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Liste par auteurs & titres dans Kronik list

dimanche 27 février 2011

56ième: "Ru" de Kim Thuy

Genre : autobiographie délicate de Nguyen An Tinh, boat people

Synopsis

Tranches de vie, depuis son enfance au Vietnam à sa nouvelle patrie canadienne, en passant par les épisodes douloureux de boat-people fuyant à 10 ans la répression communiste.

Mes impressions

Chaque chapitre peint par petites touches, avec sensibilité et sérénité, les multiples facettes de ce destin bouleversant. La première page annonce la couleur... "Ma naissance a eu pour mission de remplacer les vies perdues. Ma vie avait le devoir de continuer celle de ma mère." 
Les souvenirs affluent en désordre, comme emportés par le cours d’un ''ru'' qui ''berce'' le lecteur, puisque c’est là la signification de ru en vietnamien.
En dépit du tumulte et de la violence vécus ou aperçus lors de la fuite, dans le ventre de ce 'boat', au sein de l’enfer du camp de réfugiés en Malaisie surabondé, aucun apitoiement, aucune colère, aucune leçon de morale ne résonnent dans les rapides de ses souvenirs. 
Calmement, dans un Français dépouillé et maîtrisé, elle rassemble les morceaux de son destin de femme condamnée à n’être plus de nulle part mais à devoir se reconstruire dans ce pays "de rêve" où elle n'a "plus de points de repère, plus d'outils pour pouvoir rêver, [...] pour pouvoir vivre le présent, dans le présent."

Petite pépite de témoignage. Remarquable.

55ième: "L’amour est une île » de Claudie Gallay

Genre : dramaturgie des destinés sur décor festivalier

Acte I: L’histoire 
Avignon 2003. Le festival est chamboulé par un mouvement de grève des intermittents du spectacle. « Nuit rouge », une pièce d’un auteur inconnu, Paul Séliès, est programmé au théâtre « Le chien fou » dirigé par Odon. Au milieu de cette ambiance tendue et chaotique, arrivent Mathilde dite la Jogar, une Avignonnaise devenue une comédienne célèbre, et Marie, une paumée à la dérive.. La Jogar fut l’amante d’Odon, Marie est la sœur de Paul Séliès. Les destins vont se croiser et les voiles se lever.

Acte II: mon ressenti 
A l’instar du roman « Les déferlantes », à l’intrigue de base qui se joue théâtralement presque à huis clos entre Odon, Mathilde et Marie, se greffent les histoires de personnages secondaires savoureux, souvent atypiques voire marginaux. Et se dessine alors une fresque riche en destinés qui envoûtent le lecteur. Destinés tragiques ou banales, célèbres ou anodines, passions et parfois souffrances, amours pour un frère, pour une femme ou un homme, pour le théâtre, secrets et dissimulations. Le passé hante les personnages du roman, qui pour beaucoup souffrent de solitude au milieu de la foule des festivaliers. 

L’écriture est simple, sans fioritures, les chapitres assez courts sont principalement déclinés sous la forme de dialogues. Il fait chaud, l’ambiance est électrique, survoltée, et le suspens quant au dénouement électrise le lecteur; la canicule écrase, asphyxie, et nous fait chercher un coin d’ombre derrière la page suivante… 

 Moins envoûtant que « Les déferlantes », sans doute du fait de son format plus court. 

Encore un roman magnifique.

mardi 18 janvier 2011

54ième: "La petite cloche au son grêle" de Paul Vacca

Genre : premiers émois et première grande tristesse

Premier roman de Paul Vacca. (beaucoup de primeurs dans cette chronique !)

L’histoire
Le narrateur, 13 ans, est le fils des cafetiers d'un village Chti.
Un livre au parfum éphémère d'iris est abandonné par une femme inaccessible qui hante ses rêves: "A la recherche du Temps Perdu". Cette œuvre de Proust va chambouler la vie de ce petit garçon et de son entourage.


Et alors
La narration est simple, pudique. La candeur des émotions du jeune narrateur séduit, charme. L'amour et la tendresse entre ces 2 parents et leur fils enveloppent le lecteur qui oscille entre bien-être et profonde tristesse.

Émouvant.

(Décidément se succèdent des romans où l'histoire est fortement mêlée à un roman...)

53ième: L’"Ombre du Vent" de Carlos Ruis Zafon

Genre : quête de soi à travers la recherche d'un autre
Après Laurent Gaudé recommandé par Sébastien, c’est Carlos Ruis Zafon que Brigitte me fait découvrir. Et là encore un coup de cœur. Je ne connaissais pas cet auteur, et pourtant ces temps-ci, il est d’actualité puisque son livre « Le Jeu de l’Ange » vient de sortir et peuple les rayons "nouveautés" des librairies.

