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Liste par auteurs & titres dans Kronik list

samedi 9 avril 2011

61ième: "Du givre sur les épaules" de Lorenzio Mediano

Genre : tragédie rustique à Biescas de Obago


Historia
L'action se situe dans un village des Pyrénées espagnoles pendant les années 30 peu avant la guerre civile. Sous le prétexte de donner la vraie version d'un drame local chroniqué dans les faits divers d'un journal, l'instituteur du village raconte l'histoire d'amour entre Ramon et Alba. Cette passion entre un berger désargenté et l'unique héritière d'une casa opulente contrarie les règles sociales du village.
Peut-on impunément défier les puissants ?


Sensaciones
Impressions mitigées.

Peinture épique de ce monde rural des montagnes, 'carte du tendre' vraiment pas tendre pour Ramon qui sera poussé jusqu'à ses limites physiques lors de ses traversées hivernales des cols pyrénéens (mais je ne vous dis pas pourquoi...).
L'atmosphère tendue qui règne dans le village surtout entre les nantis et les autres est saisissante, voire oppressante. L'espoir de pouvoir briser les codes sociaux court dans les coeurs et les esprits des mal-nés.
Cette tension qui croît au fur et à mesure du récit apporte un souffle (froid comme le givre) à ce roman.

En revanche, j'ai eu un peu de difficultés à entrer dans le roman, pas emporté par l'écriture (qualité de la traduction ?) et un peu rebuté par le rythme lent du début. J'ai aimé le dénouement...
Un des livres du concours de lecture de cette année. Pas mon cheval gagnant.

Lorenzo Mediano, écrivain né à Saragosse en 1959, est aussi médecin, instructeur de survie, conteur.
Prix « Vivre Livre » des lecteurs de Val d'Isère 2009. (En 2004, 'Sous le soleil des Scorta', en 2006, 'L'élégance du Hérisson' de Muriel Barbery.)

vendredi 8 avril 2011

60-ième: "Ulysse from Bagdad" d'Eric Emmanuel Schmitt

Genre : Odyssée d'un clandestin Première lecture de ce romancier à la mode qui a son blog officiel (http://www.eric-emmanuel-schmitt.com/Actualites.html).

Épopée d'un jeune irakien qui fuit son pays après les morts brutales et successive de ses proches dans un Bagdad en plein chaos engendré par la chute de Saddam Hussein. Saad veut rejoindre l'Europe et plus particulièrement rêve d'Angleterre. Il va devoir affronter la turpitude et la violence des gens, l'inconsistance des lois, la perte de ses compagnons d'infortune, les 'Lothophages', ...
Odyssée en négatif: contrairement à Ulysse qui veut rentrer chez lui, Saad quitte son foyer pour fuir la pénurie, la faim, les privations, l'insécurité. Il sympathisera avec d'autres clandestins, sera hébergé comme un ami, comme un amant par certain(e)s, mais il poursuivra souvent seul son épopée.
Cette solitude sera souvent soulagée par les conversations avec un fantôme, mais je vous en laisse la primeur.
Ce roman se lit facilement et avec plaisir, les personnages sont savoureux, l'écriture est fluide, les péripéties s'enchaînent avec rythme. Plus qu'une analyse sur l'immigration, c'est un roman d'aventure, humoristique, plutôt léger, souvent émouvant. Les échanges souvent drôles entre Saad et son fantôme ouvrent le champ à des considérations sur la condition de l'homme, sur son identité.
Cela m'a laissé un peu sur ma faim, car je m'attendais à une écriture plus profonde, surtout en provenance d'un philosophe. Certes, certains concepts 'philosophiques' sont abordés, mais j'ai trouvé le scénario facile et je n'ai pas été séduit par l'écriture. Très en-deçà du roman 'Eldorado' de Laurent Gaudé qui lui-aussi tisse sa trame autour du thème de l'immigration clandestine. Un roman sublime que j'ai lu récemment mais antérieurement à 'Ulyssse from Bagdad'. Vite une chronique sur ce livre incontournable et ô combien (hélas...) d'actualité.

