…
Mais pour quel futur ?...



Impressions

Premier livre du cru 2011-2012 concours Alyce inter-CE. Le polar du concours.
L’intrigue est très bien ficelée, rondement menée, avec de nombreux rebondissements. L’auteur mêle habilement l’histoire personnelle du héros à des événements historiques.
L’univers de la boxe est extrêmement bien rendu, avec la sueur, le cuir, le sang et le bruit des coups qui claquent. (Les deux combats de boxe tiennent en haleine).
Ce récit illustre aussi la complexité du conflit Yougoslave, et en particulier relativise la notion de méchants souvent attribués aux serbes alors que des atrocités ont pu être commises de l’autre côté.

J’ai moins aimé le style, certes vivant, facile à lire, viril, réaliste, mais d’un niveau d’écriture assez inégal et sans poésie.

Un très bon thriller à la chute renversante…

mardi 15 novembre 2011

81: 'La Modification' de Michel Butor

Genre : changement d'aiguillage cérébral


(Votre) Histoire

Vous, le lecteur, êtes le narrateur, un directeur parisien de la firme italienne de machines à écrire Scabelli. Vous quittez Paris en train pour venir surprendre votre maîtresse qui vit à Rome et lui annoncer que vous vous installerez en couple à Paris. Mais pendant les 21 heures que durera ce trajet à huis clos ferroviaire, votre esprit va vagabonder; vous penserez à l'avenir, vous vous remémorerez les instants passés avec votre famille, avec votre maîtresse, vous observerez les autres passagers, le décor intérieur, le paysage qui défile, vous analyserez, disséquerez vos sentiments, vos peurs, vos projets, et petit à petit vos convictions se dilueront, les rêves vous envahiront et vos réflexions perdront en rigueur...

Impressions

Interview de Michel Butor sur site INA:
« Je voudrai que quelque chose soit modifiée dans la façon qu’a le lecteur de voir ce qui l’entoure »

C'est sûr je ne considérerai plus de la même manière les heures qui défilent lors d'un trajet en train. J'observerai les miettes de pain qui roulent au pieds des voyageurs, je prêterai aux autres voyageurs un nom, un métier, des préoccupations, guettant le moindre indice dévoilé...
Surtout, il m'arrivera sans doute de sourire en constatant le fil de mes pensées évoluer au fur et à mesure du voyage qui s'écoule.

Un roman hors norme, exigeant (il ne faut pas perdre le fil pour en profiter) et donc plutôt cérébral. Une expérimentation inédite sur l'écriture revendiquée par le mouvement "Nouveau Roman", et pour moi, incontestablement une expérimentation inédite de lecture.


Quelques infos glanées sur le Net:

-Le Nouveau roman est un mouvement littéraire des années 1953-1970, regroupant quelques écrivains appartenant principalement aux Éditions de Minuit. Repoussant les conventions du roman traditionnel, il se veut un art conscient de lui-même.

-Michel Butor a été professeur de langue française à l'étranger et professeur de philosophie à l'Ecole Internationale de Genève dans les années 1950 après l'obtention de l' agrégation de philosophie. Il fut ensuite professeur de littérature, tout d'abord aux États-Unis, puis en France à l'université de Nice et finalement à l'université de Genève jusqu'à sa retraite en 1991.

-Ce roman est souvent un sujet proposé au baccalauréat...

samedi 29 octobre 2011

80: “Le cercle littéraire des amateurs d’épluchures de patates” de Mary Ann Shaffer et Annie Barrows

Genre : échanges épistolaires après-guerre


Histoire
Juliet Ashton, romancière londonienne, découvre un cercle de lecture assez incongru qui s'était formé dans l'île de Guernesey pendant la seconde guerre mondiale : "Le cercle des amateurs de littérature et de tourte aux épluchures de patates de Guernesey".
Pour enquêter sur ce petit groupe de lecteurs, commence alors une correspondance épistolaire nourrie entre Juliet et les membres du Cercle qui va petit à petit créer des liens d'amitié.