L’histoire
Barcelone 1945. Daniel Sempere, le narrateur, habite avec son père au premier étage de la librairie familiale. Pour ses dix ans, son père l’amène au « Cimetière des Livres Oubliés », un labyrinthe secret qui abrite les ouvrages abandonnés par le public. Et selon la coutume, Daniel doit choisir et adopter un livre, et « faire en sorte qu’il ne disparaisse jamais, qu’il reste toujours vivant ». Il choisit l’Ombre du Vent, un roman de Julian Carax, un auteur inconnu. Ce livre va bouleverser le cours de la vie de Daniel, qui, envoûté, se lancera sur les traces de cet auteur énigmatique

Et alors

Un roman ENVOUTANT.
Une double intrigue assez complexe, où les 2 destinés romanesques de Daniel et Julian se dessinent progressivement. Leurs pas se croisent et s’entrecroisent, par un subtil jeu d'effet miroir. L’auteur varie avec intelligence les outils de narration, alternant flashbacks, lectures de lettres, récits d’anciens témoins des temps révolus, apparitions fantomatiques d’acteurs du passé. Et cette histoire est habillée d’une écriture poétique –en tout cas ce que le traducteur espagnol-français en a restituée –qui installe une atmosphère mystérieuse.

Le brouillard nous enveloppe, la pénombre des couloirs et des salons de villas abandonnées provoque des frissons, la puanteur d’un asile nous donne la nausée. 

Au hasard (presque…) … « Des angles fantasmagoriques qui émergeaient du manteau de ténèbres laissaient deviner le labyrinthe des livres.» « Il régnait dans le grand salon ovale une clarté avare et embrumée, criblée de zones d’ombres projetées par la neige qui se répandait comme de la gélatine derrière les volets. » « Bientôt, des effluves amers et pénétrants s’infiltrèrent dans le vent froid de l’hiver. - Quelle est cette odeur ? - Nous sommes arrivés, annonça Fermin. »

Le contexte historique largement dominé par les violences et les exactions du régime de Franco ajoute une composante de suspicion, d’ambiance oppressante et délétère. Enfin ce roman transporte le lecteur à travers les rues et les bâtiments de Barcelone de 1945 à 1966. Une invitation à déambuler dans les pas de Daniel.
Et bien sûr, à travers le thème même de l'"Ombre du Vent", cet écrivain maudit et le narrateur qui vit au milieu des livres de la librairie paternelle, c’est un hommage à l’écriture, aux auteurs, à la lecture.

Magnifique.

vendredi 31 décembre 2010

52ième: "Ensemble, c'est tout" de Anna Gavalda

Genre : 4 bras cassés qui aspirent à l'amour


L'histoire
Vous réunissez :
- un aristocrate désavoué par sa famille, bègue et passionné d'histoire ,
- une jeune femme artiste épuisée de la vie par une enfance et une adolescence chahutées, qui fait les ménages des bureaux le soir,
- un cuisinier brillant, grande gueule et occupé par sa moto et ses conquêtes féminines,
- une vieille grand-mère qui se laisse mourir dans sa maison de retraite.

Point commun: cassés de la vie mais pourvus d'un cœur énorme (parfois bien caché).

Vous mélangez le tout dans un immense appartement des beaux quartiers parisiens, près de la Tour Eiffel.
Vous obtenez un cocktail sympathique qui vous emporte tard dans la nuit.

Mes impressions
Ces tranches de vie qui se croisent sont simples, sans rien d'exceptionnel, mais très vite il est difficile de s'extraire de ce roman de 600 pages qui nous happe. Cette histoire d'amour aurait pu se jouer à 2, entre Camille et Franck, 2 écorchés vifs de la vie qu'apparemment tout sépare. Mais non, la vie n'est jamais aussi simple, pas plus qu'Anna Gavalda, et il faut une bonne dose de frictions et de réconciliations au sein de ce quatuor bancal pour que la tendresse et l'amour éclosent.

Ce n'est pas un chef d'œuvre littéraire mais ce conte nous fait rire, pleurer, aimer la vie. C'est tout mais c'est beaucoup.

mardi 21 décembre 2010

51ième: "Le Soleil des Scorta" de Laurent Gaudé

Genre : saga d'une famille "Pouille"-euse mais fière des Pouilles


L'histoire
Fruit de l'unique coït entre une vieille fille et un malfrat de retour au village Montepuccio après 15 ans de prison, Rocco est sauvé par le prêtre: il est confié aux Scorta, une famille du village rival San Giocondo. Et il deviendra Rocco Scorta Malcazone, un bandit écumant les Pouilles à l'image de son père. Débute alors la lignée des Scorta, une descendance marquée par les sceaux de la pauvreté et de la rage de vivre, une famille prisonnière de ces terres arides du Sud de l'Italie.

Mes impressions
L'écriture est simple et efficace, voire aride à l'image de ces collines de cailloux séchées par le soleil. Laurent Gaudé nous fait goûter l'huile d'olive, nous fait transpirer sous la chaleur du soleil, nous fait saliver à l'évocation de ce banquet en bord de mer....
La construction est habile; les chapitres égrènent les années et les générations qui se succèdent, et se ferment par les dernières confidences de Carmela au prêtre, pressée de transmettre son secret avant de perdre la tête.

La terre des Pouilles est misérable, sèche, saturée de cailloux, mais illuminée par un soleil généreux, une de leurs 2 richesses.
"Jamais un Scorta, donc, ne pourrait se soustraire à cette terre misérable. Jamais un Scorta n'échapperait au soleil des Pouilles. Jamais.."