PS : et une bloggueuse qui aussi "retrouve dans Ulysse from Bagdad un goût de l'Eldorado de Laurent Gaudé, en moins bon, en moins suave, moins poétique, moins humain".
http://vanillabricot.canalblog.com/archives/2009/01/02/11952111.html

59ième: 'Seule Venise' de Claudie Gallay

Genre : retraite vénitienne pour guérir d'un chagrin d'amour

Ce n’est pas une Venise resplendissante, clinquante, estivale.
« è l’inverno. »
C’est une Venise mystérieuse où l’héroïne déambule, « une île fantôme », « Venise, l’opaque », le froid invite à prendre un chocolat chaud au Florian, la brume brouille les pistes, il pleut.
Un séjour improvisé à Venise exutoire de la souffrance de la rupture d’avec Trevor, une séance de « lavomatiques » pour ne plus « avoir dans la bouche et déglutir » la mort.

L’eau, élément omniprésent dans ce roman. C’est l’acqua alta, « l’eau suinte entre les pierres, autour, partout. » « Contre les murs, les traces de l’eau qui suinte. » « je me fais couler un bain. »

Un séjour dans une pension Barbaria delle Tolle, un ancien palais des Bragadin, agrémenté d’un jardin, tenue par Luigi, un veuf bedonnant qui élève dix-huit chats et attend toujours la visite de fille. Peut-être pour Noël ?
Autres résidents de la pension : un jeune couple amoureux, Carla et Valentino, et un vieux russe en fauteuil roulant qui ne « supporte pas le retard. »
« La tapisserie est décollée. » Mais cela convient à l’héroïne qui doit recoller avec le goût de la vie. Miroir italien de la Normandie des Déferlantes, le portrait d’une femme blessée qui se reconstruit en croisant d’autres destinées meurtries peintes au couteau, par touches impressionnistes.

Phrases courtes, silences.
Pudique, enivrant, dépouillé, sensuel, poétique.
Et puis qu’ajouter à la chronique d’un roman dont un des personnages, le libraire Dino, prescrit la lecture comme remède à la peine de cœur…


A nouveau une pépite romanesque, un voyage à la découverte de personnages attachants, au trait épais, et une immersion dans un lieu magique – pour moi, une cité exceptionnelle, unique, dont je suis profondément amoureux et où chaque nouveau séjour est enchanteur.

(Pour info, le peintre Zoran Music présenté par Dino à la narratrice a réellement existé (peintures terribles et terrifiantes...), il a connu l’enfer de Dachau et est mort en 2005 … à Venise)

lundi 7 mars 2011

58ième: "Les poissons ne connaissent pas l'adultère" de Carl Aderhold

Genre : Levée de masques à la Vaudeville dans le Paris-Toulouse Synopsis
Un cadeau offert à Julia par ses copines pour ses 40 ans l'emporte dans un élan de rupture d'avec sa vie monotone de femme mariée caissière dans un supermarché. Elle saute dans le premier Paris-Toulouse et...
"[...] elle veut juste s'amuser et envoyer valser toute cette fatalité, ce mélodrame à deux balles dans lequel la maintiennent Djamel, Laura, Martine, [...]"
Et alors débute un chassé-croisé des passagers, de la vieille Colette éternelle amoureuse, du contrôleur Germinal anarchiste et d'autres encore riches en couleur comme le mendiant pseudo sourd-muet et roumain qui n'a pas pu descendre du train
"[...] Je suis grec. Je suis venu en France pour chanter. [...] Mais pas marché. Alors j'ai fait la manche. Muet, c'est bien pour faire la manche. Et Roumain. Ici, Roumain ça paye. Tout le monde habitué. Plus généreux..." Je ne suis pas certain que Roumain ça paye ces temps-ci...