Impressions

Roman 'à la mode' écrit par 2 auteures américaines, qui remporte un enthousiasme assez général.

En effet, comment, en tenant à jour un modeste blog littéraire ne pas être séduit par un roman qui plébiscite la lecture comme vecteur d'évasion face aux difficultés quotidiennes en temps de guerre, comme moyen de se préserver des occupants ? C'est donc d'abord un merveilleux hymne à la lecture.

C'est aussi un roman à la fois drôle et triste, humoristique et parfois tragique, surtout à travers le personnage héroïque clef d'Elisabeth (que je vous laisse découvrir).
Derrière l'excentricité du groupe littéraire et du comportement chaotique amoureux de Juliet, ce roman est empreint d'une profonde humanité, du respect entre êtres humains (même parfois avec l'ennemi), du courage face au fascisme.

Un très beau livre écrit par Mary Ann Shaffer et sa nièce. A lire !!

Mary a été bibliothécaire et libraire et ce roman aura été son premier et malheureusement dernier. Elle est décédée en 2008, après avoir appris que son livre serait publié.

79: "Le goût des pépins de pomme" de Katharina Hagena

Genre : roman au féminin sur le souvenir

Histoire

En Allemagne du Nord, trois générations de femmes:
1- la grand-mère Bertha et sa soeur Anna, partie trop jeune.
2- les trois filles de Bertha et de Hinnerk Lünschen, Inga, Harriet et Christa,
3- Iris, la fille de Christa et aussi la narratrice.
        Bertha a légué sa maison à sa petite-fille. Après l'enterrement, Iris a décidé de rester le temps de régler la succession, mais bien peu s'en faut pour qu'elle prolonge son séjour...

Impressions

    Roman très délicat, où la narratrice plonge dans ses souvenirs comme elle plonge dans le lac proche de cette maison qui est désormais sienne.

    Le fil du passé se dénoue, avec ses instants de tendresse, de bonheur mais aussi de cruauté et de disparitions des êtres chers. Ces récits de tranches de vie se nourrissent de l'exploration des pièces de la maison et du jardin, que l'auteure excelle à décrire: on savoure les odeurs du verger ou frissonne, assis sur les dalles froides du perron.

    Livre qui mérite sa place actuelle au top des ventes. Mélancolique et tendre mais pas à l'eau de rose, riche en scènes humoristiques comme lors des moments vécus avec Max, l'avoué en charge de la succession.

Pas un chef d'œuvre mais un très beau roman.

vendredi 28 octobre 2011

78: "La Maldonne des Sleepings" de Tonino Benacquista

Genre : pour insomniaques en voyage ferroviaire


Histoire
Antoine, un "couchettiste" (à traduire, un responsable d'un wagon couchette en 2ième classe) du Paris - Venise se retrouve encombré d'un clandestin qui attire la convoitise et les ennuis.

Impressions
Un polar qui se lit facilement, sans prétention. De l'humour, un héros bourru aux coups de gueule et des situations abracadabrantes attestent de la signature de Tonino Benacquista.
L'auteur a effectivement été "couchettiste", d'où l'aspect très documenté de ce récit ferroviaire.

Un livre pour se détendre mais beaucoup moins captivant que "Saga". A lire sur le Paris-Venise, mais méfiez-vous des faux médecins...

La suite des tribulations d'Antoine, "Trois carrés rouges sur fond noir" a été primée en 1990 (notamment pas les Galeries Lafayette). A suivre.

jeudi 27 octobre 2011

77: "Le Général de l'armée morte" d'Ismaïl Kadaré

Genre : rapatriement d'ossements à déterrer dans une Albanie pluvieuse et boueuse


Histoire

Un général italien accompagné d'un prêtre ont pour mission de ramener les cadavres de leurs compatriotes morts en Albanie lors de la deuxième guerre mondiale.

