Genre : sex, cocaine, Pub & best-seller
Cf. Wikipedia
99 francs est un roman à succès provocateur d'inspiration autobiographique de Frédéric Beigbeder, publié en 2000, qui dénonce les dérapages cyniques du monde de la publicité dans la société occidentale de consommation. Il valut notamment à son auteur d'être renvoyé de son entreprise (Young & Rubicam), pour faute grave.
Octave Paragon, alias de Frédéric Beigbeder, 33 ans, est un créatif dans l'agence de publicité Rosserys & Witchcraft. Son poste surpayé ("si un concepteur demande une faible rémunération, il sera pris pour un rigolo") consiste à concevoir des scénarios de films de 30 secondes et à inventer des slogans, ou plus exactement selon le jargon, une "accroche" ou un "titre".
IL FAUDRAIT ETRE FOU POUR DEPENSER PLUS
DU PAIN, DU VIN, DU BOURSIN
PARCE CE QUE JE LE VAUX BIEN
Dégouté par son métier, il écrit un livre pour se faire virer, un témoignage sur cet univers mercantile et amoral.
"[…]. Dans ma profession, personne ne souhaite votre bonheur, parce que les gens heureux, ne consomment pas. Votre souffrance dope le commerce. Dans notre jargon, on l’a baptisé « la déception post-achat […] je passe ma vie à vous mentir et on me récompense grassement"
D'abord, warning, alerts, Achtung !!
Désabusé, cynique, l'auteur peint un univers sans éthique, vénal, porté sur la drogue, la pornographie, le sexe, qui l'amènera à franchir les limites de la morale.
C'est cru, voire vulgaire, et donc âmes sensibles s'abstenir !!
"tout ce petit monde se baise, s'enc..., se taille des pipes, lèche du sperme"... etc...
Si le lecteur fait abstraction de ce déluge pornographique (ce que de nombreux lecteurs n'ont pas réussi, comme décrit dans leurs blogs), l'auteur raconte sa dérive vers des excès en crescendo, un tableau assez noir sur notes d'humour et de cynisme.
La dénonciation du mercantilisme pur de la publicité n'est pas un scoop, c'est sa description depuis l'intérieur qui est intéressante.
"Ainsi va la grande chaîne du mépris publicitaire : le réalisateur méprise l'agence, l'agence méprise l'annonceur, l'annonceur méprise le public, le public méprise son voisin."
Tout à fait en résonance avec les propos du PDG de TF1 en juillet 2008:
Patrick Le Lay, PDG de TF1, interrogé parmi d’autres patrons dans un livre Les dirigeants face au changement (Editions du Huitième jour) affirme [1] :" Il y a beaucoup de façons de parler de la télévision. Mais dans une perspective ”business”, soyons réaliste : à la base, le métier deTF1, c’est d’aider Coca-Cola, par exemple, à vendre son produit (...).
Or pour qu’un message publicitaire soit perçu, il faut que lecerveau du téléspectateur soit disponible. Nos émissions ont pour vocation de le rendre disponible : c’est-à-dire de le divertir, de le détendre pour le préparer entre deux messages. Ce que nous vendons à Coca-Cola, c’est du temps de cerveau humain disponible(...).Rien n’est plus difficile que d’obtenir cette disponibilité. C’est là que se trouve le changement permanent. Il faut chercher en permanence les programmes qui marchent, suivre les modes, surfer sur les tendances, dans un contexte où l’information s’accélère, se multiplie et se banalise. "
Donc rien de stupéfiant, mais un pamphlet dément qui témoigne de l'absurdité de notre société de consumeris.
Dernière remarque (et combien pertinente !).
Ouf ! Frédéric Beigbeder n'a pas perdu le sens des affaires. Son roman est désormais intitulé '14.99 euros' pour rester dans le vent. En bonus, il nous fait un rabais de 1.672 francs !
Un best-seller trash écrit par un homme médiatique que je souhaitais découvrir. C'est fait.