Mes impressions
Un roman au premier abord léger, "vaudevillesque", très agréable à lire. Les scènes cocasses prêtent à rire, et cet ouragan de ruptures avec son propre quotidien contamine petit à petit l'ensemble des passagers: ils se libèrent, rompent avec leurs carcans. Et le rythme de ces "pétages de câbles" va en s'accélérant dans ce roman.
L'autre attrait de ce roman, un peu moins léger (mais loin de la thèse de sociologie), est cette peinture de la société française, et en particulier ses 'castes' sociales à l'image des premières et secondes classes du TGV...
"Il pressentait chez elle ce travers naïf si répandu dans les milieux les plus défavorisés, qui n'ont, pour toute volonté de s'en sortir, que le rêve du prince charmant ou celui du ticket gagnant de loto."...
"[...] C'est une pauvre fille. Une barbare ! Tu comprends ? Au sens grec du terme ! Elle ne parle même pas la même langue que nous, elle n'a rien de commun avec nous. Il n'y a qu'à voir comment elle se fringue..."

C'est drôle, enlevé, un bon moment de lecture, un ouvrage plus subtil qu'un simple roman de gare.

jeudi 3 mars 2011

57ième: "Corps" de Fabienne Jacob

Genre : portraits de femmes

Synopsis
Monika n'est pas de Suède, mais grâce à son nom connait "bien la Suède sans jamais y être allée". Ce qu'elle connaît surtout, ce sont les corps de ses clientes de son institut de beauté. "Le corps est la dernière chose qui nous reste.Le corps est la première et la dernière chose, de la naissance à la mort on a le même." Et ses clientes ne se contentent pas de lui confier leur corps mais aussi leurs confidences. A travers ce défilé de clientes et de souvenirs, l'auteure brosse des portraits de femme, leur vie privée, leurs aventures anodines ou plus dures, leurs désillusions.

Mes impressions
Défilent des femmes de tout âge, de toutes couleurs de peau, "blanche et marbrée" grise, tavelée de taches brunes", de toutes formes , de toutes professions, de vécus tragiques (Adèle tondue pendant la guerre) ou banales...
"Des femmes qui traînent des vies lasses", "Celles qui se couchent aux côtés de maris qu'elles n'aiment plus"...
Un récit à la fois sous la forme d'un recueil de nouvelles indépendantes, et en même temps habité de deux fils conducteurs, l'enfance de Monika avec sa sœur Else, et Adèle qui sera tondue pour avoir vécu un amour pour un boche pendant la guerre. Cette fragmentation ne permet pas au roman d'acquérir un rythme qui m'ait emporté dans cette galerie de portraits.
Pas de dialogue avec les clientes mais un long monologue, souvent émaillé de réflexions pertinentes, de quelques scènes finement ciselées, mais un monologue qui a fini par me lasser, une écriture sans relief ni poésie. L'idée de construire un roman sur la base des confidences du corps et de l'esprit à l'esthéticienne est séduisante.
Mais force est de constater que je n'ai pas été enthousiasmé, pas séduit par ce roman avec lequel je n'ai pas fait corps.

dimanche 27 février 2011

56ième: "Ru" de Kim Thuy

Genre : autobiographie délicate de Nguyen An Tinh, boat people

Synopsis

Tranches de vie, depuis son enfance au Vietnam à sa nouvelle patrie canadienne, en passant par les épisodes douloureux de boat-people fuyant à 10 ans la répression communiste.

Mes impressions

Chaque chapitre peint par petites touches, avec sensibilité et sérénité, les multiples facettes de ce destin bouleversant. La première page annonce la couleur... "Ma naissance a eu pour mission de remplacer les vies perdues. Ma vie avait le devoir de continuer celle de ma mère." 
Les souvenirs affluent en désordre, comme emportés par le cours d’un ''ru'' qui ''berce'' le lecteur, puisque c’est là la signification de ru en vietnamien.
En dépit du tumulte et de la violence vécus ou aperçus lors de la fuite, dans le ventre de ce 'boat', au sein de l’enfer du camp de réfugiés en Malaisie surabondé, aucun apitoiement, aucune colère, aucune leçon de morale ne résonnent dans les rapides de ses souvenirs. 
Calmement, dans un Français dépouillé et maîtrisé, elle rassemble les morceaux de son destin de femme condamnée à n’être plus de nulle part mais à devoir se reconstruire dans ce pays "de rêve" où elle n'a "plus de points de repère, plus d'outils pour pouvoir rêver, [...] pour pouvoir vivre le présent, dans le présent."