Pour replacer le contexte historique qui m'était personnellement flou.
L'Albanie a été envahie par l'Italie fasciste en avril 1939. En 1943, l'Allemagne occupera à son tour le pays.
Grâce à la résistance menée par le communiste Enver Hodja contre l'occupation italienne puis allemande, l'Albanie s’est libérée par ses propres moyens dès 1944. Après des élections remportées par le Front démocratique, mouvement où les communistes sont dominants, l’Assemblée constituante déclare la République populaire d’Albanie en janvier 1946. Ce roman prend place environ vingt ans après la guerre.

Impressions

Cohabitent plusieurs formes littéraires, comme les dialogues (savoureux), les journaux intimes et les contes. La narration est rigoureuse, épurée.

Ambiance lugubre, accentuée par une météo hivernale, de pluie, de boue, de froid, comme si ce pays ne bénéficiait pas du climat méditerranéen. Des listes sans fin de noms à cocher. Un énigmatique colonel Z hante les récits les plus cruels. L'absurde de cette quête se traduit par des mésaventures, de petites anicroches tragi-comiques, où se mêlent horreur et beauté, drame et humour. Des petites mésaventures qui feront progressivement perdre de sa superbe au général.

"[...] odieuse besogne"
"Tout le reste n'est qu'une chronique monotone".
"J'ai l'impression de m'être introduit dans le royaume du calcium".
"J'ai l'impression que nous errons dans ce pays comme une tumeur mobile. [...] Il y a dans notre travail quelque chose de bizarre et de maléfique."


Un exil pour ce général en mal de son pays, comme une suite à l'œuvre d'Albert Camus de ma chronique précédente...
De nombreuses critiques du Net mettent en avant dans ce roman la description avec force et une grande humanité de l'Albanie. J'avoue ne pas avoir été réceptif à cet aspect du récit. J'ai plus été happé par l'ambiance surréaliste, cet univers flottant et englué à la fois, sans repère temporel, une quête à la dérive.

Une lecture à ne pas conseiller si vous n'avez pas le moral.
Une narration lente, nécessaire au sujet, mais qui manque à mon goût de rythme.
Un grand roman mais dont la monotonie m'a quelque peu déçu.

Ce roman a été porté à l’écran par Luciano Tovoli en 1983, avec Marcello Mastroianni, Michel Piccoli, Anouk Aimée.

Un des 100 livres du XXième siècle recensés au printemps 1999 dans le cadre d'une opération organisée par la Fnac et Le Monde. J'enchaîne avec "La modification" de Michel Butor.

samedi 17 septembre 2011

76: "L'exil et le royaume" d'Albert Camus

Genre : 6 nouvelles sur l’homme face à sa solitude


Histoire
Bien que très différentes par leurs styles et leurs atmosphères, elles se rejoignent à travers le thème de la solitude, soit par l'éloignement de son pays, soit issue de l’incompréhension de l’entourage.

''La femme adultère''
En Afrique du Nord, un commerçant français, Marcel, doit surpasser l’inconfort des rapports entre les colons et les autochtones pour gagner sa vie. Le racisme est latent, traduit par des remarques dites sous un ton débonnaire
« Doucement le matin, et pas trop vite le soir », dit Marcel.

Sa femme l’accompagne dans la tournée des marchands arabes des hauts plateaux et du Sud. Elle le suit « voilà tout, contente de sentir que quelqu’un avait besoin d’elle. »
« Surtout, elle aimait être aimée, et il l’avait submergée d’assiduités. A lui faire sentir si souvent qu’elle existait pour lui, il la faisait exister réellement. »
« Elle attendait, mais elle ne savait pas quoi. Elle sentait seulement sa solitude, et le froid qui la pénétrait, et un poids plus lourd à l’endroit du cœur.
« Et son malaise, son besoin de départ augmentaient. »

Une histoire déroutante, inquiétante.