L'autre richesse, des Scorta, c'est leur sens profond de la famille: sa fierté, ses secrets, sa rage de vivre, et parfois sa démence, sa démesure.
"Tu n'es rien, Elia. Ni moi non plus. C'est la famille qui compte."

Et l'histoire de ces personnes simples, humbles, nous envoute.
"Et ceux qui nous traitent de culs-terreux n'ont qu'à regarder le sang qui coule en nous. Il est doux et généreux. Parce que c'est ce que nous sommes : des culs-terreux au sang pur. De pauvres bougres à la face ravinée par le soleil, aux mains calleuses, mais au regard droit."

Prix Goncourt 2004.
Assurément un Grand livre. Magnifique.

lundi 20 décembre 2010

50-ième !!! "La Vallée des Rubis", de Joseph Kessel

Genre : aventure humaine L'histoire Le narrateur, un romancier (Joseph Kessel ?), part en voyage avec son ami Jean, un expert en vente de pierres précieuses, renommé sur la place de Paris. Leur destination se nomme Mogok, une cité isolée dans la jungle birmane, une vallée réputée pour ses gisements en rubis. Là-bas, Julius un collaborateur de Jean les accueille et leur ouvre les portes des habitants de cette contrée. Mes impressions Pas d’épisodes épiques, pas d’aventures rocambolesques, pas de suspens vertigineux. C’est un ouvrage à la lisière du roman et du documentaire – récit de voyage journalistique. A l’image de cet auteur atypique, aventurier, journaliste, romancier, juif russe naturalisé français qui est entré à l’Académie française en 1962. Documentaire fouillé sur les peuples de cette région, sur le commerce des rubis, des saphirs. Le lecteur découvre sous la plume enchanteresse de Kessel le long chemin de ces pierres précieuses. Depuis leur extraction dans les entrailles du sol riche en bayon, le terreau matrice de ces minéraux précieux, au négoce par les courtiers –comme Julius- en passant par la découpe et la taille des morceaux bruts. C’est aussi une œuvre romanesque, pas tant liée au voyage-même de ces 2 Français, mais plutôt à travers les histoires personnelles des nombreux personnages pittoresques et attachants rencontrés. Ces récits nous transportent dans le temps et l’histoire (l’époque coloniale anglaise, la guerre contre les Japonais…) et à travers les continents. Et puis l'écriture de Joseph Kessel nous immerge dans ces paysages asiatiques, dans la jungle, dans ces villages de maisons en teck, nous plonge dans les odeurs et les couleurs des marchés birmans et des mines détrempées. Un séjour de rencontres humaines profondes, de découverte du petit peuple enfermé dans sa vallée close. […] sa douceur, son rire léger, son aimable sagesse. Peut-être pas le meilleur roman de ce grand écrivain, mais incontestablement une merveilleuse invitation au voyage. La rencontre de l’autre, avec respect. Un roman que j’ai trouvé à la fois dépaysant et reposant .

Les livres qui m'ont marqué... (pas tous chroniqués)

  • 'Beloved' & 'Jazz' de Toni Morrison
  • 'Charlotte' de David Foenkinos
  • 'Crime et châtiment' de Dostoievski
  • 'Kite runner' de Khaled Hosseini
  • 'La joueuse de go" de Shan Sa
  • 'Le quatrième mur' 'Profession du père' de Sorj Chalandon
  • 'Les enfants de Minuit' de Salman Rushdie
  • 'Sombre dimanche' & "L'art de perdre" d'Alice Zeniter
  • 'Sous le soleil des Scorta' et 'Eldorado' de Laurent Gaudé
  • "1984" de George Orwell
  • "Au Zénith" de Dong Thuong Huong
  • "Candide" de Voltaire
  • "En attendant Godot" de Samuel Beckett
  • "Fanrenheit 451" de Bradbury
  • "L'écume des jours" de Boris Vian
  • "L'insoutenable légéreté de l'être", de Milan Kundera
  • "L'œuvre au noir" de Marguerite Yourcenar
  • "L'ombre du vent" de Carlos Ruis Zafon
  • "La métamorphose" de Kafka
  • "La vie devant soi" de Romain Gary
  • "Le Hussard sur le toit" et "Les âmes fortes" de Jean Giono
  • "Le parfum" de Patrick Suskind
  • "Le Portrait de Dorian Gray" d'Oscar Wilde
  • "Le rouge et le noir" de Stendhal
  • "Les Cavaliers" de Joseph Kessel
  • "Les Déferlantes" de Claudie Gallay
  • "Les Raisins de la Colère" de John Steinbeck
  • "Malevil" de Robert Merle
  • "Mr Vertigo" de Paul Auster
  • "Sur la route" de Jack Kerouac
  • à suivre
  • L'univers de Haruki Murakami
  • Les contes d'Alessandra Barrico
  • Les polars de Fréd Vargas
  • Les romans de Sepulveda
  • Les romans de Yasunari Kawabata

Grand Canyon

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