Petite pépite de témoignage. Remarquable.

55ième: "L’amour est une île » de Claudie Gallay

Genre : dramaturgie des destinés sur décor festivalier

Acte I: L’histoire 
Avignon 2003. Le festival est chamboulé par un mouvement de grève des intermittents du spectacle. « Nuit rouge », une pièce d’un auteur inconnu, Paul Séliès, est programmé au théâtre « Le chien fou » dirigé par Odon. Au milieu de cette ambiance tendue et chaotique, arrivent Mathilde dite la Jogar, une Avignonnaise devenue une comédienne célèbre, et Marie, une paumée à la dérive.. La Jogar fut l’amante d’Odon, Marie est la sœur de Paul Séliès. Les destins vont se croiser et les voiles se lever.

Acte II: mon ressenti 
A l’instar du roman « Les déferlantes », à l’intrigue de base qui se joue théâtralement presque à huis clos entre Odon, Mathilde et Marie, se greffent les histoires de personnages secondaires savoureux, souvent atypiques voire marginaux. Et se dessine alors une fresque riche en destinés qui envoûtent le lecteur. Destinés tragiques ou banales, célèbres ou anodines, passions et parfois souffrances, amours pour un frère, pour une femme ou un homme, pour le théâtre, secrets et dissimulations. Le passé hante les personnages du roman, qui pour beaucoup souffrent de solitude au milieu de la foule des festivaliers. 

L’écriture est simple, sans fioritures, les chapitres assez courts sont principalement déclinés sous la forme de dialogues. Il fait chaud, l’ambiance est électrique, survoltée, et le suspens quant au dénouement électrise le lecteur; la canicule écrase, asphyxie, et nous fait chercher un coin d’ombre derrière la page suivante… 

 Moins envoûtant que « Les déferlantes », sans doute du fait de son format plus court. 

Encore un roman magnifique.

Les livres qui m'ont marqué... (pas tous chroniqués)

  • 'Beloved' & 'Jazz' de Toni Morrison
  • 'Charlotte' de David Foenkinos
  • 'Crime et châtiment' de Dostoievski
  • 'Kite runner' de Khaled Hosseini
  • 'La joueuse de go" de Shan Sa
  • 'Le quatrième mur' 'Profession du père' de Sorj Chalandon
  • 'Les enfants de Minuit' de Salman Rushdie
  • 'Sombre dimanche' & "L'art de perdre" d'Alice Zeniter
  • 'Sous le soleil des Scorta' et 'Eldorado' de Laurent Gaudé
  • "1984" de George Orwell
  • "Au Zénith" de Dong Thuong Huong
  • "Candide" de Voltaire
  • "En attendant Godot" de Samuel Beckett
  • "Fanrenheit 451" de Bradbury
  • "L'écume des jours" de Boris Vian
  • "L'insoutenable légéreté de l'être", de Milan Kundera
  • "L'œuvre au noir" de Marguerite Yourcenar
  • "L'ombre du vent" de Carlos Ruis Zafon
  • "La métamorphose" de Kafka
  • "La vie devant soi" de Romain Gary
  • "Le Hussard sur le toit" et "Les âmes fortes" de Jean Giono
  • "Le parfum" de Patrick Suskind
  • "Le Portrait de Dorian Gray" d'Oscar Wilde
  • "Le rouge et le noir" de Stendhal
  • "Les Cavaliers" de Joseph Kessel
  • "Les Déferlantes" de Claudie Gallay
  • "Les Raisins de la Colère" de John Steinbeck
  • "Malevil" de Robert Merle
  • "Mr Vertigo" de Paul Auster
  • "Sur la route" de Jack Kerouac
  • à suivre
  • L'univers de Haruki Murakami
  • Les contes d'Alessandra Barrico
  • Les polars de Fréd Vargas
  • Les romans de Sepulveda
  • Les romans de Yasunari Kawabata

Grand Canyon

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