''Le renégat ou un esprit confus''
« Prisonnier de son royaume, la ville stérile sculptée dans une montagne de sel », le narrateur a renié son passé et sa culture pour se convertir à la religion cruelle et violente de ses maîtres. Accablé par la chaleur qui monte et le soleil qui « frappe comme un marteau sur toutes les pierres », à travers un monologue intérieur, il délire en attendant l'arrivée d'un missionnaire.
Déjà cette torpeur régnait dans la nouvelle précédente ; « Le plus dur était l’été où la chaleur tuait jusqu’à la douce sensation de l’ennui. »
Une nouvelle dure et cruelle.

''Les muets''
« Une grève de colère » dans un atelier de tonnellerie vient d’échouer, « la colère et l’impuissance font parfois si mal qu’on ne peut pas crier. »
Très humain et ... d'actualité.

''L’hôte''
Deux hommes progressent « lentement dans la neige, entre les pierres, sur l’immense étendue du haut plateau désert ».
Ils rejoignent l’instituteur Daru. L’un des 2 visiteurs part et Daru se voit encombré d’un hôte dont il est maître du destin.
Un dénouement terrible.

''Jonas''
« Gilbert Jonas, artiste peintre, croyait en son étoile. » Mais devant son succès artistique, jusqu’à quelles limites, supportera-t-il d’être envahi de visiteurs souvent intéressés ?
La nouvelle la plus légère mais que j'ai le moins appréciée.

''La pierre qui pousse''
Après le désert et les ateliers, le recueil s’achève dans la forêt brésilienne. Un ingénieur rejoint le village Iguape pour construire une digue qui protègera les bas quartiers des inondations. Il est loin de l’Europe, « Ici, l’exil ou la solitude, au milieu de ces fous languissants. ». Mais très vite accepté par les pauvres, il est invité à « la cérémonie de danses, dans les cases ».
Une rencontre très riche, forte en émotions. J'ai retrouvé l'atmosphère tropical de certains romans de Sepulveda.

Impressions

Dernière œuvre de Camus publiée de son vivant (1957).
Un sens extraordinaire de l’écriture, un recueil de petits bijoux ciselés, profonds.

Une analyse assez poussée sur ce lien

Les livres qui m'ont marqué... (pas tous chroniqués)

  • 'Beloved' & 'Jazz' de Toni Morrison
  • 'Charlotte' de David Foenkinos
  • 'Crime et châtiment' de Dostoievski
  • 'Kite runner' de Khaled Hosseini
  • 'La joueuse de go" de Shan Sa
  • 'Le quatrième mur' 'Profession du père' de Sorj Chalandon
  • 'Les enfants de Minuit' de Salman Rushdie
  • 'Sombre dimanche' & "L'art de perdre" d'Alice Zeniter
  • 'Sous le soleil des Scorta' et 'Eldorado' de Laurent Gaudé
  • "1984" de George Orwell
  • "Au Zénith" de Dong Thuong Huong
  • "Candide" de Voltaire
  • "En attendant Godot" de Samuel Beckett
  • "Fanrenheit 451" de Bradbury
  • "L'écume des jours" de Boris Vian
  • "L'insoutenable légéreté de l'être", de Milan Kundera
  • "L'œuvre au noir" de Marguerite Yourcenar
  • "L'ombre du vent" de Carlos Ruis Zafon
  • "La métamorphose" de Kafka
  • "La vie devant soi" de Romain Gary
  • "Le Hussard sur le toit" et "Les âmes fortes" de Jean Giono
  • "Le parfum" de Patrick Suskind
  • "Le Portrait de Dorian Gray" d'Oscar Wilde
  • "Le rouge et le noir" de Stendhal
  • "Les Cavaliers" de Joseph Kessel
  • "Les Déferlantes" de Claudie Gallay
  • "Les Raisins de la Colère" de John Steinbeck
  • "Malevil" de Robert Merle
  • "Mr Vertigo" de Paul Auster
  • "Sur la route" de Jack Kerouac
  • à suivre
  • L'univers de Haruki Murakami
  • Les contes d'Alessandra Barrico
  • Les polars de Fréd Vargas
  • Les romans de Sepulveda
  • Les romans de Yasunari Kawabata

Grand Canyon

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