Genre : (Un-Porc)-Export
Histoire
La famille maternelle de Sonia Devillers a quitté la Roumanie communiste en 1961. L'autrice a tardivement découvert la la vérité sur ce départ d'un pays dont nul n'était censé pouvoir s'échapper: tels des marchandises, sa mère, sa tante, ses grands-parents et son arrière-grand-mère ont été monnayés contre des porcs, le comble ultime pour des juifs.
Ce livre raconte ce passé reconstruit à partir de documents et de témoignages, pour combler les faits tus par la famille et les paradoxes de la Roumanie.
Impressions
Premier livre de cette journaliste dont le nom m'était familier par ses interventions à la radio.
En suivant un fil chronologique linéaire, elle retricote le passé de ses grands-parents qui ont quitté la Roumanie en 1961 alors que le régime communiste verrouillait hermétiquement les frontières. Recherche d'un passé tu par la famille, elle exhume un trafic d'humains juifs en échange de bétail - des porcs reproducteurs principalement - et de matériel agricole. Un terrible marchandage opéré par la Securitate roumaine de 1958 à 1989, où les porcs voyageaient par avion dans des conditions meilleures que les juifs en train. A l'image des nazis allemands, les livres de comptes ont été tenus avec précision par l'administration de Nicolae Ceausescu qui disait : « Les juifs et le pétrole sont nos meilleurs produits d'exportation ».
Au cœur du trafic, un passeur, Henry Jacober, un juif slovaque devenu homme d'affaires à Londres, s'est enrichi grassement, surtout lorsque Israël a conclu les plus gros deals pour se peupler. Les candidats au départ ignoraient tout des conditions de leur échange Cet ignoble marché ne sera connu qu'après la chute du mur, lorsque les archives communistes seront ouvertes.
"On tua par centaine de milliers des bêtes inutiles ; on troqua des êtres humains contre des bêtes utiles ; on négocia sans distinction des personnes contre des machines agricoles. Ce régime avait assujetti le vivant aux impératifs du productivisme agricole. Le cheval était exterminé, le juif était commercialisé, le porc roumain avait gagné en performance : il était prêt à l’export."
Ce roman révèle aussi les massacres de juifs perpétrés durant la seconde guerre mondiale avant que le parti communiste prenne le pouvoir. Au total, 380 000 à 400 000 Juifs, dont ceux de Transnistrie, sont assassinés dans les régions contrôlées par la Roumanie sous la dictature d'Antonescu. Des exactions dont la Romanie veut effacer toute trace.
"À la fin des années 1930, la Roumanie comptait 750 000 juifs. Au cours de la Seconde Guerre mondiale, la moitié d’entre eux furent assassinés. La commission dénombre plus de 300 000 juifs roumains et ukrainiens (la Transnistrie, mais aussi la ville d’Odessa sont devenues ukrainiennes après guerre) ayant trouvé la mort durant la Shoah, ainsi que 130 000 juifs roumains vivant en Transylvanie du Nord déportés à Auschwitz. "
"Au sortir de la guerre, la Roumanie ne comptait donc plus que 350 000 citoyens d’origine juive. Le régime s’empressa d’enfouir leur histoire. Il enfouit l’histoire des morts, comme il enfouit celle des vivants. Quatre décennies plus tard, lorsque Nicolae Ceauşescu fut renversé en 1989, les juifs étaient moins de 10 000 dans le pays. Ils avaient physiquement disparu. La Roumanie était bel et bien devenue un pays sans juif."
C'est une lecture très instructive qui se lit avec facilité. Un récit sensible qui sensibilise à la question de l'identité:
« Je ne sais pas ce que c'est que d'être juif, on ne m'en a rien transmis et cela ne me manque pas. Ayant grandi en France et en démocratie, nul ne m'a jamais « désignée »
Témoignage de l'histoire tragique des juifs roumains, à l'image des grands-parents et de la mère de Sonia Devillers. Récit sobre et fort.








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